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Lorenzo Consoli : « Nous assistons bien en Italie à l’émergence d’un fascisme primaire »

En matière de Commerce, l’Europe s’est elle couchée devant Donald
Trump ?

Elle a oeuvre pour « dévier le coup » sur des sujets annexes non sensibles pour l’UE, mais utiles politiquement pour  Trump. Elle a privilégié un accord politique plus que commercial sur les deux sujets qui intéressaient Trump : le Soja et le gaz liquéfié, issu des gaz de schiste américain. L’Europe importe déjà son Soja et ses hydrocarbures…

En conséquence, les importations de Soja US sont maintenant supérieures aux importations brésiliennes et l’Allemagne s’intéresse au développement d’un terminal gazier pour importer le gaz US. Manière de garantir son marché automobile aux US…

Par contre, pas d’importation d’OGM américains, en dehors du seul cas du soja importé à destination de l’alimentation animale, et pas d’accord en vue sur le commerce d’autre produits agricoles.

Sur le BREXIT, où en est Theresa May ?

Theresa May a essayer de diviser les 27 Etats Membre et délégitimer le négociateur européen, le français Michel Barnier. C’est un échec total. Au dernier conseil informel, le président du conseil Européen, le polonais Donald Tusk parlait exactement le même langage que Michel Barnier.

L’Europe est rentré dans la phase où elle se focalise la négociation sur la question presque impossible à résoudre, celle de la question irlandaise. La proposition européenne de « Back stop » se comprend de la manière suivante. Ne pas retarder les négociations en cherchant à trouver une solution définitive sur la frontière irlandaise tout de suite. Par contre, inscrire dès maintenant que sans solution nouvelle dans deux ans, le plan par défaut sera une frontière à mettre en place par la Grande Bretagne entre l’Irlande du Nord et l’Angleterre. Et non pas, la position anglaise qui pourrait avoir comme résultat une frontière entre la République d’Irlande et le reste du Marché Unique afin de laisser la frontière ouverte entre les deux Irlandes. Il n’est pas question de laisser le Royaume Uni rejeter sur UE la responsabilité de recréer une frontière au sein du Marché Unique alors que Brexit est de son fait. Mais entre-temps, la perspective d’un No Deal devient de plus en plus réelle.

En Italie, comment analysez vous la vague populiste qui porte Salvini ?

Ne jouons pas sur les mots, nous assistons bien en Italie à l’émergence d’un fascisme primaire, un fascisme à son état brut. Le nationalisme, longtemps tenu à l’écart, est de retour en Italie. Le racisme qui était considéré comme une honte s’affiche sous forme d’une xénophobie contre les migrants, majoritairement noirs. Le besoin d’un « homme fort » est à nouveau populaire, contrairement au fondement même de la République italienne qui, depuis Mussolini, fonctionnait sur le compromis entre forces parlementaires.

Encore et toujours la questions des migrants ?

Soyons réaliste, Salvini veut le pouvoir. Voilà son objectif. Son modèle est très certainement Orban, maître dans la  manipulation médiatique de la question des migrants pour asseoir un pouvoir fort. Ne soyons pas non plus amnésique ! Ce qui se passe aujourd’hui ne peut se comprendre sans évoquer ce qu’à été l’emprise de Berlusconi sur Italie. Une emprise sur la culture de masse à travers son pouvoir médiatique,  avec la diffusion massive d’une contre-culture exaltant un individualisme extrême, un égoïsme assumé, un libéralisme sans retenue, le pouvoir de l’argent comme valeur suprême. Nous avons assisté à l’abaissement général du niveau culturel. Berlusconi a endormi tout sens critique et préparé les esprits à accepter des choses qui n’auraient pas été imaginables pour les fondateurs de la  première République, née en réaction au passé fasciste de l’Italie.

Quelles sont les digues encore capables de retenir la Lega ?

Nous sommes face à la formule bien connue depuis les années 30 qui consiste à utiliser les médias pour créer une opinion publique plébiscitaire et donner une impression de démocratie à une prise de pouvoir autoritaire. Aujourd’hui nous n’avons pas fini d’explorer les côtés sombres de la révolution digitale…

Ce n’est donc pas la démocratie réduite à la simple règle de la majorité qui va protéger l’Italie. C’est l’état de droit incarné par une magistrature très indépendante, implantée au cœur de l’Etat. Ce sont les juges qui ont fait chuter les politiques de l’après guerre pour corruption.

Voilà sans doute la différence fondamentale entre l’Italie et d’autre part la Pologne ou la Hongrie, dont les magistratures sont trop jeunes et faibles pour résister à un coup d’Etat constitutionnel, sauf si l’intervention de l’UE pour la défense de l’Etat de droit parvient à arrêter l’emprise des pouvoirs exécutifs sur les juges…

Lorenzo Consoli

Lorenzo Consoli est journaliste auprès des institutions européennes depuis un quart de siècle et l’ancien président de l’association internationale de la presse à Bruxelles. Il est interrogé par Henri Lastenouse, Secrétaire général de Sauvons l’Europe

 

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Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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14 Commentaires

  1. Je suis d’accord sur le but final d’obtenir « une Europe solidaire et démocratique ». Cependant, il faut d’abord prendre conscience de la géopolitique mondiale. Le moteur économique qui ouvre la voie à la cohésion sociale, passe par un mode d’économie de type social libéral. Cette dualité loin d’être un oxymoron, est une lutte saine. Elle est la clé contre le chômage. Le fascisme et la xénophobie doivent être combattus avec ces armes et en développant fortement la formation et l’harmonisation fiscale en Europe. C’est la clé pour lutter contre l’évasion fiscale.

  2. Il y aurait beaucoup à dire sur ce billet, mais je suis bien conscient que mes « élucubrations » ne présentent aucun intérêt aux yeux des partisans de l’UE ici présents, dans la mesure où ils n’éprouvent aucune curiosité, mais plutôt de l’hostilité pour les opinions contraires.
    Pire même, ils vouent aux gémonies ceux qui ont le malheur de revendiquer leur droit d’avoir une opinion différente.
    C’est ce que j’appelais la « foi aveugle du charbonnier », dans un commentaire antérieur.
    Je vais donc sagement m’abstenir et vous laisser la satisfaction d’être globalement tous d’accord.
    Et tant pis si les « populismes » et les « europhobes » continuent de se développer…

    On me fustigeait sur la fascination qu’exercerait sur moi, mon « gourou » du #Frexit.
    Or, je viens de lire le bouquin tout neuf publié par Florian Philippot, qui s’intitule précisément « Frexit » et qui, lui aussi, dit globalement la même chose.
    Me voilà bien dans l’embarras avec un deuxième « gourou »…

    1. Heureusement que la « foi du charbonnier », conjuguée au moral d’acier d’un Monnet, a permis la création de la CECA !

      Quant au « gourou du Frexit », sa posture montre que se révéler un brillant technocrate n’équivaut pas nécessairement à se montrer subtil politique…

      1. « Heureusement », pour qui ?
        D’après ce que j’en sais, la CECA a consisté surtout à ce que la France mette à disposition toute son industrie de l’époque, contre quelques boulons et quelques vis qu’ont donné les autres États (dixit De Gaulle, à l’époque).
        Quant au gourou, il a des handicaps, en effet, mais le voilà bientôt épaulé par un deuxième, qui, curieusement, dénonce les mêmes choses concernant l’UE pour conclure à la nécessité du #Frexit.
        Et ils ne sont pas les seuls à les dénoncer, même si les experts qui le font ne prennent pas le risque d’appeler au Frexit…

        1. Heureusement pour la reconstruction de la France et de son appareil industriel, pardi !

          Heureusement pour les mineurs et les sidérurgistes, bénéficiaires, entre autres, de la construction de maisons ouvrières financées par ce « machin » : ils ont pu ainsi traverser pendant un certain nombre d’années, avec un surcroît de dignité, un douloureux chemin vers une reconversion à laquelle les condamnait un capitalisme sauvage à la pression duquel même de Gaulle (merci de mettre un « d » minuscule à « de », plus respectueux de la noblesse du Général) a dû se résoudre. La grande grève des mineurs de 1963 – que vous n’avez peut-être pas vécue – portait les stigmates de cet « ajustement structurel » peu soucieux des dégâts sociaux qu’il engendrait. L’imputer à l’Europe en que telle serait une grave erreur de perception historique: la montée en puissance du pétrole a considérablement changé la donne au niveau mondial.

        1. Bah ! Tout en échangeant des propos sérieux – voire parfois tendus – avec des interlocuteurs dont je ne partage pas toujours les vues, il m’arrive de souhaiter détendre la crispation du dialogue avec ce genre de « fantaisie ». Il est vrai que ce n’était pas évident au premier coup d’oeil. Mais vous m’avez fait le plaisir de réagir en gentleman… au second. Bien cordialement !

  3. Ne confondons pas racisme et fascisme l’amalgame est facile mais galvaude le sens.

    Un peuple qui est heureux économiquement, socialement et politiquement ne cède pas au racisme ou tous dogme se finissant en isme donc l’Europe si elle veut vraiment combattre ces fléaux devrait s’attaquer aux causes les effets que sont les ismes disparaîtraient d’eux même sinon c’est du moralisme pédant.

    1. Donc si je suis votre raisonnement, nous devrions, pour ne pas subir les effets délétères de l’ultra-libéralisme ambiant (produit dérivé du capitalisme), nous attaquer à l’indexation des échanges économiques sur le dollar depuis l’abandon de l’étalon-or ?

  4. je ne sais pas ce qu’est « un fascisme primaire »
    il y aurait donc un fascisme secondaire, voire tertiaire, etc…?

    quand je vois Salvini à la TV, je pense plutôt à un porc
    quand j’entends ses discours ou ses réactions sur un sujet, je pense à un menteur
    est-ce une définition du fascisme? de la démagogie? une « démocrature » ?

    1. Salvini n’est pas le premier des menteurs car tous, à partir du moment où ils sont en représentation, surtout devant des caméras, mentent. Ils ne représentent plus qu’eux-mêmes et ceux qui dans l’ombre tirent sur les ficelles qui les agitent.
      Il n’y a qu’à voir en ce moment les exraordinaires contorsions de notre pdt, qui certes, pense aux prochaines élections mais qui tend surtout à nous faire oublier la casse (ou le casse ?) sociale mise en place depuis quelques mois. Oublions la solidarité nationale (assurances, droits sociaux et services publics…) pour finalement nous diriger vers la privatisation et l’individualisation comme aux US et ainsi nous pourrons prochainement inverser le sens de notre devise républicaine. De toute manière cette dernière fleurait trop bon l’idéalisme et n’a jamais vraiment fonctionné ensemble :

      La liberté, variable selon les époques
      L’égalité, devant la mort et en temps de guerre surtout
      La solidarité, devenu un délit ces derniers temps

      Je propose donc de la modifier dès à présent en :

      L’ obligation de consommer et de travailler pour
      L’inégalité en tout
      L’individualisme pour tous

      Bientôt, nous serons nous aussi mûrs pour être fascisés.

      Une excellente lecture pour comprendre les rapports entre capitalisme et fascisme : « L’ordre du jour » d’Eric Vuillard.

  5. Ah parce que L. Consoli pense que l’UE actuelle, faible car plus divisée qu’unie autour d’un projet sociétal (et non pas de sociétés…commerciales), dont les dirigeants ont des vues courtes et ne veulent pas reconnaître qu’ils sont en train de répéter des erreurs déjà commises dans un passé récent, L. Consoli donc pense que l’UE interviendra et parviendra à « arrêter l’emprise des pouvoirs exécutifs sur les juges » de ces pays ?
    Tout est réunit dans la conjoncture actuelle pour que nous soyons bientôt tous gouvernés par des fascistes : Trump aux US, élu grâce aux Russes, la dictature chinoise, toutes ces marionnettes politiques placées où elles sont pour répondre au besoin du dernier totalitarisme, le capitalisme ultra libéral.
    Le but de celui-ci étant d’asservir les masses populaires de toute la planète, par le biais de dirigeants « commediente » élus mais véritables intermédiaires, pour qu’elles consomment, sans réfléchir à leurs vrais besoins (environnement sain, nourriture saine, système de santé équitable et accessible à tous, éducation humaniste au vivre ensemble et à la démocratie, amour du vrai, de la beauté, travail épanouissant et correctement rémunéré, logement pour tous, retraites décentes…).

    1. C’est curieux, ce que vous dites du capitalisme ultralibéral, je considère qu’on le doit précisément aux états-unis, à leur création soumise l’UE, à leurs accords dits de « libre échange ».
      « Trump aux US, élu grâce aux Russes », ça vaut mieux que Macron élu grâce à nos « grands » médias.
      Quant aux marionnettes placées là où elles sont, que pensez-vous de tous nos « responsables » et « dirigeants » politiques adoubés « Young leaders » qui se succèdent à l’Élysée ?
      Sauf erreur, la City et Wall Street ne sont pas étrangères à la financiarisation de l’économie.
      Pour ce qui est « d’asservir les masses populaires de toute la planète », les américains n’ont pas attendu les Russes, ni les Chinois. Ce que vous dites correspond exactement à leur politique.
      Vous avez vraiment une lecture à double foyer des évènements.

    2. Trum n’a pas été élu grâce aux russes, mais bien grâce à une entreprise de Londres « cambridge analytica », appuyée sur facebook, pour piloter les votes de certains électeurs hésitants et manipilables des états-clés aux Etat-Unis, afin d’obtenir le nombre de suffrages des grands électeurs suffisant pour battre Hillary. Clinton.
      Voir THEMA sur Artedu 09-10-18, donc hier soir. Une enquête sérieuse et parfaite pour bien comprendre ce qui se passe avec les progrès de l’informatique.

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