Samedi se tient la fête de l’Europe. Que signifie-t-elle exactement ? Est-ce un petit rituel dépassé, lié hier à un projet exalté mais dissous depuis dans une machinerie supraétatique ronronnante ?
L’Europe, c’est la conjonction de peuples et d’une idée. Au lendemain de la guerre, nous ne fêtons pas simplement une victoire – la veille y est dédiée – ni le premier jour de paix qui suivrait simplement l’arrêt des combats. Nous célébrons une pax europeana, c’est à dire la construction d’une paix qui mette fin à la barbarie nazie, qui soit une civilisation. Elle est fondée sur la coopération entre pays plutôt que la confrontation, sur l’établissement de la démocratie et des libertés publiques, sur la construction d’un modèle européen de sécurité sociale. Ces dimensions sont totalement enchevêtrée dans les premiers jours de l’après-guerre.
L’Europe n’est pas simplement une construction réelle, le machin administratif que nous pouvons observer aujourd’hui, pas plus que l’idée française de République ne s’incarne dans les circulaires de normalisation des potelets d’abords de trottoirs. Elle est, pour parler dans les termes de notre pays, un second projet Républicain qui vient s’ajouter au nôtre, l’étendre et le protéger. Elle est d’abord un combat politique.
Le 9 mai n’est pas une journée de commémoration poussiéreuse. C’est une journée de luttes. Avons-nous fini le combat ? Pouvons-nous poser le sac à terre ? Absolument pas. Le projet Républicain, qu’il soit français ou européen, n’est jamais achevé. C’est un objectif inquiet et mouvant, auquel nous avons par exemple rattaché depuis la protection de notre environnement.
Pour nous en rendre compte, déplaçons le regard de quelques centaines de kilomètres. Depuis quatre ans, la guerre ravage l’Ukraine. Pas une guerre de projection sur des terres lointaines. Une guerre dans les champs, dans les villes. Une guerre comparable à la Première guerre mondiale. Une guerre qui laissera sur les places des villages d’Ukraine les mêmes listes de noms égrenées que sur les nôtres. La cause de cette guerre, c’est le choix fait par le peuple Ukrainien de devenir Européen. Pas seulement le choix de s’extraire de l’orbite coloniale de la Russie et de trouver son indépendance, mais bien celle de s’inscrire dans une communauté d’État de droit, de protection des libertés, de la démocratie, de lutte contre la corruption.
C’est cela que signifie la présence des drapeaux européens dans les manifestations en Ukraine, en Bielorussie, en Géorgie. C’est cela que nous incarnons auprès des peuples qui se battent à nos frontières. Pas l’espérance de tel ou tel régime de subvention, une idée Républicaine de liberté. Et nous qui sommes membres fondateurs de cette République européenne, continuons à la faire éclore !


