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Pourquoi lutter contre la corruption ?

L’un des piliers de la construction européenne est l’Etat de droit, et c’est également un des domaines d’action les plus discutés par les forces souverainistes, qui soupçonnent les institutions d’instrumentaliser cette noble cause pour défendre d’autres politiques (comme imposer aux enfants de devenir transsexuels – on caricature à peine).

Mais au fait, pourquoi donc lutter contre la corruption ?

On voit bien qu’une administration corrompue est moins efficace, que l’argent alloué aux projets a des pertes dans les sables. La belle affaire ! Le rêve de technocrate ! Dans la vraie vie, tous pourris et on sait très bien que les grands dirigeants vivent sur la bête comme Richelieu et Poutine, c’est bien normal !

Mais peut être faut-il aller plus loin ? Le rapport annuel de Transparency international nous rappelle qu’il existe une relation immédiate entre libertés publiques et corruption : statistiquement, plus un pays est corrompu, moins ses libertés publiques sont assurées. On comprend bien que quand les gangsters sont au pouvoir, ce n’est pas bon pour les citoyens. Et inversement, les hommes forts ont vite fait de se servir. Les derniers sondages en France indiquent qu’un quart des sondés ne verraient pas d’un mauvais œil que l’armée dirige le pays. Historiquement, ces régimes militaires qui se parent des « valeurs » sont connus pour leur degré de corruption effroyable.

Dans ces conditions, la lutte permanente des institutions européennes contre la corruption et pour l’Etat de droit devrait être un trésor national. Chaque avancée, comme le parquet européen, saluée comme une garantie supplémentaire. Chaque échec, comme la reculade sur les contrôles de la PAC, un désastre.

Dans son récent rapport sur la politique anti-corruption dans les Balkans, la Cour des comptes européenne ne dit pas autre chose. Elle est forcée de conclure à l’efficacité relative des mesures déployées qui mettent en place l’échafaudage public de l’Etat de droit, en remarquant que le problème principal est un « manque de volonté politique » des institutions locales. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. En conséquence elle identifie deux points importants : s’assurer que les institutions de contrôle (police, justice, douanes, etc…) sont bien financés et pérennes, mais surtout développer une société civile active. La culture du financement de court terme au projet ne permet pas l’installation d’une société civile vivace, qui est le ferment du pluralisme démocratique.

C’est pourquoi nous proposons de longue date que l’Europe crée des Maisons des libertés dans les pays membres, qui soutiennent sur le long terme l’action des associations locales indépendamment du gouvernement en place. Promouvoir le débat démocratique n’est pas prendre parti contre un gouvernement, c’est lui rappeler qu’il n’est pas maître de ses citoyens.

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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Un Commentaire

  1. Bonjour Arthur.

    Encore un très bon article, on ne peut qu’applaudir.

    Je rajouterai qu’il faut réinstaller la culture du contrôle dans toutes les institutions, qu’elles soient nationale ou européenne, dans toutes les entreprises et les administrations.

    Le contrôle n’exclut pas la confiance, la confiance n’exclut pas le contrôle.

    Cette notion du contrôle a petit a petit disparu au profit soi disant d’une plus grande rentabilité, raisonnement complétement faux puisque les sommes détournées n’alimentent pas la rentabilité.

    Je rajouterai qu’il faut responsabiliser les décideurs sur leurs biens propres, quel que soit le secteur d’activité, public ou privé, une entreprise n’est ‘elle pas sanctionnée automatiquement si elle gère mal.

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