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Les Italiens jouent au con

On manque de mots pour décrire le bordel dangereux qu’est devenu le gouvernement italien. Les problèmes budgétaires auxquels il est confronté pourraient être abordés avec tact et intelligence, comme le font l’Espagne et le Portugal sortis sans heurt de l’austérité, ou la France qui a réussi à ne jamais se l’infliger. Mais l’Italie n’est plus capable de cette finesse et de cette roublardise joviale avec laquelle elle a toujours traité ses relations européennes. Il faut aux gouvernants italiens gueuler toujours plus fort et plus absurde.

Au départ, il y’a une situation budgétaire compliquée mais pas insurmontable, avec une dette à 130% du PIB et des banques qui ne se sont pas vraiment remises et prêtent peu aux entreprises. Il y’a un an seulement une coalition improbable arrive au gouvernement, avec un programme littéralement fou : un big bang fiscal à la baisse, un revenu universel, une forte revalorisation des retraites, un programme d’investissements public, et simultanément un ministre de l’économie qui veut sortir de l’euro et le défaut de la dette envers la BCE histoire de bien convaincre les marchés financier de prêter des masses énormes d’argent.

Puis on échange avec le monstre bruxellois qui sera bien entendu le seul responsable si ce programme irréalisable n’est pas réalisé. Après un premier budget refusé par Bruxelles, une première historique, en octobre un accord est trouvé: le gouvernement italien revoit ses ambitions à la baisse, et Bruxelles accepte un projet de budget un peu optimiste.

Patatras ! La croissance prévue n’est pas au rendez-vous, et donc le budget est faux. Bruxelles revient frapper à la porte en annonçant le lancement d’une procédure d’infraction, et ce qui va suivre est naturellement la faute de Bruxelles, pas le fait que le budget soit faux.

Les deux partenaires du Frankengouvernement, la Ligue et le M5, sont profondément divisés. Le M5, sans le crier sur les toits, est prêt à admettre qu’il y’a un problème avec le budget et à le revoir en mettant ça sur le dos de Bruxelles. La Ligue veut se battre jusqu’à la mort (de l’Italie). Le Président du Conseil, Giuseppe Conte, a en début de semaine menacé de démissionner et donc de provoquer de nouvelles élections si un accord n’est pas trouvé au sein du gouvernement (et de manière subliminale avec Bruxelles).

Mais la Ligue est partie sur un sentier fou entre les ronces. Pour soutenir son combat de coq avec Bruxelles, elle commence a préparer techniquement la sortie de l’Euro, comme en son temps le ministre grec des finances Yannis Varoufakis. Les moyens retenus sont ceux du plan Varoufakis, à un détail prêt, qui est majeur: en Grèce la sortie de l’Euro n’était pas souhaitée et était donc préparée dans le plus grand secret au cas où. En Italie elle est bravement claironnée et a immédiatement fait monter les taux sur la dette italienne (aggravant directement les prochains déficits).

Alors ce plan ? L’Etat italien a des dettes envers les entreprises qui réalisent des travaux publics. Au lieu de les payer avec des bons euros qu’on a pas, il suffit de créer des petits bons du Trésor, baptisés minibots, avec lesquels les entreprises pourront payer leurs impôts ou leurs cotisations sociales. Elles peuvent naturellement s’échanger ces minibots. Ainsi, on paye la dette de l’Etat envers les entreprises en mobilisant la dette des entreprises envers l’Etat et en les faisant s’annuler  plus ou moins à terme. Sauf que… sauf que la dette de l’Etat est de la responsabilité de ce dernier, et que dans les fait elle est largement garantie par l’Union européenne et la BCE. La dette fiscale et sociale des entreprises envers l’Etat est au contraire largement du papier: bon nombre de ces dettes ne seront jamais payées. Donc en pratique, ces minibots sont essentiellement de la nouvelle dette.

Mais comment en faire une nouvelle monnaie ? Eh bien on l’imprime en petites coupures qui ressemblent à des Lires, on autorise leur circulation, on autorise pourquoi pas les entreprises à payer une partie des salaires avec, et on crée un système bancaire public (type Caisse des dépôts – BPI) qui fait tourner les petits papiers dans l’économie réelle. On parle de 5% de l’économie.

Et la Ligue fait voter une résolution non contraignante du Parlement sur ce dispositif… à l’unanimité. Les députés d’opposition ont ensuite vu avec horreur que ce dispositif a été rajouté à la dernière minute dans le texte sans qu’ils soient prévenus, et qu’ils l’ont donc voté sans le savoir ! Mais l’unanimité, quel beau symbole de concorde nationale. Au passage, même le gouvernement n’assume pas cette motion.

Cette idée est proprement dingue. Ce qui devrait être un dernier recours de pays en effondrement comme le Venezuela est porté en procession bruyante dans une des première économies mondiales. Qu’on mesure bien ce que cela signifie: une partie du gouvernement italien se prépare à :

  • Changer de monnaie dans l’urgence
  • Fermer toutes les banques sauf les banques publiques
  • Dans les faits, faire défaut sur la dette italienne
  • Dans les faits, accepter la faillite des banques et la disparition de la majeure partie de l’épargne des italiens
  • Régler le problème du déficit en faisant tourner la planche à billet

Il y’avait ce mois ci des élections portant sur l’Europe. Le sujet a t’il été évoqué un instant devant les électeurs ? Non. Pourquoi faire d’ailleurs ?

On assiste au spectacle hallucinant d’un débat entre la Ligue et la BCE sur Twitter. L’économiste de Salvini reproche à la BCE de ne pas soutenir les investissements publics et propose qu’elle rachète des titres émis par la BEI pour ce faire. Gag: la BCE le fait depuis déjà 4 ans, et ceux qui le lui rappellent le font sans diplomatie excessive. Mais surtout, Draghi lui-même entre dans la danse:

Il serait bon que le gouvernement italien retrouve un peu de calme parce que les choses deviennent dangereusement hors de contrôle.

 

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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16 Commentaires

  1. Excellent article, avec toute la vigueur nécessaire face à cette gestion populiste catastrophique. Salvini n’a sans doute jamais compris ce qu’était l’Euro. Il réinvente une forme d’assignat s’appuyant sur … une dette phénoménale, qui va précipiter la catastrophe financière annoncée.

    1. Après une longue enquête comparative avec l’Europe, j’ai trouvé :
      – le 2/e ou 3/e produit d’Italie est… les gâchis de l’Etat. Gigantesque, car dans le institutions on ne sait pas travailler. E la Corruption est souveraine…
      – le travail de qualité semble disparaitre des institutions ; l’Etat ne marche plus…!
      Dulcis in fundo : les Italiens ne savent pas d’être inefficaces dans la société …, parfois dans le privé… !

      Ulrico Reali

  2. Je crois au contraire qu’il se passe là exactement ce qu’il faudrait accepter de faire dans une nouvelle forme d’économie totalement révolutionnaire : Créer de l’argent ex nihilo quand cela est necessaire.Qu’est ce que l’argent actuellement ? Un chiffre dans un ordinateur. Rien ne nous empeche de disposer de tout l’argent dont nous avons besoin . Le seul souci qui parasite tout c’est la fameuse  » loi des marchés  » qui peut créer une inflation délirante. Il faut combattre cet hégémonie de la loi des marchés. La loi des marché n’est que mensonges. Bien sûr tout cela demande coordination reflexion organisation et le faire à l’arrache comme le fait le gouvernement italien conduira probablement à la catastrophe. Mais le principe de base est le bon. Il faut renoncer à l’argent comme équivalent à des actifs et en faire le moteur virtuel des investissements indispensables et non rentables dont le monde a cruellement besoin actuellement. Ce n’est pas un délire, c’est la SEULE solution. Tant que l’on continuera nos comptes d’apothicaires, on continuera de s’auto asphixier. Il faut accepter que le monde dans son état actuel dépense plus d’argent qu’il ne peut en produire. Il faut en finir avec les comptes soi disant précis de l’économie capitaliste qui ne reflètent aucunement la réalité. L’économie est à réinventer et sur une base éminement écologique. Je sais que vous n’êtes pas encore prêts à accepter cela, loin s’en faut. J’aurai bcp de plaisir à en parler plus en détails avec vous si vous le souhaitez. C’est , je le crois sincèrement, la seule issue, aux problèmes insurmontables de notre 21eme siècle. Cela s’appelle la révolution dans l’abondance. Cela se fonde sur des principes de générosité et d’abondance par opposition aux principes actuels d’avarice et de rareté. J’espère que cette idée fera son chemin. Merci de prendre la peine de réfléchir avant de tout de suite la rejeter . L’argent à l’echelle de l’histoire humaine ne l’oublions pas est un concept récent, les ressources de ce monde sont une réalité depuis toujours. La nouvelle définition de l’économie qui s’impose en ce 21eme siècle menacé d’effondrement imminent est la suivante: Economie = Gestion et partage des ressources . Au regard de cette définition , saine vous l’admettrez, le capitalisme consumérisme est un dinosaure dans un magasin de porcelaine. Il est grand temps d’abattre la bête.

      1. Merci pour votre réponse Arthur. Je m’attendais à un rejet catégorique. les choses évoluent , pas encore assez vite sans doute mais elle évoluent. Existe t il des cercles de reflexion sur ce sujet que l’on peut rejoindre ? Avec vos amis de positive money par exemple ?

    1. excellent article Roberto , que de vérités….mais d’ici que de vaste prises de conscience se fassent jour le chateau des cartes du quantitative easing européen infini et illimité risque bien de s’etre définitivement écroulé…..oyez oyez bonnes gens , ne paniquez pas car le plan des sorties successives de l’UE est en train de se dérouler ….a qui le tour après l’italie ,,.,???

  3. Article très intéressant, les commentaires aussi, mais pour détendre l’atmosphère créée par les populistes, je propose une phrase de Bertrand Blier : « Je n’avais aucune envie de jouer au con avec lui, vu que de toute façon il aurait été le plus fort. »

    1. Bertrand étant le fils de Bernard, je ne peux m’empêcher de songer à une phrase-culte des « Tontons flingueurs »: « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ».

      Et Dieu sait que le grand amoureux de l’Italie que je suis ne peut que déplorer, à cet égard, l’excès d’ « audace » manifesté par les « 5 étoiles » (certes, il en manque 7 pour accéder au symbole démocratique que porte un drapeau européen à 12 étoiles) et surtout par des « ligueurs » qui, par leur appellation, rappellent de sombres nuages obscurcissant le ciel des années 30.

  4. Jouer à la con, est un titre vexant et très dangereux. Un titre qui souligne carrément une fermeture au dialogue. C’est ça votre idée d’Europe? J’entre même pas sur le sujet de la demande que fait l’Italie et qui personnellement me semble tout à fait RESPECTABLE, voir pertinente. Plutôt je voudrais souligner le fait qu’exaspérer les peuples entre eux n’a jamais apporté rien de bon. Je constate que c’est une leçon de l’histoire que vous n’avez pas encore bien apprise.

  5. si  » jouer au con  » veut dire ici « faire n’importe quoi » alors les italiens ne jouent pas au con mais déroulent tout simplement un plan de sortie de l’UE …. inutile de faire les étonnés car beaucoup d’européens sont au courant …. au tour de qui après l’italie ?…les paris sont ouverts !!!!

    1. Eh bien ! puisque le mot « con » occupe une place de choix dans la chronique-chapeau et ses commentaires, rappelons une phrase-culte tirée cette fois non des « Tontons flingueurs » mais exprimée par Gabin dans « Le cave se rebiffe » et qui s’applique avec une précision millimétrée au pauvre Salvini: Monsieur est un gabarit. Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ».

      Vivement que l’Italie – ma seconde patrie de coeur – retrouve les bienfaits d’une opération de type « mani pulite » (mains propres) et donne l’exemple d’un ménage balayant devant sa propre porte avant de franchir à reculons celle de l’Union européenne.

      1. Eh bien, nous avons un gouvernement Italien qui ne veut pas sortir de l’Euro, mais qui agite la menace de le faire pour faire semblant d’avoir défendu un budget irréaliste devant la Commission, en s’appuyant sur des plans franchement fantaisistes et en s’étant bien abstenu de poser la question aux citoyens pendant les élections le mois dernier. Ensuite le gouvernement va se coucher en faisant semblant d’avoir résisté, le tout en payant une hausse des taux d’intérêt sur sa dette parce qu’il a inquiété les marchés. Je maintiens: c’est franchement jouer au con.

  6. je maintiens : malgré quelques péripéties inévitables l’italie va bien sortir de l’euro et de l’UE !!!….et elle va le faire si elle reste contrainte de le faire pour retrouver sa pleine souveraineté politique et économique !

    1. Mettre un I majuscule à l’Italie serait peut-être une marque de respect élémentaire vis- à- vis de ce pays, vous ne trouvez pas, Monsieur Gazengel?
      Quant à sa pleine souveraineté politique et économique, vos bons conseils et commentaires ne vont pas beaucoup l’aider…Heureusement que M.Salvini s’en occupe, tirant le pays des griffes de la méchante et malintentionnée Europe, pour le vendre…à la CHINE!

  7. Décidément il faut que vos analyses pertinentes ou pas commencent par une insulte (fascistes, con) je n’ai pas souvenir que l’Europe promeuve l’insulte comme moteur de ses valeurs ou comme argument qui ne marchent au pas.

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