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La reconquête du Danemark complète le grand chelem nordique pour la social-démocratie

Depuis quelques temps, on a tendance à citer la péninsule ibérique dès lors qu’il est question de mettre en avant une partie du continent européen où la gauche réussit bien. Et, effectivement, les succès espagnols et portugais sont incontestables et ont valeur d’exemple pour redonner espoir à tous les sociaux démocrates en Europe. Mais, plus étonnamment, on oublie souvent d’évoquer la spectaculaire reconquête de la région qui a constitué, par excellence et durant des décennies, le laboratoire triomphant de la social démocratie fort de ses niveaux faibles d’inégalité et de pauvreté grâce à la puissance et à l’efficacité de son Etat Providence. De fait, l’année 2019 aura été celle de tous les succès pour la social démocratie nordique : Stefan Löfven le Suédois reconduit en janvier, Antti Rinne le Finlandais prenant ses fonctions il y a une semaine ; Mette Frederiksen devrait donc devenir prochainement la troisième Premier Ministre social démocrate de la région après le succès du bloc de gauche lors des législatives danoises la semaine dernière.

De plus, la performance des sociaux démocrates danois était particulièrement intéressante à suivre, pas seulement parce qu’il existait une grande probabilité pour qu’un nouveau pays se pare de rose sur la carte politique européenne mais également du fait que nos camarades ont tenté de résoudre une équation souvent posée et étudiée mais jamais réellement abordée avec tous les moyens qu’elle mérite à savoir: comment reconquérir une partie des classes populaires captée depuis plusieurs années par les partis populistes d’extrême droite ? Sous le leadership de Frederiksen, les Sociaux Démocrates ont assumé une campagne pleinement axée en direction de cet électorat. On se souvient que le social libéralisme, à l’ère de la troisième voie durant les années 90s, avait d’abord et avant tout ciblé les classes moyennes par le biais d’un recentrage sur le plan économique couplé à un libéralisme sur les questions sociétales et identitaires. Les Sociaux Démocrates danois auront donc fait exactement l’inverse : d’une part , un retour aux fondamentaux de la social démocratie par le biais d’un discours très offensif contre les coupes sociales, remettant au centre la nécessité d’une fiscalité redistributive et la place prédominante d’un Welfare State étendu – surtout en matière de santé et d’éducation – ; d’autre part, un durcissement significatif et inédit pour un parti de centre gauche sur les questions d’immigration et d’intégration, Mette Frederiksen n’hésitant pas à affirmer à plusieurs reprises que l’excès de libéralisme sur ces sujets était, selon elle, la cause principale de la perte de l’électorat populaire par les Sociaux Démocrates.

Il était donc instructif de voir quels seraient les résultats de cette nouvelle stratégie politique. De manière assez surprenante, elle semble, en chiffres bruts, n’avoir entraîné ni gain ni perte puisque les Sociaux Démocrates ont réalisé quasiment le même score qu’il y a 4 ans, ne gagnant qu’un seul siège. En revanche et de façon logique, la sociologie de son électorat a quelques peu évolué avec, comme attendu, des gains significatifs dans l’électorat populaire. Il est clair que certaines prises de positions de Mette Frederiksen sur l’immigration me rendent assez inconfortables mais force est de constater que son pari de réduire le vote d’extrême droite a réussi : le parti populaire danois a subi une défaite massive, perdant plus de la moitié de ses sièges et si une partie de son électorat s’est reporté sur d’autres partis de droite, il n’y a aucun doute sur le fait qu’il y a bien eu un transfert de voix au profit des Sociaux Démocrates. Dans le même temps, ces derniers ont perdu un électorat davantage jeune et urbain, issu des classes moyennes et plus libéral sur ces questions mais la différence est que ce dernier est allé vers d’autres formations de gauche, principalement les sociaux libéraux et les écologistes. Or, ce transfert de voix, interne au bloc de gauche ne « coûte » rien, au final, à Mette Frederiksen puisque les partis en question sont censés gouverner avec elle quand, dans le même temps, les conquêtes sur l’extrême droite augmentent de façon significative l’écart entre le bloc de gauche et le bloc de droite, rendant tout gouvernement de droite impossible. Ainsi, avec un score semblable à celui de 2015, Mette Frederiksen est aujourd’hui certaine de devenir Premier Ministre quand Helle Thorning Schmidt avait, elle, du céder la place à un Lars Rasmussen fort de son alliance avec l’extrême droite.

Est-ce à dire qu’il n’y aura aucune difficulté dans la formation du prochain gouvernement ?  Les négociations pourraient être tendues : fort de leur progression, les sociaux libéraux et les écologistes devraient demander des ajustements et des concessions en matière migratoire. Il est toutefois improbable que les discussions échouent, Frederiksen ayant la possibilité de menacer ses partenaires de gauche d’une coalition alternative avec les Libéraux – de type grande coalition, inédite au Danemark mais qui serait majoritaire en sièges – afin de les faire céder et il n’est pas dans l’intérêt de ces petites formations de rester dans l’opposition. Ajoutons à cela le fait que la candidature de Margrethe Verstager à la Présidence de la Commission devrait rendre le parti social libéral plus accommodant, celle-ci ayant besoin du soutien de sa Premier Ministre pour avoir une chance. Un gouvernement traditionnel, à savoir les Sociaux Démocrates soutenu par leurs partenaires de gauche, reste donc l’option de loin la plus probable à ce stade.

Sébastien Poupon

Sébastien Poupon est militant social-démocrate et animateur territorial de Sauvons l’Europe
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Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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9 Commentaires

  1. Il y a incompréhension de ma part sur cette phrase : » Il est clair que certaines prises de positions de Mette Frederiksen sur l’immigration me rendent assez inconfortables mais force est de constater que son pari de réduire le vote… »

  2. « les succès espagnols et portugais sont incontestables et ont valeur d’exemple pour redonner espoir à tous les sociaux démocrates en Europe. »
    Dans tous les pays d’Europe où le chômage, qui est de moins en moins protecteur, a baissé, le nombre de travailleurs précaires a augmenté, donc la situation des travailleurs s’est dégradée (impossibilité de faire des projets, pas de prêts, stress permanent, cumul d’emplois, retour des retraités au travail, flexibilité des lieux, horaires…) par contre il y a de plus plus en plus de riches et de plus en plus riches. Or ce qui compte avant tout pour un véritable social-démocrate, c’est le progrès social, que les gens vivent mieux. L’Allemagne est passée de 14% de précaires à 17%, L’Angleterre à 20%, la précarité au Portugal a donc augmenté de 50 % entre 2013 et 2018, et de 6,1 % l’an passé. Elle concerne aujourd’hui 28 % de la population active. Près de 27 % des salariés espagnols sont ainsi employés en contrat temporaire, un chiffre en hausse par rapport au premier trimestre. En France, Près d’un participant sur trois (31,6 %) au marché du travail a été concerné au moins une fois dans l’année par une situation de contrainte. Soit près de 6 points de plus qu’il y a dix ans.

  3. Dans le même ordre d’idée, ce que l’article nomme social-démocratie est plutôt du social-libéralisme c’est-à-dire du libéralisme teinté d’un minimum de social. De plus, ce courant politique se mâtine de xénophobie pour séduire l’électorat d’extrême droite et se soucie peu des défis climatiques en se voulant climato-rassurant.
    Personnellement, je n’appelle pas cela du progressisme. Pas vraiment ma tasse de thé…

    1. Bien d’accord avec vous. Ce qui m’importe ce n’est pas l’Europe, ce n’est pas de sauver l’Europe qui est une réalité géographique et, d’une certaine manière, culturelle, mais c’est les Européens et tous les humains qui y vivent, voilà ce qui me semble important. C’est à dire leur bien-être, un minimum de bonheur (qui ne peut être parfait), la justice pour tous, la disparition de l’angoisse sociale, de la pauvreté, de la précarité, des services publics pour tous. Tout le reste n’est que bavardage d’élites qui manquent de sens et de sensibilité.

  4. Je suis quelque peu embarrassé par cette victoire social-démocrate en Scandinavie.
    Il est un fait que les résultats sont là, mais n’est-ce pas au nom du reniement de certaines valeurs en matière de migrations et de droit d’asile?
    Je ne pense pas que l’on puisse établir un modèle au seul nom de résultats, qui évitent, il est vrai, une situation sans doute probablement pire.
    Les sociaux-démocrates autrichiens sont aussi maintenant familiers de telles compromissions. A tout prendre les « sociaux-démocrates » sont aussi au pouvoir en Roumanie.
    L’action de la social démocratie ibérique me semble être beaucoup plus encourageante, ainsi que les positions courageuses prises par le pape François en Italie ou même la politique d’Angela Merkel, première version, en Allemagne, en dépit, sans doute, de ses motivations profondes.

    Maurice Guyader

  5. Cher éditorialiste, je comprend votre gêne sur la politique immigrationniste folle ( comme dans toute l’Europe de l’ouest d’ailleurs) de Frau Frederiksen, vu le nombre caché de viols de plus de 120000 femmes soit 1,4% de la population.Ne dites pas que c’ est une fake news car ce sont des chiffres officiels des services de police; de même en est-il en Allemagne où, au nom de la démocratie bienveillante et soft, la police ne peut divulguer les viols journaliers des fraülein, mais aussi des « vieilles »…La police danoise conseille aux jeunes filles de s’habiller en conséquence ! Belle défense du citoyen. Nos chers « envahisseurs » aiment les femmes de 7 à 77 ans: c’est déjà ça pour le grand remplacement dans la vieille Europe. Continuez à rêver derrière vos bureaux pendant que c’est encore possible un peu de temps.

    1. Un commentaire puant de racisme ! des chiffres mensongers lancés : un nombre caché mais ce sont des chiffres officiels, le principe de non contradiction ne semble pas acquis ! et des immigrés devenus « envahisseurs » qui violent impunément des petites filles aux vieillardes. En prime le « grand remplacement » cher à Renaud Camus. Il faudrait rappeler à ce triste sire que le racisme n’est pas une opinion mais un délit !

  6. Cher J.F. Launay, le délit c’est vous qui vous mentez à vous-même, car cette volonté ou cette idéologie que vous aimez ne peut faire le bonheur des peuples contre leur gré. Accepter et intégrer des immigrants utiles par leur culture, leur formation, leur volonté de s’intégrer, alors oui et cela a fait la richesse de l’Europe et il n’y a aucun racisme à avoir car nous sommes de la même essence. Mais tout n’est pas bisounours et le racisme que vous beuglez comme tous les gauchistes incultes du monde maghrébin, moyen-oriental ou oriental, voire africain, n’est pas la marque des Européens mais de ces peuples qui se détestent parce que sunnites ou wahhabites ou chiites, ou de tribus africaines différentes. Pour le reste , je ne perdrai pas mon temps à polémiquer plus avec un doctrinaire au langage classique digne de l’émission  » On n’est pas couché » Je vous souhaite d’ouvrir votre cœur et votre intelligence à la souffrance des gens qui ne peuvent s’exprimer et qui vivent la réalité quotidienne
    dans les quartiers de non-droit.

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