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Entre Cigales et Fourmis : quelle solidarité européenne ?

Bien-sûr, il nous faut saluer bien courtoisement l’accord intervenu au sein de l’Euro-groupe. Les ministres des finances européens sont bien parvenus à un accord, lors d’une vidéoconférence, également ouverte aux pays non membres de la zone euro. Un ensemble de mesures d’environ 500 milliards d’euros pour une réponse immédiate aux conséquences crise économique de la crise de Covid-19. La réunion avait été suspendue mercredi matin après 16 heures de négociations. Elle a repris jeudi à 21h30, avec quatre heures et demie de retard, pour ne durer qu’une demi-heure. De toute évidence, la véritable négociation avait eu lieu auparavant…

… 500 milliards, cela mérite bien que l’on s’y arrête quelques instants.

Tout d’abord, le paquet comprend le nouveau mécanisme «SURE» proposé par la Commission Européenne pour le soutien aux systèmes nationaux de chômage. Ensuite, l’on trouve un mécanisme financier de soutien à la liquidité des entreprises qui permettra la mobilisation de crédits à hauteur de 200 milliards d’euros via des fonds levés sur les marchés par la Banque européenne d’investissement (BEI). Enfin, s’ajoute une ligne de crédit dédiée du « MES » (Mécanisme européen de stabilité) de 240 milliards d’euros qui peut être activée par tout pays membre qui le souhaite. Cette ligne de crédit, appelée «Pandemic Crisis Support», ne nécessitera aucune «conditionnalité macroéconomique», et sera accessible à tous les États membres à des conditions standardisées et égales pour tous. Cette ligne sera limitée au financement des seules dépenses de santé et de la prévention directe et indirecte de l’épidémie. Les Etats Membres pourront y puiser jusqu’à un montant égal à 2% de leur PIB.

Plus intéressant, l’accord prévoit également la mise en place d’un « Fonds de relance » temporaire. Le Fonds sera géré « par le budget communautaire » et sera financé selon des modalités et des mécanismes encore à déterminer, y compris des « instruments financiers innovants ». Une formule qui pourrait inclure des euro-obligations ou des « obligations Corona », soit des émissions de dettes en commun. Il n’y a à ce jour aucun accord là-dessus.

Chacun appréciera le bébé à l’aune de sa propre vision du projet européen… Le moins que l’on puisse dire est qu’il révèle en creux l’impérieuse nécessité d’une définition de la « solidarité européenne » qui soit commune à tous au sein de l’Union Européenne. Aujourd’hui, tous ne mettent pas le même contenu derrière les mêmes mots… Par exemple, « la solidarité européenne » se limite-t-elle à partager les mêmes taux d’intérêt pour emprunter chacun sa dette sur les marchés financiers ? Egalement, faut-il limiter cette solidarité à la durée de la pandémie et au strict caractère sanitaire de la crise actuelle ? Ce que l’on sait à l’heure présente, c’est que la clé de l’accord sur l’absence de conditionnalité du MES réside dans la formule utilisée dans le rapport de l’Eurogroupe : « Par la suite, les États membres de la zone euro resteront déterminés à renforcer les fondamentaux économiques et financiers, conformément au cadre de coordination et de surveillance économique et budgétaire de l’UE… « . La pomme ne semble donc pas être tombée si loin des polders bataves…

Alors, l’heure est-elle uniquement à une solidarité technique face à une crise sanitaire ? Pour sortir par le haut de la première crise « « meurtrière » européenne depuis 1945, les chefs d’Etat et de gouvernement se sentiront ils tenus de s’accorder sur une réponse politique ? Certes, mutualiser des taux d’intérêts bas, « c’est déjà ça » comme le chante Alain Souchon… Mais, au-delà du réconfort économique certain, quelle peut être la portée politique d’un tel acte ? Comparé à l’après-guerre, c’est bien moins que le Plan Marshall, sans une once de déclaration Schuman ! Entre temps, l’opinion publique italienne est maintenant partagée à égalité sur l’opportunité de quitter l’UE…

Dans les choix que feront les européens, le courage politique français risque de peser bien lourd dans la balance, au côté de la détermination des exécutifs italiens et espagnols. Qui a oublié le souvenir douloureux de la capitulation en rase campagne de François Hollande, à peine les lampions de son élection éteints, sur le sujet d’un pacte européen stabilité « made in Berlin » en 2012 ? Entre temps la journée d’hier nous a gratifiée d’une prise de position inattendue en la personne du pape François lors de son intervention pascale. Interpellant directement les dirigeants européens il a appelé de ses vœux : « un esprit concret de solidarité qui a permis de dépasser les rivalités du passé », notamment après la Deuxième guerre mondiale. Face à la pandémie mondiale qui frappe durement des pays comme l’Italie, l’Espagne ou la France, il faut avoir recours « à des solutions innovantes » et oublier « les égoïsmes« .

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Henri Lastenouse

Henri Lastenouse est Secrétaire général de Sauvons l'Europe, et tant d'autres choses encore !

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8 Commentaires

  1. « Fonds de relance » temporaire, « instruments financiers innovants », « obligations Corona »….. tout cela est indispensable dans la période évidemment …. mais il nous faudra bien finir par juguler nos déficits récurrents ….pour pouvoir investir, ne pas fonctionner avec des traites sur l’avenir, tenir nos engagements ;..

  2. Un accord, mais quel accord ? Il s’agit essentiellement de prêts, donc de fonds remboursables, ce qui ne fera qu’aggraver les déficits des Etats membres de l’UE. La France estime déjà la possibilité d’un déficit à 112% de son PIB. C’est celui qu’avait la Grèce en 2010 ! Alors à quand la troïka en France, en Italie et en Espagne ? Comme d’habitude, il y aura deux poids, deux mesures et la « Désunion européenne » ne pourra plus longtemps être masquée par une « Union » en réalité fictive et totalement inexistante.

  3. « …il faut avoir recours « à des solutions innovantes » et oublier « les égoïsmes » . »
    On voudrait lire partout – au moins sur les sites de bonne volonté – des propositions de taxation du capital, des transactions financières, des gros héritages,… plutôt que des lancements d’emprunts dont les intérêts vont une fois de plus tomber dans la poche des mêmes.
    Le sauvetage de l’Europe pourrait bien dépendre de ce type de solution.
    CF

    1. Très bien … des propositions de taxation du capital, des transactions financières, des gros héritages,…
      mais ce sont toujours les bons élèves qui doivent faire preuve d’une solidarité à sens unique.
      Quand vous aurez vidé ces capitaux, dans 10 ou 20 ans, que se passera-t-il ???

  4. quel accords alors que se ne sont que des prêt
    je pense reellement qu’il faud ABROGER LES DETTES ANTERIEURE REDONNER AUX PAYS DIFFERENTS LEUR RESERVE D’or et relancer par UNE DETTE COMMUNNE REMBOURSABLE A INTERET 0 SUR 100 ANS

  5. Franchement, le caractère innovant est absent: des prêts? continuer à considérer la dette des états comme non mutualisées? en 1914-1918, les procédures fiscales avaient été bouleversées pour mettre à contribution les vrais riches. ici, point… Une autre manière de faire de l’endettement en créant de la monnaie à partir de rien, gérée et diffusée par des banques privées (vu l’interdiction des banques centrales de prêter elles-mêmes): Quel est le gain en commissions bancaires de ces 500 milliards? à seulement 0.1% de « frais » et je suis gentil: on vient de faire un cadeau d’1/2 milliard d’euros. C’est ce qui amplement aurait permis de remettre en état le service hospitalier d’urgence français et d’avoir les stocks médicaux prêts, en 3 mois. Une différence de 20 000 morts vu les différences entre Allemagne et France et les courbes épidémiologiques. A ceux qui diraient que ca n’a rien à voir, il est temps de parler d’économie réeelle et de voir que ca a tout à voir, via l’imposition réell
    le et l’élargissement des bases fiscales

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