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Budget européen : Orban en grève de la faim

Le prochain budget européen a tout pour être historique. Il incorpore un plan de relance européen, double peu ou prou son volume, se soumet à un double principe écologique et de respect de l’Etat de droit et prévoit à terme la création de nouveaux impôts proprement européens. Une telle ambition a de quoi assurer un accouchement difficile.

Les difficultés ont été de deux ordres. D’abord le montant du budget. La réorganisation violente des priorités avait bien entendu conduit les chefs d’Etat et de gouvernement à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Le Parlement européen a très tôt pesé pour rééquilibrer les choses et obtenir l’augmentation du budget qui permette de satisfaire les différents objectifs de l’Union.

Le symbole de cette lutte est bien évidemment le rapporteur du budget, Pierre Larrouturou, qui a conduit une grève de la faim pendant 18 jours. Une telle action est à notre connaissance inédite pour l’adoption d’un budget et montre l’importance du moment. Le sujet est simple : l’impossibilité de parvenir à un budget réellement satisfaisant sans nouvelle ressource, au premier rang desquelles une taxe sur les transactions financières. En septembre, le Parlement européen a voté un rapport en ce sens à une forte majorité, et Pierre Larrouturou a voulu défendre ce principe face aux gouvernements. Il n’a pas pu imposer ce thème dans la mécanique budgétaire mais l’a solidement implanté pour les années qui viennent. L’ensemble du Parlement toutefois a préféré entamer un rapport de force plus classique qui a abouti à un accord sur un renforcement budgétaire de l’ordre de 15 milliards pour la santé, Erasmus, la sécurité aux frontières et l’aide humanitaire.

Puis vient la seconde lame. En début de semaine, la Hongrie et la Pologne ont mis leur veto au budget européen, suivis par la Slovénie (dont le premier ministre reconnait la victoire de… Trump) mais pas la Slovaquie. Le motif : le respect de l’Etat de droit comme condition de versement de versement des fonds est inacceptable.

La partie présentable de l’argument est que ces pays défendraient les valeurs immémoriales de l’Europe en luttant contre l’avortement, les homosexuels, les étrangers et la pensée libre, et que leur combat serait sournoisement remis en cause par une Europe manipulée par Georges Soros. Si, c’est bien la justification officielle, fort goûtée par toute une partie de la droite française, de Villiers à Mariani qui félicite même Orban de « Sauver l’Europe ».

Les mauvaises langues relèveront plutôt que le détournement des fonds européens au profit des proches du pouvoir est dans ces pays très pratiqué et que l’absence d’indépendance de leur système judiciaire arrange bien les dirigeants en place. Le versement de la PAC est lié par exemple à des terres qui ont été distribuées par le pouvoir. De même, l’Office de lutte anti-fraude européen s’est étonné des conditions d’attribution des fonds européens aux entreprises de la famille Orban, sans réaction nationale.

Le Conseil européen se réunissait jeudi mais a décidé directement de repousser cette décision à… plus tard. Alors qu’un bras de fer se profile sur le sujet, personne ne donne la sensation de céder et trois pays se permettent donc de bloquer le plan d’aide d’urgence dont ils sont parmi les premiers bénéficiaires. C’est un pari dangereux. En effet, si le budget concerne par définition tous les pays de l’Union et que des mécanismes permettent le financement des dépenses courantes en cas de blocage de son adoption, le plan de relance est hors budget et un geste volontaire des Etats. Il n’y a rien d’inconcevable juridiquement à ce que l’ensemble des Etats membres n’y participent pas, si certains préfèrent s’y oppposer.

Notons tout de même que des positions de repli semblent émerger à l’Est, avec la demande informelle d’introduire un droit de recours contre la décision des Etats membres. Il apparaît que Viktor Orban ne compte pas poursuivre sa grève de la faim jusqu’à une issue fatale.

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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7 Commentaires

  1. Il est temps que l’Union cesse d’être un marché même plus commun et en revienne à ses fondamentaux même si, horresco referens vu la géopolitique, il faut se recentrer autour des valeurs et accepter de voir des pays nous quitter. Ce qu’ils ne feront pas, vu l’attrait du fric. A moins qu’ils n’en trouvent ailleurs. Les mafias se disputeront les territoires…

  2. Je suis d’accord pour effectivement subordonner l’octroi des fonds au respect des valeurs de droit. Surtout à l’égard de la Hongrie dont les dirigeants sont notoirement corrompus. Toutefois, il faut quand même faire attention à ne pas abuser de l’interprétation « respect des valeurs de droit » . Prenons l’avortement par exemple. On peut être pour ou contre. Personnellement je suis pour mais dans une série limitée de cas. Les Polonais eux, n’ont pas totalement interdit l’avortement mais l’ont restreint à un nombre de cas plus limité qu’avant. On peut être pour ou contre mais on ne peut pas accuser la Pologne de ne pas respecter les règles de droit sur cette thématique qui est philosophique et qui ressort de la compétence de chaque Etat membre, sous la houlette du pouvoir judiciaire national et européen. Je crains que l’UE apparaisse comme un régime totalitaire de la bien-pensance. Attention, ne sous-estimons pas ce danger.

  3. Enfin! L’UE va frapper là où ça fait mal, au portefeuille. Hongrois et Polonais contestent déjà beaucoup leurs dirigeants, si ceux-ci provoquent l’arrêt des subventions européennes alors ils vont se faire éjecter manu militari, car j’imagine mal une réaction épidermique nationaliste aller au point de provoquer le départ des deux pays, le contrôle des médias ne réussira jamais à dissimuler la catastrophe économique que cela représenterait. Avec en plus le Brexit qui va illustrer crûment dans quelques semaines la folie d’une sortie du Marché Commun et de l’Union Douanière.

  4. État de droit? Supercherie: Dictature des juges au profit du politiquement correct contre la pensée des peuples et martelé par les médias aux ordres. Vive les Visegrad qui ont encore le souvenir des valeurs chrétiennes qui ont fait ce que fut l’Europe. A propos il y a peut-être des sujets graves à traiter prioritairement tel que la défense de la Grèce face à l’arrogance de l’islamiste Erdogan; le problème de la sécurité en Europe pour les citoyens autochtones agressés par les migrants incontrôlés; réfléchir à la ductature médicale qui oppresse les pays covidés sans que l’Europe n’intervienne etc…et puis le Brexit , un vaudeville à plusieurs milliards ( de fausse monnaie n’est-ce pas mme Lagarde et se successeuse?), puis l’Italxit prochain !

    1. Oh oui, le retour aux valeurs chrétiennes tels l’inquisition et à la chasse aux sorcières fait rêver plus d’un … Au passage vous n’avez pas réussi à placer la 5G ni Bill Gates, dommage.

  5. Merci Arthur pour cette analyse courte mais pertinente. Nous avons des nombreux échos de la part des amis Polonais de Pologne, inquiets de ce tour de force qu’opère la droite fondamentaliste en profitant de sa position de force par rapport à la majorité parlementaire vacillante. Les évènements des derniers mois l’exposent en effet au chantage du ministre de la justice Ziobro, qui veut clairement une forme de dictature et le Polexit. La mobilisation massive des femmes et des jeunes pour protester contre la suppression quasi totale de l’avortement et la condamnation des femmes à « l’enfer ». Parce que, Jean-Luc Laffineur, la situation des Polonaises, et encore plus des LGBTQI, n’est pas aujourd’hui conforme aux exigences des droits fondamentaux inscrits dans les valeurs de l’UE. Si vous parlez du respect de droit, vous n’êtes pas sans savoir que le pouvoir judiciaire y est assujetti actuellement au parti Droit et Justice suite aux manipulations inconstitutionnelles qu’il a opéré. Il n’est pas non plus exact que ces agissements du pouvoir en place contre les femmes sont conformes aux souhaits de la majeure partie de la société.

  6. A vous lire et quand on reçoit des nouvelles de l’UE actuellement, j’ai l’impression que celle-ci s’enfonce dans la médiocrité. Ce qui n’est pas étonnant quand on voit que la majorité des élus européens et nationaux sont des médiocres. Je prédis une légitimité prochaine pour nos représentants européens proche de 10% des votants. L’UE c’était une belle idée quand il y avait des Hommes d’Etat capables de la porter et de lui insuffler leur vision de l’avenir. Aujourd’hui l’avenir est sombre et je ne vois aucune personnalité susceptible de l’éclaircir.

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