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9 mai : clin d’œil à la fresque européenne – de Monnet à Dalli

L’an dernier à pareille époque, on célébrait les 70 ans de la « déclaration Schuman » à l’origine de la construction communautaire. Cette année 2021 marque le même anniversaire pour le traité de Paris du 18 avril 1951 instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier, combustible et armature de cette construction. Force est toutefois de reconnaître que ce dernier n’a été évoqué qu’avec une certaine discrétion dans les médias… ce qui est sans doute injuste si l’on songe aux ferments qu’il recelait, notamment en matière sociale, à une époque où les mineurs et les sidérurgistes constituaient des chevilles ouvrières notables de la reconstruction du continent après les années de guerre.

Le propos n’est pas, ici, d’entrer dans le détail du long cheminement, ponctué d’étapes clés, qui a conduit à l’Union européenne d’aujourd’hui. Des historiens chevronnés comme Marie-Thérèse Bitsch, Gérard Bossuat ou, plus récemment, Geoffrey Grandjean, ont largement contribué à la réalisation de cette fresque.

Avec un petit clin d’œil au monde de la peinture, ma réflexion se voudrait davantage « impressionniste » en évoquant quelques aspects ponctuels – adjectif qui, du reste, n’est pas sans lien non plus avec le « pointillisme », autre école artistique.

Et d’abord , ce mouvement furtif en direction de l’art pictural s’accompagne d’une sonorité – sinon « sororité » – par le biais de cette figure de style qu’est l’homophonie (rien à voir avec l’homophobie) caractérisant des mots ou des noms qui se prononcent de la même manière mais qui n’ont ni le même sens ni la même orthographe. Ainsi, peut-on mettre respectivement en regard Monet et Monnet ainsi que Dali et Dalli : Monet (Claude) l’impressionniste, et Monnet (Jean), le « père » des Communautés européennes ; Dali (Salvador), le surréaliste, et Dalli (Helena), l’actuelle commissaire européenne (maltaise) à l’égalité et à l’inclusion.

Or, si Monet a peint « Londres, le Parlement – trouée de soleil dans le brouillard» – image qui pourrait faire songer au Brexit, qu’à titre personnel et fort de mon mauvais esprit j’analyse comme une trouée salutaire dans le brouillard longtemps entretenu par la présence du Royaume-Uni au sein de l’UE – on n’oubliera pas que l’artiste a connu une incontestable célébrité avec un autre tableau, celui intitulé « Impression soleil levant », qui donna son nom à l’impressionnisme : on pourrait considérer que c’est un sentiment analogue de lever d’une aube nouvelle qui a inspiré Jean Monnet dans sa quête d’une Europe à reconstruire au seuil des années 50. Certes, depuis quelques années, ce sont les étoiles sur fond d’azur qui se sont imposées dans la symbolique européenne… mais la voûte céleste reste d’actualité.

Quant à Dali, retenons de son œuvre prolifique une célèbre toile représentant des montres molles et à laquelle il a donné le titre de « Persistance de la mémoire » : n’y décèlerait-on pas un symbole éloquent du lent écoulement du temps nécessaire à la réalisation d’ambitieuses initiatives européennes ? Les responsabilités incombant aujourd’hui à Mme Dalli dans le but d’assurer un statut plus équilibré entre les femmes et les hommes au sein de l’Union accréditeraient volontiers l’image du rythme ayant prévalu jusqu’à présent dans la concrétisation de cet objectif. Reste alors à espérer qu’au-delà du symbolisme et de l’angélisme, sinon de l’illusionnisme, un égalitarisme plus authentique reléguera le surréalisme en la matière parmi les singularités anachroniques de l’Histoire.

Gérard Vernier

Gérard est ancien fonctionnaire à la Commission, enseignant à l’Université Libre de Bruxelles. Il est animateur de Sauvons l'Europe en Hauts de France.

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Un Commentaire

  1. Non seulement il écrit bien, mais en plus il a l’art… de remettre les faits à leurs places et enfin l’humour des gens qui ne se prennent pas au sérieux. Ursula est-tu là ?

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