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Von der Leyen à Canossa

Voici donc élue Ursula von der Leyen. Fort mal élue. Théoriquement soutenue par les trois principaux groupes du Parlement, elle pouvait prétendre à une majorité d’une cinquantaine de voix, sa marge sur la ligne d’arrivée n’est que de 9 voix, soit un pourcent. Cette majorité étroite tient à deux choses. D’abord elle incarne l’abandon par les chefs d’Etat et de gouvernement du principe démocratique des candidats issus de l’élection (les Spitzenkandidat), et ensuite elle a du se soumettre à un marathon de questionnements auprès du Parlement.

Cette courte majorité n’est due in fine qu’à un nombre d’engagements impressionnants qu’elle a du prendre auprès des différents groupes politiques, et qu’elle a formalisé dans deux lettres au groupe social-démocrate et au groupe libéral-macronien. C’est Noël, qu’on en juge:

  1. Création d’un fonds pour une transition énergétique juste au profit des personnes et régions affectées
  2. Faire évoluer la cible de réduction de CO2 en 2030 de 50% à 55%
  3. Création d’une banque du climat
  4. Mise en place d’une taxe carbone aux frontières
  5. Utilisation de toute la flexibilité du pacte de stabilité pour une attitude plus favorable à la croissance. En clair, stop sur l’austérité, oui c’est bien une allemande qui parle
  6. Création d’un fonds commun d’assurance chômage européen (que l’Allemagne vient de refuser il y’a quelques semaines)
  7. Un salaire minimum dans chaque pays
  8. Une garantie européenne contre la pauvreté des enfants
  9. Une garantie européenne contre le chômage des jeunes
  10. Des normes de transparences salariales pour lutter contre les inégalités homme-femme
  11. Des conseils d’administration d’entreprises pleinement mixtes
  12. Une lutte déterminée contre les violences domestiques
  13. Deux fonds de garantie bancaires européens en dernier ressort
  14. Une taxe européenne des grandes entreprises
  15. Une base de taxe commune à toutes les entreprises européennes pour que seuls les taux d’impôts changent
  16. Introduction des droits sociaux et de l’environnement dans la coordination des politiques européennes
  17. Une approche européenne sur l’intelligence artificielle
  18. Une aide aux pays qui sont en première ligne dans l’arrivée des migrants
  19. Renforcement des garde-côtes européens
  20. Mise en place d’un responsable européen de l’application des traités commerciaux, en particulier sur les objectifs environnementaux
  21. Association du Parlement européen à tous les stages des négociations commerciales
  22. Respect absolu de l’Etat de droit dans les pays membres, avec une étude annuelle de la situation, association du Parlement et… sanctions financières (intégration du critère dans les fonds européens)
  23. Une conférence citoyenne sur le futur de l’Europe qui puisse déboucher sur des changements législatifs, ou de traités
  24. Un droit d’initiative législative pour le Parlement européen !!!
  25. La consolidation du principe des Spitzenkandidat en créant des listes transnationales
  26. La codécision avec le Parlement européen sur tous les sujets
  27. La fin de l’unanimité au Conseil sur les questions d’environnement, d’énergie, sociales et… taxes !!! (il faudra l’unanimité du Conseil pour y parvenir, certes)
  28. Egalité homme-femme à la Commission
  29. Deux vice-présidents de la Commission (Timmermans et Vestagher en clair) avec des responsabilités particulières. Concrètement, cela signifie la mise en place d’un Directoire à la tête de la Commission avec la Présidente, les deux vice-présidents exécutifs et le responsable pour les affaires étrangères.

On voit que les groupes politiques socialistes et centristes ont choisi d’accepter la perte du candidat issu des élections (Timmermans) contre un contrat de coalition… plutôt exigeant.

C’est également une défaite stratégique lourde pour les pays de l’Est qui ont épuisé leur crédit politique en s’opposant à Timmermans parce qu’il défendait l’Etat de droit, et qui sont désormais sous surveillance avec une menace réelle de se faire couper les fonds européens.

Enfin dans le paquet cadeau, il semble que soit acté le départ de Martin Selmayr, homme politique conservateur allemand nommé dans des conditions rocambolesques à la tête de l’administration européenne. L’influence de l’Allemagne, dont l’économie et le système bancaire semblent plus fragile, ne sort pas grandie de l’exercice.

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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6 Commentaires

  1. Excellent article, loin du négativisme mal informé des grands journaux français. UvdL a résisté aux calculs électoraux et aigreurs de ses concitoyens et au vote contre elle des députés français LFI, PS et RN pour une fois réunis. Ceci dit elle a présenté un programme de gouvernement alors que dans les textes elle n’est que la présidence d’un exécutif soumis au Conseil des ministres et ne dispose que d’un droit d’initiative. Ceci dit, son « programme » est excellent et on peut espérer que sa présidence fasse oublier l’immobilisme de Barroso. Celle de Junker, bcp plus satisfaisante qu’on ne le dit souvent, a été très perturbée par le Brexit. Pas de chance.

  2. Laissons à notre nouvelle présidente le temps de se confronter aux problèmes. Son programme est ambitieux et j’aurais aimé lire un tel catalogue de buts à réaliser à gauche…
    Au fait dû au masculin singulier prend un accent circonflexe ! Contrairement à « pu » et « su » ou encore « lu » etc…

  3. Effectivement, c’est plutôt agréable à lire, ceci dit le tract de la liste de Macron pour les européennes était aussi parfait, mais si les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, il vaut mieux des promesses dans le bon sens à réalisation aléatoire que des patibulaires qui elles sont pratiquement toujours tenues! Il semble quand même que malgré les populistes, les capitalistes sauvages, il y ait une vague frémissante dans toute l’Europe vers le social, la sauvegarde de notre environnement et des limites posées au tout-financier.

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