Sven Franck, figure reconnue du mouvement politique citoyen Volt Europa, nous a fait sa part de sa candidature en interne à la coprésidence de ce parti transeuropéen qui colle aux valeurs de Sauvons l’Europe.
C’est désormais un lieu commun : l’idée d’une Europe menacée par les grandes puissances, à la traîne en innovation, incapable de créer une industrie de défense autonome, vulnérable à la désinformation, semble faire l’unanimité dans le débat public. À force d’être incantés, ces constats sont presque devenus des banalités : notre continent doit s’unir, parler d’une voix forte et unique sur la scène mondiale, se défendre avec efficacité, et protéger ses habitant·e·s.
Et pourtant, peu d’initiatives majeures ont vu le jour au niveau européen ces dix dernières années, à l’exception notable du plan de relance Next Generation EU, adopté en 2020 pour revitaliser l’économie européenne en pleine pandémie. Qu’il s’agisse de notre politique étrangère, de notre défense, de notre résilience face au changement climatique ou de notre compétitivité, l’Europe avance au mieux à très petits pas, sinon en ordre de marche dispersé, si elle n’est pas paralysée par un veto au Conseil de l’UE.
Pas d’Europe unie sans vie politique européenne
La faute à un système institutionnel encore largement dépendant de la volonté des gouvernements nationaux ? Certes, mais également à l’absence de véritable vie politique européenne. Les dirigeants des institutions européennes sont nommés par les chefs d’État et de gouvernement et n’ont pas besoin de faire campagne pour leur réélection. Ces derniers obéissent à un agenda et des contraintes nationales. Même les eurodéputé·e·s sont élu·e·s dans des circonscriptions nationales : en l’absence de listes transnationales – idée approuvée par le Parlement européen, bloquée par le Conseil – les européennes se résument souvent à un tour de chauffe avant la présidentielle ou les législatives.
Les corps intermédiaires sont également au milieu du gué : les rares médias couvrant l’actualité européenne se centrent sur les réactions des gouvernements nationaux aux initiatives de la Commission européenne, rarement sur les débats au Parlement européen. Même les « Partis politiques européens » – statut européen donné à des formations telles que le PPE, les Patriotes pour l’Europe, les Verts européens ou l’ALDE – sont avant tout de grandes et lâches maisons communes, ayant déjà fait cohabiter Viktor Orbán et Laurent Wauquiez, Raphaël Glucksmann et Robert Fico ou Andrej Babiš et Jean-Louis Borloo.
Face à l’évidence d’un cadre de réflexion presque exclusivement national, nos institutions européennes ne progresseront pas sans authentique débat public européen. Celui-ci ne pourra émerger que s’il est alimenté par des actions paneuropéennes. Les initiatives citoyennes européennes (ICE) en sont une : le mouvement féministe européen My Voice, My Choice, par exemple, a admirablement su utiliser ce mécanisme pour placer le droit à l’avortement au cœur d’une discussion véritablement européenne.
Mon parti, Volt, en est une autre. Sa vocation est simple : un parti, un programme, pour construire une Europe fédérale, et ainsi transcender les frontières nationales. Chaque membre y a le droit de vote en Assemblée générale. Nos équipes thématiques sont totalement européennes et ne connaissent pas de lignes étatiques. Même nos sections nationales issues de pays non-membres de l’Union sont pleinement intégrées à la vie du parti : les Volteurs britanniques, suisses, albanais.e.s ou encore ukrainien.ne.s ne sont pas des membres de second rang.
La politique transnationale pour faire bouger les lignes
Nos « moments transnationaux » sont nombreux. En 2023, nous avons préparé et adopté un programme commun pour les élections européennes, traduit et repris à la lettre partout où nous candidations. En 2024, nous avons mené une campagne interne pour élire nos deux candidat·e·s à la présidence de la Commission européenne. Même si nos deux têtes de liste, Damian Boeselager et Sophie in ‘t Veld, n’occupent pas l’étage présidentiel du Berlaymont, nous sommes parvenus à faire élire cinq eurodéputé·e·s, qui siègent aujourd’hui en une seule délégation Volt Europa.
Les 13 et 14 juin 2026, Volt Europa tiendra son assemblée générale à Bratislava, où nous renouvellerons nos organes dirigeants, en présence de plus de 1000 de nos près de 40 000 membres. J’y déposerai une motion pour que ce rendez-vous puisse se conclure par une déclaration politique ambitieuse et porteuse d’espoir. Je candidate également pour en devenir co-président. C’est à cette occasion que j’ai lancé l’une des premières campagnes électives pleinement paneuropéennes.
Ma démarche est simple : voyager dans chaque région où Volt est implanté. De Chypre à l’Irlande, du Portugal à la Hongrie, rencontrer nos citoyens-membres, partager nos perspectives, tracer la voie pour notre parti. Échanger avec médias, universitaires, associations. Montrer que seule une démarche publique, alliant proximité et « continentalité », permettra de faire bouger les lignes.
Le chemin vers la construction d’une Europe fédérale et unie est semé d’embûches : partout où nous existons, les grandes forces politiques existantes nous contraignent à redoubler d’innovation pour faire entendre notre voix. Il est dans l’intérêt des États de conserver leurs prérogatives, parfois au détriment du bien commun et des Européen·ne·s. Notre logique est européenne là où le débat public et les contraintes administratives sont nationales. Mais c’est à nous qu’il appartient de faire bouger les lignes en montrant la voie vers un débat continental, tout en étant respectueux des réalités et enjeux locaux, régionaux et nationaux, qu’il complémentera.
Dans son projet de Manifeste des Fédéralistes européens, publié en 1957, le penseur du fédéralisme Altiero Spinelli souligne que « le fondement commun de la Communauté fédérale et des Etats fédérés, c’est le citoyen. […] Chacun est en même temps citoyen de son propre Etat national et citoyen de la Fédération ». Il est désormais temps que des personnalités politiques nouvelles émergent pour faire du lien entre les citoyen·ne·s et l’Europe une réalité. Volt doit montrer la voie


