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Roumanie : la gauche limite la casse

Les élections législatives en Roumanie ne suscitaient à priori guère de suspense tant le dénouement semblait clair : caracolant en tête des sondages depuis des mois, le PNL (droite libérale) du Premier Ministre Ludovic Orban allait confirmer à l’échelle nationale son brillant succès des élections locales de septembre dernier quand, à contrario, les Sociaux Démocrates du PSD en chute libre paraissaient devoir subir l’une des pires catastrophes de leur histoire. Certes, un resserrement sensible en fin de campagne n’était pas sans donner quelques inquiétudes au Premier Ministre ainsi qu’à un Président de la République très impliqué mais ne paraissait guère de nature à inverser le résultat.

C’est donc avec un certain étonnement que les Roumains ont appris le verdict des urnes et le principal événement de cette élection : un PSD certes en baisse mais demeurant la première force politique du pays. Déconsidéré et même miné par des affaires gravissimes de corruption ayant conduit à l’emprisonnement de son ancien leader Liviu Dragnea, le parti paraissait pourtant promis à une descente aux enfers. Certes, après leur nette défaite lors de la précédente présidentielle, les Sociaux Démocrates s’étaient enfin décidés à rompre avec l’ère Dragnea dont l’emprise sur le parti tuait dans l’œuf toute velléité de rénovation. Pour ce faire, le PSD avait élu à sa tête un nouveau leader, Marcel Ciolacu, dont il est de notoriété publique qu’il était devenu l’une des bêtes noires  de Dragnea depuis qu’il avait pris fait et cause pour l’ancien Premier Ministre Mihai Tudose lors de la crise qui avait opposé ce dernier à Dragnea, quand celui-ci l’avait obligé à démissionner en poussant le groupe parlementaire du PSD à voter une motion de censure contre son propre gouvernement. On peut supposer que ce changement de leader et la personnalité de Ciolacu ont contribué à amortir la chute du PSD qui, de surcroit, conserve une base solide dans les zones rurales et périphériques avec un électorat très opposé aux réformes de nature néo libérales menées par le gouvernement Orban.  Reste à voir si la nouvelle direction du PSD saura enfin mettre fin au fléau de la corruption.

De leur coté, les libéraux conservateurs du PNL ont de quoi être déçus. Il faut croire qu’ils avaient sous estimé le mécontentement envers leur politique économique, mécontentement exacerbé par la crise entrainée par la pandémie du Covid19 qui met à mal ce pays, le deuxième plus pauvre de l’Union Européenne derrière la Bulgarie. Le Premier Ministre sortant a d’ailleurs immédiatement présenté sa démission au Président Iohannis, prenant ainsi acte de son échec personnel. Néanmoins, il est très probable que le PNL formera le prochain gouvernement car sa capacité à bâtir une coalition est nettement supérieure à celle du PSD. En revanche, sa contre performance le rend plus fragile dans les négociations qui vont débuter avec son probable partenaire de l’USR-Plus. Ce parti (ou plus exactement cette coalition), souvent comparé à LREM avec laquelle il siège d’ailleurs à Strasbourg au sein du groupe Renew Europe, se situe au centre droit sur le plan économique tout en défendant un positionnement pro européen et anti corruption. Déjà allié au PNL sur le plan local – à Bucarest notamment –, une entente est donc tout à fait envisageable sur le fond mais l’USR-Plus a subitement augmenté ses exigences en réclamant le poste de Premier Ministre pour Dacian Ciolos, ce que le PNL aura du mal à accepter. En cas d’accord, la coalition pourrait sans doute compter sur le renfort du petit parti représentant la minorité hongroise, l’UDMR, qui sert fréquemment de force d’appoint à des gouvernements de gauche comme de droite.

La très mauvaise nouvelle de ce scrutin, c’est le retour de l’extrême droite au Parlement. Celle-ci était traditionnellement forte en Roumanie au début des années 2000 mais elle avait quasiment disparu du paysage politique depuis la disparition de son charismatique mais très radical leader d’alors, Corneliu Vadim Tudor. En obtenant près de 9% des voix – avec une percée à plus de 20% au sein de la disapora – elle doit sans doute une partie de son succès à son discours populiste et complotiste contre les mesures anti Covid19 tout en déclinant les thématiques habituelles de l’extrême droite roumaine avec un discours hostile aux minorités – notamment hongroises – et la nostalgie de la « grande Roumanie ». A noter également l’échec de deux figures de la vie politique roumaine, l’ancien Président Basescu et l’ancien Premier Ministre Victor Ponta, dont les partis ne sont pas parvenus à franchir le seuil d’éligibilité.

Enfin, comment ne pas également évoquer le très faible taux de participation se situant aux alentours de 30 %. Il a été à juste titre expliqué par la pandémie de Coronavirus mais il traduit également une certaine désillusion de l’électorat roumain dont une partie ne se sent plus représentée par l’offre politique actuelle.

Rappel : le 15 décembre à 18h30, conférence en ligne avec Sébastien Poupon sur l’année politique européenne à l’adresse suivante :  https://youtu.be/aAgL9LBIm4E

Sébastien Poupon

Sébastien est membre du conseil d'administration de Sauvons l'Europe où il est chargé de l'analyse politique.

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2 Commentaires

  1. Cher Sébastien Poupon
    Je partage presque toujours vos analyses et leur pertinence, mais suis très interrogatif sur le titre de votre analyse des législatives en Roumanie (« la gauche limite la casse »).
    Que veut dire être de « gauche » ? Le proclamer suffit-il ? Quand on a été au coeur des pratiques de corruption, de tentative de viol de l’Etat de droit ? Cela mériterait bien des débats et clarifications !
    Bon courage !!!

    1. Bonjour Bauby,

      Merci pour vos remarques. Sur un certain nombre de critères, notamment économique et sociaux, le PSD se situe bien à gauche. D’autre part et concernant le positionnement européen – auquel nous sommes très sensibles à Sauvons l’Europe -, il siège au sein du groupe S&D et est membre du PSE. Mais derrière votre question, j’en devine une autre: suffit il d’être de gauche pour être respectable en quelque sorte? La réponse est évidemment non. Et de ce point de vue, l’attitude du PSD durant l’ère Dragnea aura été lamentable. Elle restera comme une page sombre quoiqu’il arrive. Mais comme je l’indique, les choses pourraient être en train de changer. D’où également le résultat moins mauvais qu’annoncé. Il sera donc intéressant de suivre l’évolution du PSD sous ce nouveau leadership, tout en restant très prudent.

      Bonne journée à vous!

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