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Réfugiés et Union européenne : le « modèle » ukrainien

En 2015, la crise migratoire provoquée par la guerre en Syrie avait divisé les gouvernements européens. Au moment où plus de 7 millions d’Ukrainiens ont fui le pays depuis le 24 février, équivalent à 15% de la population, et 4 millions de réfugiés venant d’Ukraine ont été enregistrés à travers l’Europe, la réponse à cette crise migratoire correspondant au double des arrivées en 2015 a été plus rapide et organisée. En effet, la directive relative à la protection temporaire a été activée par le Conseil de l’Union européenne dès le 4 mars, quelques jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ce dispositif d’urgence, déclenché pour la première fois depuis son adoption en 2001, permet de fournir une protection immédiate et collective aux personnes déplacées, et de réduire la pression pesant sur les régimes nationaux des pays membres de l’Union européenne (UE), en les soustrayant aux règles migratoires du règlement de Dublin. Ce mécanisme peut durer entre un et trois ans, en fonction de l’évolution de la situation en Ukraine, et représente un socle commun minimum au niveau européen, chaque Etat pouvant ensuite assouplir encore les règles d’accueil. Les personnes ont alors un statut temporaire, distinct de celui de « réfugié ».

La protection fournie, et harmonisée dans toute l’UE, comprend notamment : le séjour, l’accès au marché du travail, au logement, l’assistance médicale et sociale, l’accès des enfants à l’éducation.

Une aide pour les personnes restées en Ukraine

En parallèle, l’UE a alloué 335 millions d’euros d’aide humanitaire, pour fournir les besoins de première nécessité (nourriture, eau, médicaments…) aux personnes restées en Ukraine ou ayant fui vers les pays voisins. Au total, 20 milliards d’euros ont été approuvés pour aider les réfugiés venant d’Ukraine, afin de garantir que les Etats membres accueillant des réfugiés disposent de ressources suffisantes pour répondre aux besoins croissants.

Ensuite, force est de constater que l’effort d’accueil des réfugiés ukrainiens a été inégalement réparti à la fois entre Etats membres – la Pologne accueillant 1,4 million de réfugiés, l’Allemagne 700.000 et la République Tchèque 440.000 contre 63.000 en France – et au sein même des Etats avec une forte concentration de l’accueil des réfugiés dans les métropoles.

A l’approche de l’hiver, l’enjeu est désormais de ne pas attendre un arrêt des hostilités pour entamer un processus de reconstruction décentralisé et durable qui donne à la population ukrainienne une perspective de rester dans leur pays et de limiter ainsi de nouveaux flux migratoires. Dans le même temps, il faut d’ores et déjà envisager une révision de la directive relative à la protection temporaire afin d’offrir aux réfugiés une garantie de séjour de plus de trois ans.

L’Union européenne est, sans nul doute, présente aux côtés des Ukrainien.n.es durant ce conflit, soutien que personne – en dehors des propos nauséabonds de l’extrême-droite – ne songerait à questionner. En France, la solidarité a été incontestable : en attestent tous les particuliers proposant d’héberger des réfugiés ukrainiens, la mise en place de la plateforme « Je m’engage pour l’Ukraine » par l’Etat français… un « parrainage » auquel d’autres réfugiés, fuyant eux aussi la guerre, sont loin de pouvoir prétendre.

Les réfugiés ukrainiens sont à 86% des réfugiées

C’est pourquoi certaines associations interpellent les autorités européennes, et françaises, pour questionner l’ampleur – justifiée – de la réponse européenne à une crise aussi grave que d’autres, mais plus distantes en termes géographiques et (par conséquent) émotionnels. Plusieurs ONG qualifient la politique d’accueil actuelle de « différentialiste », soulignant l’importance que l’accueil réservé aux réfugiés ukrainiens soit étendu à tous, quelle que soit leur nationalité. Les réfugiés ukrainiens sont blancs, chrétiens pour la plupart et résident à trois heures d’avion depuis Paris, ce qui n’est pas le cas des Afghans, Syriens, Soudanais… Il est vrai aussi que les réfugiés ukrainiens sont à 86% des réfugiées.

Le déplacement de population en Europe est sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, mais cela n’a pas engendré les innombrables commentaires sur l’incapacité à accueillir toute la misère du monde de 2015. Cette différence de comportement questionne notre regard porté sur l’« autre », sur celui « qui n’est pas nous » , sur l’impact des politiques publiques sur la construction et l’évolution de ce regard. Afin de rester unis dans la diversité, en aucun cas la qualité d’un accueil doit être corrélée au fait que l’étranger nous ressemble. Sinon, on ne peut plus s’étonner que l’extrême-droite ait un boulevard devant elle.

Solen et Matthieu

Solen et Matthieu sont membres du Bureau national du Sauvons l’Europe

Sauvons lEurope

Un engagement pro-européen et progressiste en faveur d'une Europe démocratique et écologique, espace commun de libertés et de protection sociale.

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5 Commentaires

  1. Merci pour cet article positif. Je pense que la proximité géographique de l’Ukraine, au portes de l’Union, sensibilise aussi plus à la situation de guerre. Et on sait bien que comme l’UE est une cible du pouvoir russe, soutenir ceux qui souffrent de sa politique est aussi nous soutenir nous-mêmes…Je vous conseille au passage une belle expo sur la guerre en Ukraine aux Beaux-Arts à Paris ces jours-ci, ce sont des projets de récents diplômés de l’école, cette partie se situe au premier étage, derrière les rideaux noirs…C’est à voir et à ressentir.

  2. Certes, un article positif qui ne doit pas nous faire oublier que certains pays de l’U.E. ont refoulé des Ukrainien.ne.s qui avaient la peau un peu trop foncée. Qu’en est-il aujourd’hui ?

    1. Vous avez tout à fait raison de rappeler ce point, malheureusement toujours d’actualité. Nous avons échangé avec France Terre d’Asile, et espérons vous proposer un prochain article à ce sujet.

  3. Un article qui nous rappelle opportunément et clairement qu’avant d’être des français(es) ou des européens(nes) nous sommes humains et devons nous attacher à le rester.

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