Recréons le débat démocratique !

La gauche vient de nous offrir un moment rafraîchissant : une primaire rassemblant cinq candidats, ouverte aux sympathisants, et qui a fait renaître le débat d’idées en lieu et place de l’insupportable litanie de la relation à LFI. Nous adressons nos félicitations chaleureuses à Raphaël Glucksmann, européen convaincu et de longue date.

A droite, la multiplication des candidatures nourrit en fait une primaire qui ne dit pas son nom. Certains appellent à la formaliser, nous souhaitons simplement que d’une manière ou d’une autre, la droite républicaine et européenne se structure après avoir confronté ses prétendants possibles.

Il restera bien entendu de chaque côté du spectre politique des candidatures portant un discours propre, ou de recours. Mais essentiellement les conditions d’un dialogue démocratique entre la droite et la gauche pro-européenne réapparaissent après une longue éclipse.

La projection des humeurs françaises nous promet actuellement un écrasement de la présidentielle par un choc entre le RN et LFI, puis l’élection de Marine Le Pen à la magistrature suprême. On connait l’opposition de Sauvons l’Europe à Jean-Luc Mélenchon et LFI. Elle est claire et notre position n’a jamais varié : tout sauf le RN. Nous ne traçons pas de signe égal entre les adversaires et les ennemis. Mais il est impossible de ne pas constater que cette position est de moins en moins partagée et que la présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour garantit sans recours le sacre de Marine Le Pen.

La résignation qui s’installe à cette victoire annoncée se fait doucereuse. On se cherche des raisons de s’en accommoder. Le RN aurait vieilli, se serait assagit. Marine Le Pen a des chats. Giorgia Meloni a finalement montré patte blanche. Les fonctionnaires géreront. C’est oublier que les proches de Marine Le Pen sont issus de la frange dure de l’extrême-droite, ce dont témoignent d’ailleurs les dernières révélations sur l’antisémitisme de son futur premier ministre. C’est oublier que Meloni n’a pas de majorité, et que le système politique italien n’est pas notre royauté sans entrave. C’est oublier que les fonctionnaires obéissent – voire devancent – ou sont remplacés en quelques années. Ce que nous risquons relève plus du Trump ou du Orban.

Au-delà de la France, souvenons-nous que nous sommes Européens. Notre continent, pris entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine, est en train de former une alliance internationale des puissances fréquentables. De par sa simple masse, elle en est le point de coalescence sous le leadership du Premier ministre canadien Mark Carney. Nous ne pouvons pas dans ce contexte laisser la France à une alliée de Trump et de Poutine. Ce serait une trahison de tous nos partenaires et de trois quarts de siècle de construction historique.

C’est donc un représentant de la droite ou de la gauche pro-européenne qui doit parvenir au second tour face à Marine Le Pen. Nous avons bien évidemment notre préférence, mais dès aujourd’hui nous appelons simplement à ce que chacun de ces deux espaces politiques fasse émerger les conditions d’une confrontation d’idée saine. Le RN et LFI n’occupent l’espace que parce qu’ils le saturent. Nous avons à nous parler. Et depuis 2012 nous n’en avons plus tant eu l’occasion.

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11 Commentaires

  1. Ha-ha !
    Glucksmann est un (néo) libéral (proche des macronistes) et un agent de la CIA.
    Le PS fini juste malheureusement (après son virage libéral des années 80) de se « bobo-iser »…

  2. Pour « recréer » le débat démocratique, encore faut-il qu’il y en ait eu un. Ce n’est pas la cas, car pour débattre, il faut savoir débattre. Or, si le propos de l’enseignement national est bien d’apprendre aux écoliers à « lire, écrire, compter », il n’est pas d’apprendre à parler, mais plutôt à se taire. C’est là une carence flagrante quand on sait que l’enseignement de l’antiquité était centré sur la rhétorique, art du discours persuasif, offensif ou défensif, sans lequel on se trouve démuni. C’est le cas de notre pays où, plutôt qu’au débat démocratique, on recourt plus volontiers à la jacquerie ( Bonnets rouges, Gilets jaunes, soulèvement écolier, etc…). Bref, on confond débat démocratique et pouvoir de nuisance. Autre ineptie: il est constant que quelques agités se proclament représentants du peuple souverain . Le peuple souverain existe et il clairement défini: ce sont les électeurs. Encore faut-il que ceux-ci élisent. Car le taux de présence aux urnes est généralement faible et va en décroissant. Et parallèlement, il est affligeant de voir des lois votées par un hémicycle presque vide. La démocratie au sens plein exige que 100% des électeurs participent au vote et que 100% de leurs représentants élus soient présent au Parlement. Ceci sous peine d’amendes dissuasives. A défaut, on ne parle pas de démocratie mais de caquetage de poulailler. Comment s’étonner alors que des bateleurs à grande gueule réussissent à en imposer. Quant à l’Europe, s’il s’agit de la sauver, il la faut unie et fédérale. Qui en fait la promotion? Strictement personne, d’autant que ce concept est majoritairement pris pour un gros mot. Bonne chance les amis pour la suite!

  3. Tout d’abord je regrette que R Glucksmann ait refusé la primaire ouverte qui aurait regroupé toutes les gauches hors LFI. Il a donc gagné dans le cadre d’une primaire rikiki. Mais en gagnant sans péril, on triomphe sans gloire dit le proverbe. Sa légitimé ne repose par conséquent que sur un petit bout de l’électorat de gauche. Dommage !
    Je constate ensuite que la majorité qui s’est dégagée (65 000 electeurs) repose uniquement sur le refus de faire alliance avec LFI dans le cadre des élections actuelles et futures. Outre que cela est faire injure à l’avenir, on est bien obliger de s’interroger sur la position que prendre le PS/PP en cas d’un duel entre un(e) LFI soutenu par les gauches et la droite type Retailleau ou autre ? Et dans le cas d’un soutien de ce dernier(e) il y aurait là un grand écart et donc un mensonge.

    En parallèle, s’il existe un programme au PS, reconnaissons que celui du candidat et de PP est au abonné absent. En dehors de grandes envolées lyriques il n’y a rien de concret en particulier sur la politique fiscale qui serait menée et le premières mesures proposée sur le pouvoir d’achat laisse songeur y compris au sein de la CFDT. Or, sans recettes il n’y a aucune politique de gauche possible fut-elle la plus timide qui soit. J’ai donc bien peur que comme en 2016 avec le soutien de certains médias et rédactions on nous propose un candidat qui en dehors de son européisme affiché et respectable nous ayons quelques désillusions. Mais peut-être qu’être social démocrate aujourd’hui n’a pour but que de gérer un système néo-libéral qui nous conduit dans le mur.

    Enfin, je suis surpris qu’en dehors de soutenir sans limite l’UE parce que c’est l’UE l’auteur de l’article refuse de voir la bascule qui s’est opérée. Les grandes heures d’une droite dure qui fait quelques concessions à une gauche gentillette dans le cadre d’une gouvernance néo-libérale bon chic bon genre est en effet bien finie. La gauche de gouvernement et responsable n’a plus le droit au chapitre. La droite européenne a fait son choix et ce sont les néo-fascistes qui tiennent la corde. C’est pourquoi soutenir l’UE parce que c’est l’UE ne fait qu’entretenir le flou aujourd’hui et produira le même effet que dans les pays où la peste brune est au porte du pouvoir.

  4. J’ai les pires craintes pour la gauche en France qui ouvre grand la porte à l’extrême droite par sa désunion. Les responsabilités sont multiples, y compris du côté de LFI. Il n’empêche, si l’on passe par-dessus la personnalité, contestée et contestable, de J-L. Mélenchon, il y a, dans le programme de LFI, de vrais éléments de rupture anti-capitaliste. C’est de cela dont la gauche a besoin. Après la victoire quasi inévitable de l’extrême droite, la gauche devra reconstruire à partir de ce projet, si elle veut se ménager un avenir.

  5. Imaginez un instant combien TOUT serait différent si l’on inversait présidentielle et législatives !!! Le NFP est la dernière chose qui a sauvé la Gauche à l’AN… il y a seulement deux ans ! Dans quel état celle-ci sera-t-elle au lendemain du second tour de la présidentielle ???

  6. Je partage les très grosses réserves de Sauvons l’Europe envers JL Mélenchon. Son côté Conducator et son ignorance de l’Union Européenne sont consternants.
    Entre les deux maux, Le Pen ou Mélenchon, mon choix est clairement et sans hésitation en faveur de Mélenchon. Contrairement à Le Pen, il a une perspective internationaliste cohérente – mal ciblée certes et fondée sur une nostalgie dépassée d’un empire colonial justement défunt et de l’Union Latine remontant à 150 ans, mais réelle. Tout le contraire d’une Le Pen dont le nationalisme est la marque de fabrique principale.
    Si nous avions le courage de l’alliance avec Mélenchon – contre des concessions essentielles en matière européenne en particulier, nous pourrions, peut-être, faire gagner la gauche. Une gauche plus radicale qu’au goût de beaucoup, mais qui reste raisonnablement cohérente sur ses valeurs.
    Sur ce point: ne nous laissons pas entraîner par la propagande de Nétanyahou. Le régime israélien actuel est un régime d’apartheid d’extrême-droite. Il n’y a rien d’antisémite dans ce que j’écris là et que proclame JL Mélenchon. Je précise que la famille de mon père était d’origine juive.

  7. Glucksmann Jupiter du PS, à la fois des sentiments mêlés, la tristesse, l’incrédulité face à ce résultat qui a surpris tout le monde (curieux qu’avant ce blocage du site de vote, Place publique talonnait le PS et qu’après il le devance si largement. N’importe quel pays ferait recommencer cette élection avec des observateurs impartiaux, sans compter que cette élection était réservée à ceux qui savaient manier un ordinateur et était payante, éloignant les plus pauvres et les plus démunis, une élection de petits bourgeois !

    Triste, le PS pour moi était un parti populaire, celui de Jaurès, celui de 36, celui de Mitterrand. Triste qu’il se soit vendu à un petit bobeauf, un fils à papa, un arriviste, un intrigant, un opportuniste qui avait « envie » de s’offrir un avenir politique se moquant complètement des attentes du peuple et nous la jouant Macron bis, à gauche face au PS et à droite face au MEDEF. Triste que vous vous fassiez complices cette imposture. Révolté de la façon dont ce gamin qui a encore la tétine à la bouche a humilié Royal et Faure qui ont toute leur vie lutté pour sauver l’honneur de ce parti.

    Incompréhensible, que le PS ait laissé entrer ce jeune loup dans la bergerie pour en piller le fric pour sa campagne et comme Macron le dépouiller de tous ses hollandistes macronistes. Espérons que le PS retrouvera la raison, le chemin du peuple, son indépendance face à cette verrue libérale aveuglée par son narcissisme mégalo et son ego boursoufflé, et que le PS renouera avec ses convictions anti-libérales qui ont fait sa grandeur ! Vive l’union fait la force, de LFI à Poutou en passant par les verts, le PC , le PS toutes les forces de gauche contre le RN-FN. ce n’est pas pour autant s’y soumettre, abandonner son esprit critique !

    • Je vous rejoins sur la place qu’il convient d’accorder à Jaurès, 36 et Mitterrand dans l’ « hagiographie » ayant permis de mettre à l’honneur le Parti socialiste. Personnellement, j’y ajouterai les figures de Mendès-France, Rocard et Delors. Je suis en revanche plus réservé sur la mention de Royal qui – l’actualité de ces dernières semaines l’a montré – excelle surtout dans la posture de mouche du coche.

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