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Realpolitik en Pologne

Embrassons-nous Folleville, tout est pardonné ! La Commission européenne a indiqué que les fonds européens à la Pologne, bloqués dans le cadre de la procédure de sauvegarde des libertés publiques, allaient finalement être versés. La Pologne a fait un geste de bonne volonté en reconsidérant l’existence d’une chambre non indépendante dédiée à la sanction des juges.

Soyons clairs, le problème d’Etat de droit de la Pologne n’apparaît pas en voie de résorption, et on peinerait à qualifier d’encourageante la perspective donnée. Mais enfin voila.

On sait la réticence de la Commission à s’engager sur ce chemin, qui a du être houspillée par le Parlement pour avancer. On sait que cette capacité à ne pas verser des fonds constitue une innovation de rupture, fragile bien que validée par la Cour de justice. On sait que les fonds structurels n’y sont pas encore soumis, ce qui fait qu’il sera difficile après avoir verser le plan de relance de remettre la pression. Pourtant on débranche le dispositif.

S’agissant d’une interprétation de « police » de la loi, le Parlement européen n’est pas co-décisionnaire. Trois députés libéraux fameux, Guy Verhofstadt, Sophie Int-Veld et Luis Garicano ont néanmoins tenté de forcer la question à l’ordre du jour en déposant une motion de censure contre la Commission. Mais ils ne semblent pas suivis par le groupe Renew et les autres groupes du Parlement font preuve d’une grande discussion.

D’où vient ce consentement général sous quelques protestations de façade ? C’est que nous avons une guerre à nos portes, dans laquelle nous sommes fort impliqués. Et que dans cette guerre, la Pologne est aux avant-postes tandis que la Hongrie représente manifestement les intérêts de la Russie au sein du bloc européen. La realpolitik impose donc d’isoler la Hongrie, politiquement et diplomatiquement, quitte à se montrer d’une indulgence coupable avec la Pologne.

Rappelons simplement ici que ce sont les Polonais, nos concitoyens européens, qui payent de leurs libertés le prix de cet équilibre de puissances. On comprend que la guerre impose des sacrifices, il faudra y revenir dans quelques temps.

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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9 Commentaires

  1. Je vous trouve bien indulgent vis-à-vis de la commission européenne. Pour moi, en aucun cas, la fin ne justifie les moyens, principalement en matière de démocratie intereuropéenne. Même si c’est provisoire, ce qui reste à prouver. C’est pourtant la position d’E. Macron (et probablement de certains sociaux-démocrates, prétendus tels) que vous n’hésitez pas à soutenir vis-à-vis de son opposition de gauche. Vous adoptez, toujours de mon point de vue et une fois de plus, une posture en contradiction avec les fondamentaux de SLE. Au moins, Guy Verhofstadt est cohérent avec le libéralisme politique. Capitalisme et Etat autoritaire font décidément bon ménage…

    1. Très juste. Pour qu’une Europe progresse, et si l’on veut qu’elle s’élargisse, il est indispensable que tous, nous soyons intransigeants sur le respect des valeurs que nous prétendons représenter sur cette planète, et il me semble de plus en plus que, en élargissant l’UE peu après la chute du mur de Berlin, nous avons été trop pressés et peu soucieux de montrer ces exigences.
      Pour moi, la Hongrie devrait être expulsée sans plus de formalités, mais qui suis-je pour prétendre à une telle volonté ?

  2. Il eût été bien difficile pour la Commission de maintenir une telle sanction vis-à-vis de la Pologne, qui prend de plein fouet les conséquences de la guerre en Ukraine et accueille sur son territoire près de 4 millions de réfugiés ukrainiens. Ce n’est pas de la realpolitik. C’est tout simplement de la justice. Et en outre, une habile façon de dissocier la Pologne de la Hongrie, qui, elle, reste le cheval de Troie de Poutine dans l’Union. La défense de l’état de droit et du lobby LGBT attendra…

  3. Si les Polonais souffrent sous leur gouvernement, je leur propose d’en élire un autre aux prochaines elections. C’est leur choix. Je n’aime pas le PIS, qui a gagné avec une très courte majorité mais je pense que l’on doit respecter le résultat des élections même quand il ne nous convient pas. C’est clair que tout n’est pas parfait en Pologne, mais contrairement à la Hongrie ils ont quand même accès à une presse et des médias indépendants. Si l’interférence de l’état dans la justice est maintenant résolu, qu’est que l’on leur reproche? De ne pas être fédéralistes? En Hongrie il y a un controle quasi Poutinien des médias qui fausse les élections, et une corruption généralisée par les responsables au pouvoir. Il s’agit d’un tout autre problème. Et effectivement, la contribution de la Pologne contre la menace de la Russie de Poutine est loin d’être négligeable.

    1. Je suis d’accord avec cette analyse, bien que je ne sois pas certain que l’interférence de l’état dans la justice soit maintenant résolu. Les fonds européens à la Pologne étant je pense débloqués par tranches nous avons le temps de voir venir. Mais reste le fait que faire évoluer la règle de l’unanimité, prévue pour sauvegarder les intérêts vitaux des pays et maintenant de plus en plus utilisée comme moyen de pression pour des intérêts particuliers et égoïstes devrait être une priorité.

  4. Tout ce que je viens de lire dans l’article d’Arthur et de ses commentaires prouvent une chose: avant tout élargissement de l’UE, il conviendra d’être très vigilants et sévères sur l’état des institutions de chacun des pays candidats à cette admission. Si le Brexit est un quasi fiasco en Angleterre, on pourrait néanmoins imaginer pouvoir exclure un pays comme la Hongrie qui comme elle se comporte actuellement, n’a rien à faire avec nous. S’il faut consolider l’Europe et ses forces défensives propres (à part de lOtan) que ce soit avec des pays démocratiques défenseurs d’un certain nombre de valeurs qui devraient être conscrites dans une Charte.
    Je considère que l’élargissement qui a suivi la chute du mur de Berlin a été bien trop précipitée.
    Que tout cela serve de leçon aux gouvernements actuels.

  5. Bonjour.
    S’il faut aider la Pologne concernant les flux de réfugiés ukrainiens, on ne peut admettre de s’asseoir sur les principes et les valeurs de notre Union Européenne.
    Certains commentaires ci dessus sont d’une grande justesse, la gouvernance européenne est de plus en plus pitoyable, toujours des compromis ou des magouilles.
    L’émission Cash Investigation ce mardi sur l’agriculture et la PAC nous dévoile les multiples détournements de fonds en France, et ailleurs alors, je n’ose y penser ?
    A force de constater tous ces mensonges et toutes ces tromperies, lla France et ‘Europe risque de le payer très cher, nous allons bien voir ce qui va se passer pour ces élections législatives ?

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