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En Pologne, la droite nationaliste n’a plus jamais lâché le pouvoir

Le 24 avril 2022, les français vont avoir à choisir sur le destin de la France. Nombre de nos concitoyens évoquent souvent le fait que le FN/RN n’a jamais été une option « testée » par les français. Or, il s’avère que ce qui vient en France depuis 5 ans, une opposition entre un centre réformateur versus une (extrême droite) se revendiquant du Peuple, nombre d’autres pays européens l’ont déjà vécu et « testé ». Ils ont essayé et aujourd’hui, ils n’arrivent plus du tout à en sortir, voyant leur pays sombrer de jour en jour.

La Pologne, cas modèle où la droite nationaliste n’a plus jamais lâché le pouvoir

Il y a beaucoup de cas, je vais juste rendre compte d’un seul, plus personnel me concernant, celui de la Pologne. J’ai vécu 5 ans à Varsovie en expatriation. J’ai eu le temps de m’acculturer à l’histoire et la culture politique propre de ce pays. On dit souvent que l’Italie anticipe de 10 ans ce qui va se passer en France. Pour des raisons historiques et culturelles, il s’avère que le Mur de Berlin a accéléré beaucoup plus vite la recomposition politique dans les ex pays communistes de l’Europe de l’Est. De fait, ils ont anticipé de beaucoup le clivage politique que nous avons désormais en France. Nous pouvons apprendre beaucoup d’eux et surtout ce qu’il ne faut pas faire.

En effet, comme dans la plupart des pays à l’est de l’Europe, les anciens apparatchiks communistes se sont empressés de devenir, le plus souvent, des « sociaux-démocrates » (sic), en embrassant la logique du libéralisme pour se reconvertir. En Pologne comme d’autres pays, ils ont vite sombré dans le courant des années 2000, laissant un affrontement entre les libéraux du centre et des courants autoritaires plus nationaux. Nous connaissons tous Orban, Jarosław Kaczyński est moins connu, mais il est le réel leader de la Pologne depuis plus de 10 ans. Il a pris le pouvoir à la suite de la recomposition de son pays en deux nouveaux partis. L’un avec le libéral Donald Tusk, dont l’affairisme a fait sombrer le parti et l’a décrédibilisé pour un long moment. L’autre avec le PiS, le parti des frères jumeaux Kaczyński, deux des chevilles ouvrières du fameux syndicat Solidarność ; les deux ont bâti leur légende autour de l’interprétation des négociations dite de la « table ronde », à propos l’ouverture du pays au capitalisme.

Il s’agit donc d’une droite nationaliste et autoritaire, qui a un discours très fort sur le social et une critique très profonde du libéralisme. Il s’agissait donc d’un véritable choix de nouvelles trajectoires pour le pays. Une grande partie de la population a adhéré au programme très social et aux nouvelles formes du gouvernement. Mais aujourd’hui, à force de tout contrôler dans le pays : les médias, la justice, l’économie, l’Eglise ; les élections se succèdent, mais l’extrême droite gagne toujours autant. En réalité, le pays est totalement coupé en deux : entre les centres urbains le plus souvent à 60 ou 70% pour le changement et le reste de la population qui renforce toujours plus le parti de Jarosław Kaczyński. Les protestations n’y font rien, le monopole des moyens de l’Etat est trop fort quand il est à la main des populistes autoritaires.

Oui, il faut voter pour les adversaires de l’extrême droite

Voilà où j’en viens à mon histoire personnelle. Donc, j’étais en expatriation aux mêmes années de l’accession au pouvoir de l’extrême droite (PiS). J’ai voté, aux municipales (oui, les européens votent aux élections locales) de Varsovie, pour le candidat de la plate-forme Civique (PO, Rafał Trzaskowski), alors que je considère ce parti comme responsable de la montée et la prise du pouvoir de l’extrême droite dans ce pays européen (corruption, affairisme et politique d’extrême centre,…).

La plupart des polonais (non liés à la bulle sociale des expatriés et élites sociales de Varsovie) que j’ai rencontré, m’ont toujours dit que ce qu’avaient fait les gouvernements du PiS de Jarosław Kaczyński, était nécessaire d’un point de vue économique. La Pologne jusqu’aux années 2010 a connu une croissance fulgurante, mais très inégalitaire. Des droits basiques que nous avons en France : les allocations familiales, un SMIC et des contrats de travail décent, … ; ils n’étaient pas disponibles avant la droite nationaliste.

Mais le revers de la médaille, c’est un pays qui sombre dans l’autoritarisme et la population qui ne veut pas lâcher ses droits acquis, donc qui reste dans une relative apathie. C’est ce que j’ai vu durant ces 5 années ce qu’est l’extrême droite au pouvoir. Une fois qu’ils l’ont, ils ne le lâchent plus. Ils cassent l’école, l’ouverture de la société à l’autre, ils mentent, manipulent les médias, et rongent un pays de l’intérieur en faisant vivre les positions extrêmes, sans qu’un débat politique soit possible.

De retour en France, je suis abasourdi par la naïveté des français

Alors que nous sommes qu’à quelques jours d’un basculement qui ne sera pas simplement réversible, je vois la France de mes yeux et je suis un peu terrifié : l’abstention d’une partie de la gauche, le non engagement coupable de certains dirigeants et les conséquences que cela a sur les grandes masses. Je suis totalement heurté dans mes valeurs et dans mes engagements.

J’ai une partie de ma vie qui est lié au monde de l’Europe de l’Est/Centrale. Celle qui a connu le totalitarisme Communiste. J’hallucine toujours devant ce que les gens appellent « la gauche », en France. Pour moi, ce sont les valeurs de démocratie, de pluralisme et d’égalité. L’extrême droite au pouvoir ne respecte jamais les deux premières valeurs ; à long terme, pas non plus la troisième.

Le pire est que je crois que je pouvais être comme eux, avoir une telle légèreté dans mes jugements qu’aujourd’hui cela me fait très peur. Nous ne savons jamais à quel point sont décisifs certains points de bascule.

Pour moi, l’extrême droite, les gouvernements autoritaires, je n’espère pas du tout y goûter. Lorsque j’entends chez certains ‘abstention’, j’ai parfois l’impression d’enfants gâtés de la Démocratie. Ils me font de la peine. Ils n’ont pas lu, ni vécu grand-chose…

David Chopin

Chef d’entreprise, chargé d’enseignement au Conservatoire des arts et métiers avec un séminaire sur le travail et le numérique David est est coauteur d’ouvrage tel que « La Grande Transformation de l’Entreprise: travail, sens et compétitivité » (avec Roger Godino; Edition de l’Atelier, 2012); il a participé à l’ouvrage « Le service public et les idéologies politiques » (coord. Emmanuel Cherrier, Stéphane François; Presse Universitaire Septentrion, 2017)

 

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4 Commentaires

  1. « Oui, il faut voter pour les adversaires de l’extrême droite »

    Nous sommes d’accord sauf que… au premier tour, vous avez appelé à voter contre le seul Mélenchon, lui qui aurait pu empêcher M. Le Pen d’arriver au second tour !!! Comprenne qui pourra !

  2. Il n’y a aucune relecture, ne serait-ce que pour l’orthographe et la syntaxe, à Sauvons l’Europe?
     » l’affairisme a fait sombré son parti et fut décrédibilisé pour un long moment. »
    « ce qu’avait fait les gouvernement du PiS  »
    « la population qui ne veut de lâcher ses droits acquis »
    « Ils me font de la peine peine »
    Ca finit par rendre la lecture pénible.

    1. Sisi, mais tôt tôt parce qu’on est bénévoles. On en laisse passer, navrés. N’hésitez pas à nous signaler ce que vous repérez avec courtoisie, on ajuste

    2. Je suis d’accord avec Pierre, l’article est intéressant, mais mal écrit, mal construit, avec des fautes d’orthographe. Il faut que les modérateurs de ce site soient plus vigilants !

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