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Présidence allemande de l’UE : témoignage franco-allemand

Henning et Gaël, Gaël et Henning… nous sommes un couple tout ce qu’il y a de plus standard : Deux enfants, une voiture, un joli appartement. Une vie très classique à Bruxelles à ceci près que nous sommes un couple franco-allemand. Nous vivons l’idée européenne à la maison, navigant entre deux langues, deux cultures, deux histoires différentes. Henning vient d’Allemagne de l’Est, il a connu un autre monde que celui dans lequel nous vivons maintenant, Gaël est ch’ti, habituée depuis sa plus tendre enfance au transfrontalier (la Belgique n’est pas loin…). Et comme tous bons expatriés à Bruxelles, nous travaillons pour et autour des institutions européennes, Henning au Parlement européen depuis 13 ans et Gaël dans une association qui débat d’énergie et d’électricité avec les instances européennes.

Qu’attendez-vous de la Présidence allemande?

Que du bon !!! Blague à part : nous espérons une grande présidence, avec de l’élan. L’Allemagne est l’un des moteurs de l’Europe, la plus robuste des économies de l’Union, un pays peu affecté par la crise du COVID et elle est donc en bonne position pour faire des propositions fortes. Ou du moins nous l’espérons. Au cœur de l’agenda, il faut une relance solidaire de l’économie européenne et un engagement fort pour le climat. Tout le défi est de faire en sorte que les deux aillent de pair, que la crise économique n’efface pas les enjeux du climat. Et que les décisions climatiques ne pénalisent pas les bas revenus, engendrant ainsi de nouveaux « gilets jaunes ». Marier les enjeux économiques et climatiques, c’est ce que l’Union européenne – portée par la présidence allemande cet automne – doit réussir à faire.

La crise majeure que connait l’économie européenne nécessite un plan de relance fort et ambitieux. Et il doit passer par une nouvelle vision de l’économie. Ce sera un point absolution central de la présidence allemande.

Le grand projet porté par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, une allemande, a été quelque peu reporté du fait de la crise du COVID. Elle a défini une ambition de neutralité carbone pour 2050. Un projet à même de donner une perspective à la jeunesse, créer des emplois, assurer un air respirable et un réel leadership à l’Europe. Certains chantres du pessimisme nous disent que ceci n’est plus possible après la crise du COVID. Que l’idée de verdir notre économie pour la rendre plus robuste est illusoire. Il ne peut en être ainsi et ce sera donc tout l’enjeu de cette présidence allemande de faire avancer les textes législatifs qui ont pris du retard. Elle se retrouvera en première ligne pour discuter et négocier l’objectif de neutralité carbone pour 2050, définir les étapes cruciales de décarbonisation d’ici à 2030, mettre en place un projet massif de rénovation du bâtiment, accélérer l’économie circulaire…

Comment voyez-vous les populations impliquées lors de cette présidence?

De la part le Parlement européen; le lien direct avec les populations n’est pas le fort des institutions européennes. Elles apparaissent lointaines, désincarnées, technocratiques… la barrière de langue joue son rôle dans cette distance. Et pourtant. Ce sont bien ces institutions européennes qui portent ce projet de leadership et de vision qui puisse ré-enchanter la politique. Car la politique nationale se transforme trop souvent en politique politicienne, qui fait le lit des frustrations et parfois même des populismes. La politique européenne, qui s’attache à définir une vision du futur – couplée à la politique locale qui la met en œuvre au plus près des citoyens – sont autres.

Il est plus que temps que l’Europe embarque les citoyens dans son sillage et qu’elle les convainque du grand dessein qu’elle a. La présidence devra donc réussir à travailler avec la société civile pour que chacun comprenne les enjeux de la relance économique et de la crise climatique.

Quelle place pour la Société civile organisée?

Elle doit être forte pour accompagner le débat européen au plus près des citoyens. Mais sa place véritable est au niveau national et local. C’est là qu’elle peut au mieux affiner, ajuster le message aux réalités nationales et le rendre intelligible pour tous. Cette place est majeure : les acteurs sociaux, ONGs, associations professionnelles et caritatives sont un rempart de poids face aux populismes qui germent un peu partout.

Propos recueillis par Jean-Pierre Bobichon

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Jean-Pierre Bobichon

Jean-Pierre est membre fondateur de Sauvons l’Europe, et Conseiller auprès de l’Institut Jacques Delors

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Un Commentaire

  1. Quid de l’accord UE Mercosur que l’Allemagne soutiendra fortement et dont le moins qu’on puisse dire est qu’il sera très bon pour le chauffage du climat. et pour la perpétuation de l’élevage industriel et ses dérives sanitaires et humaines, très bon pour chauffer l’Amazonie, très bon pour génocider les populations indiennes.
    Ce couple est sympa mais leur discours relève de l’incantation. Oui à l’UE mais pas celle là qui s’apprête de plus à envoyer en Afrique ses « restes » de lait en poudre et à déstabiliser tout un marché de producteurs locaux. Lesquels sans moyen de survivre émigrent en UE qui n’en veut pas! Il est temps que la commission devienne cohérente.

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