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Mômeries

Le Brexit sera sans doute un jour un sujet d’études de sciences politiques, où les historiens se demanderont comment des adultes ont pu en arriver là. D’un point de vue stratégique, la folie collective semble rappeler celle des démocraties d’entre-deux guerres face à Hitler, mais traitée par l’absurde et le clownesque.

Boris Johnson est un premier Ministre non issu d’une élection, ne disposant pas d’une majorité parlementaire ce qui l’a conduit à tenter de fermer illégalement le Parlement, et veut imposer à toutes forces un Brexit désormais solidement minoritaire dans l’opinion, à la suite d’un référendum où son camp a violé la loi électorale et auquel les millions de britanniques vivant en Europe n’ont pas pu voter. Il est donc pour les anti-européens le parangon moderne de la démocratie, et le porte parole de la volonté du Peuple.

Admettons. Il renégocie un accord avec l’UE, annoncé de manière triomphante en fin de semaine dernière. Celui-ci concerne essentiellement la question du backstop Irlandais, Boris Johnson ayant désormais accepté que les contrôles douaniers passent de fait en mer d’Irlande pour sortir la grande ile de l’Union douanière. La prolongation de cette situation intérimaire est renvoyée aux institutions Irlandaises du Nord qui, gag, ne parviennent plus à fonctionner et à se réunir depuis plus de deux ans. Le moins qu’on puisse dire est que les unionistes l’ont mauvaise.

Cet accord conclu, son fétiche est désormais de pouvoir officiellement sortir au 31 octobre, ce qui est objectivement un peu rapide. Samedi, le Parlement le force à solliciter une extension au-delà de la date du 31 pour pouvoir traiter sereinement le processus de ratification. Dans un incroyable geste de mauvais humeur, Boris Johnson envoie deux lettres à Donald Tusk. La première est une photocopie du modèle fourni par le Parlement, non signée, et qui demande l’extension. La seconde, signée, indique qu’il ne veut pas d’extension. Une troisième dans le même style est adressée par le représentant britannique à l’Union.

C’est une innovation diplomatique intéressante ! Le Premier ministre britannique a-t’il ou non demandé une extension ? Dans la mesure où il assure se conformer aux obligations de la loi Benn, et que cette dernière ne lui enjoint pas d’envoyer une lettre mais bien de demander une extension, les autorités européennes ont choisi de traiter ceci comme une demande d’extension. C’est d’ailleurs le souhait de Johnson, qui veut évidemment avoir une extension pour ratifier son deal, mais ne pas l’avoir demandée et même à titre personnel s’y être opposé. On peine à croire que les canaux diplomatiques puissent ainsi être mobilisés pour de l’agit-prop nationale, sur un sujet qui n’est tout de même pas mineur. Notons qu’au vu du danger, les premiers ministres écossais et gallois ont adressé une lettre cosignée demandant l’extension !!

Ce problème réglé, on peut donc passer au vote du deal par le Parlement britannique ? Mardi, le Parlement a voté pour la première fois le principe de l’accord, ce que Theresa May n’était jamais parvenue à faire ! Il y’a donc un deal. Ceci à une confortable majorité de 329 voix contre 299. Fin de l’histoire ?

Mais non ! Il faut encore examiner le texte article par article. Le Parlement ayant refusé une procédure d’urgence pour un vote final jeudi sur ce texte historique, le délai du 31 octobre ne semble plus tenable. Boris Johnson prend alors la décision de… suspendre l’examen du texte.

Officiellement, il s’agit d’attendre la réponse de l’UE à la demande de report. Dans le même temps, Boris Johnson continue à dire qu’il ne veut pas de report et veut sortir le 31. C’est à dire que par la logique des choses, il prétend désormais demander que son deal soit enterré !

Avec un certain flegme las, les européens se préparent à une décision de report de moins de trois mois par échange d’emails, sans s’embêter à se réunir pour une farce pareille.

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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17 Commentaires

  1. l’Europe pourrait jouer un peu les prolongation afin de laisser du temps pour un référendum « rectificatif » au lieu de favoriser un accord

  2. Et hop ! En route pour une TROISIÈME prolongation — probablement jusqu’au 31 janvier 2020… Comme il y a fort à parier que  »l’examen » des 110 pages du texte va être l’occasion pour toutes les factions et sub-factions du parlement britannique de se déchainer en démolitions et autres amendements en rafales, je fiche mon ticket qu’ils vont encore re-re-re-re-demander une  »extension » jusqu’en juillet 2020, puis une autre encore jusqu’en janvier 2021, etc, etc…

    Ou :  »Comment-énerver-la-Communauté/Union-européenne-pendant-43-ans….. puis-la-faire-carrément-tourner-en-bourrique-pendant-encore-un-temps-indéfini-APRÈS-avoir-fait savoir-qu’elle-ne-voulait-plus-en-faire-partie ».

    Bravo.

  3. Présenté comme ça, on peut en effet conclure que c’est du grand n’importe quoi et que ces péripéties sont incompréhensibles.

    Mais si l’on se souvient de quelles façons les quelques référendums (les derniers – depuis il a été décidé de ne plus en faire) organisés pour l’adoption du « traité de constitution européenne » (ça, une constitution ?…) ont été traités (applaudis lorsqu’ils étaient favorables, ignorés, bafoués, recommencés ou annulés lorsqu’ils ne l’étaient pas), tout devient plus clair.

    On n’en serait assurément pas là si « l’union » était ce qu’elle prétend être : une chance, une aubaine pour les peuples.

    Dans ce cas, les pays se presseraient pour adhérer et les responsables européens n’auraient aucune raison de s’opposer à ceux qui voudraient en sortir.

    Or, les faits nous montrent très exactement le contraire, (c’est courant dans l’UE, les résultats sont toujours à l’opposé des discours des responsables et des « informations » distillées par les « grands » médias) :
    – les nouveaux candidats à l’entrée rechignent à adhérer, malgré les sollicitations insistantes et répétés adressées à leurs dirigeants et la propagande des médias en direction des populations,
    – et tout est fait pour les dissuader ou les empêcher de sortir lorsqu’ils le demandent : Brexit actuellement ou renversement de Ianoukovytch, le coup précédent.

    Comme l’opinion des populations est désormais tenue pour quantité négligeable par nos « élites », comme on le voit aujourd’hui en France avec la mobilisation des Gilets Jaunes, le feuilleton de la privatisation d’ADP ou la « réforme » des retraites, il y a tout lieu de penser que ce Brexit est destiné à être « oublié » par les « dirigeants » européens, mais aussi par les « élus » britanniques, qui ont décidé qu’il n’en était définitivement pas question, et par les populations des deux côtés de la Manche, par lassitude, résignation et envie de passer à autre chose.

    Comme on nous le dit et nous le répète : « l’union », c’est plus de démocratie !

  4. En termes psychanalytiques, on pourrait penser que l’UE est un peu comme le psy du Royaume-Uni, qui réalise sur la figure paternelle de l’UE un genre de transfert…C’est d’ailleurs une piste intéressante quand on voit à quelques points les politiques immatures partout en Europe reportent sur l’UE les problèmes qu’ils se trouvent…

  5. NON CE NE SONT PAS DES MOMERIES !!!….mais un vrai drame politique OPPOSANT les pro-brexit AUX FASCISTES ANTI-BREXIT prets a tout y compris au pietinement de la démocratie en CHERCHANT PAR TOUS LES MOYENS JE DI BIEN TOUS POUR REFUSER LA SIMPLE APPLICATION DU REFERENDUM AYANT ACTE LA SORTIE ….CE QUE LE PEUPLE A MAJORITAIREMENT DECIDE UNE PARTIE DES ELITES POLITIQUES ET FINANCIERES N EN ONT QUE FAIRE ….LAMENTABLE DE CHEZ LAMENTABLE DE LA PART DES ANTI-BREXIT !!!!!!!!!!….DE VRAIS NEO-FASCITES !!!!!

    1. Encore du grand n’importe quoi : essayez (encore) de relire ce que les Farage, Johnson et autres europhobes ont balancé comme mensonges populistes pour convaincre les électeurs que l’Europe leur pompait le £-sang. Résultat le bordel intégral pendant 3 ans, sans compter les dizaines d’années de négociation qui vont suivre pour revenir au même point. Car qu’on le veuille ou non, le Royaume-Uni est lié géographiquement, politiquement, culturellement, « maritimement » à l’Europe et y a son avenir. Toutes nos nations européennes sont en déclin, et ce n’est pas en prenant le large qu’on résoudra les problèmes structurels internes.
      Quant à ceux qui disent que « les nouveaux candidats rechignent à y entrer », bien évidemment, le pot de miel est tari, et il faut se retrousser les manches, donc bien sur on hésite.

      1. Le pauvre Claude Gazengel, dont l’intelligence politique est sujette à caution – comme il vient de le prouver une fois de plus – s’affiche comme un remarquable accélérateur des particules du fameux « point Godwin », théorie selon laquelle pour couper court à un dialogue on traite son contradicteur de nazi … ce qui englobe sans doute aussi la connotation de « fasciste » ou de « néo-fasciste ».

        Quant au fond, je partage assez largement votre commentaire, cher « Gojipi1″… bien que, « suiveur » – et parfois « acteur » – de l’actualité européenne depuis plusieurs décennies, je sois moins convaincu que vous de la profondeur des liens du Royaume-Uni avec l’UE.

  6. Poutine sourit de voir l’Union Européenne faire des gesticulations idiotiques pour sortir ou rester dans l’UE. Souvenez-vous que le résultat de ce vote pour sortir de l’UE était fortement ENCOURAGÉ par Trump et par Poutine. Si vous vous demandez encore pourquoi, regardez la carte qui suit: Seule l’Angleterre voulait sortir. L’Écosse unie voulait rester, ainsi que l’Irlande du Nord. Le Pays de Galles sortait, mais sans enthousiame: La majorité était bien mince.
    Ce vote pour sortir, fortement encouragé par des forces extérieures aidait bien Poutine et Trump qui veulent mettre fin à cette Europe qui menace d’etre une énorme puissance économique entre les deux pouvoirs.
    Alors? quoi faire? Forcer la volonté des Écossais et des Irlandais du Nord à sortir? ou écarteler le Royaume Uni et laisser chaque région faire ce que leurs citoyens semblent avoir demandé? Ce sont là les deux seules possibilités qui ‘respecteraient’ la volonté des peuples. D’une façon ou d’une autre, les Poutinistes et les Trumpistes en sont venus à leur but: Affaiblir l’Europe et le Royaume Uni [qui ne le serait plus].
    Pourquoi est-ce que Mr. Johnson se refuse à essayer d’unir le Royaume Uni avec un deuxième Reférendum? Est-ce qu’il s’estime bien heureux d’avoir obtenu ce vote qui écartelle son pays et il ne veut pas risquer de se faire battre à platte couture maintenant que les citoyens du Royaume Uni comprend un peu mieux les enjeux?
    Il me semble que oui. Demandez un autre vote: D’abord, beaucoup de temps a passé et riches des nouveaux faits, les citoyens on eu le temps d’y repenser. Quand on voit les agissements de Boris, on se demande: « Est- il pour SON PROPRE pays? ou pour POUTINE et TRUMP? ».

  7. oyez oyez bonnes gens le grand oracle VERNIER a rendu sa sentence de seide , d’euro-fanatique indécrottable !…si je ne suis pas pauvre je ne suis pas du tout riche non plus ,faisant pleinement partie de cette moitié de France qui trime pendant que l’autre ,dont fait probablement partie le sieur Vernier , fait sauter tous les jours les bouchons de champagne ! …moi mr vernier je suis de cette moitié de France victime de cette europe des riches faite pour les riches qui appauvrit toujours plus son sud ouest et lui pique des usines et son agriculture …ainsi que des pans entiers de son indépendance et sa souveraineté nationale ! notre moitié nationale n’a donc aucun intérêt a rester dans cette prison a ciel ouvert …..quant a ceux qui pensent a proposer de supprimer l’expression démocratique au peuple quand il ne vote pas comme le souhaitent les elites politico-financieres , et ceux , souvent les memes , qui accordent démentiellement , un quelconque credit aux déclarations évidemment malvaillantes de nos adersaires américains , russes et autres ,pour tenter entre autre de resserrer les rangs euro-fanatiques , qu’ils s’interrogent sur leur degre de fanatisme pour en arriver a revendiquer des mesures aussi liberticides….LE FANATISME C EST TERRIBLE ,Y COMPRIS ET NOTAMMENT QUAND IL CONTAMINE LE DEBAT EUROPEEN !!!

    1. Permettez-moi de ne pas répondre à vos divagations qui dénotent de sérieux problèmes psychologiques.

      Un point important tout de même: je n’apprécie pas outre-mesure le champagne… donc, désolé de vous décevoir si je n’en fais pas sauter tous les jours les bouchons. Il est vrai, d’autre part, qu’en tant que fils d’immigrés qui ont fui les dictatures d’Europe centrale dans les années 30 je n’avais guère été habitué à ce breuvage. Et ce n’est pas un certain nombre d’années passées dans une cité HLM de la banlieue parisienne qui m’y auraient par ailleurs prédisposé. Mais je doute que vos préjugés sans aucun rapport avec la réalité puissent s’accommoder de tels aveux.

      Ceci dit, votre diarrhée verbale – paradoxalement combinée à une constipation intellectuelle navrante – présente au moins un mérite: les jeunes générations qui vous lisent sur le site de « Sauvons l’Europe » bénéficieront du privilège de mesurer, à travers vos propos, ce qu’était un tract stalinien des années 50.

    2. Des mots en majuscules, des invectives, des arguments aussi approximatifs que la ponctuation… Que le sujet du Brexit soulève des questions sensibles est une chose, en débattre intelligemment en est une autre (que vous n’avez visiblement pas comprise). Oui, la majorité des Britanniques qui sont allés voter il y a 3 ans l’ont fait en faveur du Brexit. Sur une campagne mensongère, pas ou mal expliquée quant aux conséquences, et gérée de façon absurde au premier sens du terme.
      On peut bien sûr en discuter, avec des arguments rationnels, et non pas en aberration historique comme insulter de « néo-fascisme » la gestion actuelle de la crise. Serait-ce l’exhumation actuelle de la dépouille de Franco qui vous inspire ? C’est non seulement témoigner d’un manque de respect honteux pour toutes les victimes de ce régime, mais aussi d’une pauvreté d’esprit malheureusement récurrente chez certains.

  8. Puisque la chronique du jour évoque Boris Johnson, un détail – peut-être anecdotique – ne manque pas de sel.

    Quel est en effet le point commun entre le Premier ministre du Royaume-Uni et la nouvelle présidente de la Commission européenne ? C’est que leurs pères respectifs ont chacun travaillé dans les services de la Commission européenne. Et cette filiation a permis aux deux jeunes gens d’accomplir au moins une partie de leur scolarité au sein de l’Ecole européenne de Bruxelles… certes pas en même temps, car Boris est un peu plus jeune qu’Ursula. Constatons simplement qu’a priori ils n’en ont pas tiré le même… enseignement.

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