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Les socialistes voient la vie en rose au Portugal

Depuis quelques années, il est devenu assez rare en Europe qu’un gouvernement de gauche soit reconduit. On pourrait certes évoquer Pedro Sanchez en Espagne ou Stefan Löfven en Suède mais le premier se trouve entraîné dans une nouvelle élection faute d’avoir pu bâtir une majorité parlementaire sur son investiture et le second n’a évité un sort semblable qu’en obtenant in extremis un accord avec une partie du centre droit. Antonio Costa est donc bel et bien une exception dans le contexte actuel puisqu’il n’aura aucune réelle difficulté à former un nouveau gouvernement. En effet, le Parti Socialiste portugais a obtenu son meilleur résultat depuis 2005 en progressant de plus de 4 points en termes de suffrages et en gagnant 22 sièges par rapport au scrutin précédent de 2015. Il remporte 15 districts sur 20, dont un certain nombre dans le Nord qui constitue pourtant le fief de son adversaire, le faussement nommé parti social démocrate qui se trouve être, par une bizarrerie sémantique, le nom de ce qui est en fait la principale force conservatrice du pays.

Le gouvernement Costa a évidemment bénéficié de son très bon bilan sur les 4 dernières années. En 2015, les Socialistes avaient pris les rênes d’un pays ravagé par une terrible austérité menée tambour battant par le gouvernement précédent avec le gel des salaires et des pensions ainsi que des coupes massives dans les budgets sociaux. Le gouvernement Costa aurait pu choisir, comme d’autres gouvernements de gauche l’ont fait par le passé, de se contenter de relâcher un peu les vannes sans fondamentalement remettre en cause la politique d’austérité. Ou il aurait pu au contraire opter, à l’instar du gouvernement Lega-M5S italien, pour un populisme irresponsable se moquant des déficits et n’assumant pas ses obligations vis-à-vis de ses partenaires européens ainsi qu’envers les générations futures en leur laissant le poids de la dette. Fort heureusement, il a rejeté les deux approches pour choisir celle qui est à la fois la plus juste et la plus efficace : une politique volontariste responsable, la marque de fabrique de la social démocratie. Augmentation du salaire minimal et des petites pensions, baisses des impôts pour les foyers les plus modestes, fin de la privatisation des services publics, le bilan social positif n’est plus à démontrer. Mais dans le même temps, le gouvernement a présenté un budget quasiment à l’équilibre, le taux de chômage est à la baisse et la croissance se situe à un niveau nettement supérieur à la moyenne de la zone euro. Certes, beaucoup reste à faire et les problèmes de précarité ainsi que de pauvreté restent importants tout comme les succès économiques ne doivent pas faire oublier le retard du pays en matière de niveau de vie – qui lui permet de booster sa croissance de par ses coûts salariaux relativement bas – mais il aurait été surprenant de ne pas donner une chance supplémentaire à un gouvernement qui a déjà tant œuvré dans la bonne direction.

De ce point de vue, on pourrait presque être déçu que le succès électoral n’ai pas été encore plus large car très peu de choses ont manqué pour transformer cette victoire en triomphe. Il y a quelques mois encore, les sondages prédisaient une majorité absolue au Parti Socialiste, performance qu’il n’a réalisé qu’une seule fois au cours de son histoire. La campagne à la tonalité finalement très centriste de Rui Rio, le nouveau leader de la droite, aura permis au PSD de limiter les dégâts, évitant ainsi le désastre qui lui était promis.  Par un effet de vase communicant, le recentrage de la droite aura malgré tout aidé l’extrême droite à faire son entrée au Parlement pour la première fois depuis le retour de la démocratie mais avec cependant un score – 1.3% – qui rendra jaloux n’importe quel démocrate issu d’un autre pays européen. Il reste néanmoins dommage que le Portugal ne soit pas resté une exception en la matière.

Comme lors de la législature précédente, les Socialistes devront donc s’appuyer sur les forces situées à leur gauche pour pouvoir gouverner. La situation est malgré tout nettement plus confortable puisqu’ils n’ont besoin que de 8 élus supplémentaires pour s’assurer d’une majorité. Il ne sera donc pas forcément nécessaire de passer un pacte formel de législature, le gouvernement pouvant alors se contenter de rechercher des appuis au cas par cas sur ses textes de lois. Parmi les partis issus de la gauche radicale, le Bloc a annoncé être tout à fait disposé à soutenir de l’extérieur le gouvernement, peu importe la formule. Il est vrai qu’ils ont tout à gagner dans ce positionnement qui leur permet d’avoir une influence sur l’agenda gouvernemental sans pour autant trop risquer de se compromettre aux yeux de leur électorat. Leurs cousins espagnols de Podemos seraient bien inspirés d’en prendre note….

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10 Commentaires

  1. Je dois sougliner que l’article manque une très important question: le programme du gouvernement du PS qui a terminé en Septembre , n’était le programme que le Parti Socialiste a presenté pour les elections de 2015 au peuple portugais, que a étáit consideré par tous les analystes comme un programme centriste, continuant beucoup du parcours inicié par le gouvernement de centre-doite, pendant le periode de la « troika » ; le programme de gouvernement qui a éte´developpé pendant les derniers 4 années, surtout en sa partie sociale, avait une trés forte contribuition des partis de gauche, le Bloc de Gauche et le Parti Communiste.

  2. Monsieur Sébastian Paupon, vous devriez visiter le Portugal et rester ici pendantes quelques mois pour vous rendre compte à quel point votre article est partial. Tout d’abord, permettez-moi de dire que je ne suis partisan de aucun parti politique. Ce que vous ne voyez pas en Europe, car la plupart des médias sont amoureux d’António Costa – et ça était l’un des principaux assistants pour le faire gagner les élections – c’est la misère qui sévit dans nos services de santé nationaux et dans nos écoles. Le pays n’a jamais été aussi mauvais dans ces deux secteurs. Même à l’époque de la troïka, le service de santé national n’avait pas rencontré autant de problèmes. Il y a des gens qui meurent à cause de la faute de soins médicaux. Il existe des médicaments essentiels pour les patients cancéreux qui sont refusé aux patients. Ça vous ne le savez pas. Il est en train de détruire le tissu industriel portugais avec des lois absurdes qui visaient uniquement à satisfaire le souhait de ses « partenaires gouvernementaux » d’extrême gauche pour le faire passer les budgets d’Etat.

    Le gouvernement d’António Costa a bougé où il devait bouger, qui sont les majorités, pour assurer sa réélection. Ce qui est dit en Europe sur le Portugal est un mensonge. Le pays est pire qu’en 2008, au début de la crise. Venez ici et demandez aux Portugais qui ne sont pas des fonctionnaires publiques, et écoutez ce qu’ils ont à dire. Tout cela pour que notre ministre des Finances, l’actuel président de l’Eurogroupe, soit un bon élève devant une Europe aveugle. Il y a des enfants avec du cancer qui sont traités dans des contenants. Vous, les journalistes -moi J’ai aussi un diplôme en journalisme et j’ai été journaliste-, doivent, d’abord, déterminer la vérité avant de lancer des campagnes de publicité sur quelqu’un qui est en train de détruire le Portugal.

    1. Merci pour votre témoignage !

      Voici ici démontré, en vraie grandeur, comment les européistes voient continuellement le verre à moitié plein, même si les principaux intéressés – le peuple – se lamentent qu’il est vide.

      Depuis 50 ans qu’existe cette « union », nous n’avons constaté en France qu’une lente et inexorable dégringolade : notre nation n’est plus que l’ombre du grand pays qu’elle était…

      Mais tous ceux qui s’expriment, dirigeants, « responsables politiques », journalistes, observateurs, « experts » nous tiennent un discours constant et unanime : soit on ne voit pas (ou même on ne veut pas voir) les « formidables » avancées de cette « union », soit elle n’est en responsable de l’évolution préoccupante de la situation du pays…

      Si elle était ce qu’elle prétend être, les débats ne seraient pas continuellement biaisés, les opposants auraient leur mot à dire, les référendums ne seraient pas bafoués, encore moins supprimés, on ne débarquerait pas un Ianoukovytch pour mettre à la place un pantin plus docile, et nos dirigeants ne feraient pas des pieds et des mains, comme c’est le cas actuellement depuis 3 ans avec le Brexit, pour freiner et entraver constamment le processus de sortie !

      On ne tire pas les passants dans un restaurant en prétendant qu’il est exceptionnel, pas plus qu’on retient les clients mécontents : s’il est exceptionnel, les gens se pressent pour entrer !

      Malheureusement, comme un mensonge répété mille fois devient une vérité, on a fini par imprimer dans la tête des gens qu’il n’y a pas de salut hors de l’UE, alors qu’avant, ça fonctionnait bien sans et que la grande majorité des pays de part le monde ne sont pas dans une « union ».

      Ce faisant, on bafoue allègrement, et même on finit même par oublier ce paragraphe majeur de la Déclaration des Droits de l’Homme : « le droit et la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes », autrement dit l’autodétermination : indépendance nationale et souveraineté, conditions essentielles et piliers inamovibles d’une véritable démocratie.

      1. (…)
        Au moins votre président a empêché la discussion sur l’entrée dans l’UE de pays comme l’Albanie, un nid de terrorisme et de mafia.

      2. Ah bon ? L’ « Union » existerait depuis 50 ans ? Outre que la technique du « doigt mouillé » – celui que l’on trempe dans un verre à moitié plein ? – ne représente sans doute pas l’instrument le plus crédible pour mesurer l’écoulement du temps, le souci de la précision historique invite à rappeler que le terme « Union » – et ce n’est pas politiquement accidentel, je tiens à le souligner à l’intention de la droite bien-pensante – a été introduit dans les traités européens à la faveur de celui de Maastricht, signé en 1992, soit il y a un peu moins de 30 ans.

        Pour le reste, c’est l’appellation « Communauté » qui, en recouvrant des approches spécifiques (Communauté européenne du charbon et de l’acier, Communauté économique européenne, Communauté européenne de l’énergie atomique) ou plus générales (Communauté européenne), a contribué à identifier et progressivement consolider le socle de la construction européenne.

        En fait, à l’image des régimes matrimoniaux, la « Communauté », plus ou moins réduite aux acquis, a cohabité avec l’ « Union » entre le traité de Maastricht (1992) et celui de Lisbonne (2007). C’est ce dernier qui a accordé l’exclusivité au terme « Union » – celle-ci bénéficiant, au surplus, selon la volonté des maîtres du jeu européen que sont Etats membres, de la personnalité juridique sur le plan international, ce qui n’est pas à négliger lorsqu’on veut en souligner la légitimité.

        Cette mise au point – un rappel à la réalité – étant faite, ne pinaillons pas: on aura compris le sens de vos préoccupations. Au demeurant, si, précisément, « préoccupation » il doit y avoir, c’est en regard de vos considérations finales, lorsque, sautant sur votre chaise comme un cabri, vous évoquez d’une manière très abstraite – mais vous nous avez longuement habitués à ce genre de discours hors sol – l’indépendance nationale et la souveraineté. Une réelle – et non superficielle – attention portée aux principes fondateurs et au fonctionnement pratique de l’UE permet de prendre la mesure de la prépondérance de la souveraineté nationale. C’est ce qu’incarne le principe dit d’ « attribution » en vertu duquel toute compétence non dévolue à l’Union dans les traités appartient aux Etats membres. En termes plus imagés, ce principe de délimitation des « propriétés » respectives met en évidence l’émergence d’un îlot « communautaire » dans un océan de prérogatives nationales. L’exercice de ces compétences est en outre régi par le principe bien connu de la « subsidiarité » conçu comme un garde-fou sauvegardant la prévalence des Etats membres de l’UE.

        A contrario, qu’en était-il de la souveraineté nationale lorsque, avant de s’abriter dans le refuge de l’euro, le franc français allait de dépréciations en dévaluations ?
        J’ai, hélas !, bien connu ces péripéties… y compris sous le mandat d’un grand général non dépourvu de panache et de visions « prophétiques », mais qui, par ailleurs si sourcilleux sur le terrain de la souveraineté nationale, n’a pas hésité à vanter les vertus d’un « Québec libre » alors qu’il se trouvait sur le territoire d’un Etat souverain dont dépendait la « Belle Province »…

        Quant aux referendums prétendument bafoués, il y aurait beaucoup à dire lorsqu’on analyse les résultats en profondeur, à commencer par les motivations des votants, souvent sans rapport avec la question posée et démagogiquement alimentées par des campagnes mensongères, comme en France en 2005 et au Royaume-Uni en 2016. Ne serait-ce que la menace du plombier polonais ou celle d’un déferlement de hordes de migrants, on mesure jusqu’à quelles inepties peut entraîner une démagogie qui n’a rien à voir avec la démocratie. « Demos » constitue une racine parfois ambivalente, que certains – et les europhobes ne s’en privent pas – pourraient confondre avec « démon ».

        Bref, si l’on en revient au verre à moitié plein,c’est en considérant une chope de bière que le raisonnement peut s’avérer le plus parlant: reste en effet le breuvage lorsque la mousse – en l’occurrence, là encore, celle de la démagogie – s’est dissipée ou a été absorbée.

        1. Sur la « communauté », vous aurez compris que la distinction n’est que de forme et voilà bien 50 ans qu’on nous enjoint de nous considérer européen avant que d’être Français et que nos pays sont priés de « s’unir » dans une association « de plus en plus étroite ».

          Concernant les bribes de souveraineté qui seraient « déléguées » à l’union, tandis que le consistant du pouvoir resterait à l’État, devrais-je rappeler ici que ledit État s’est dépossédé – grâce à la complaisance, la traîtrise et la lâcheté de nos parlementaires – de sa monnaie, de son privilège régalien d’emprunter à sa banque centrale, s’imposant de faire appel aux banques privées comme une vulgaire entreprise, qu’il n’a plus la main sur son budget, sur sa défense, sur le contrôle de l’immigration, ni sur celui du mouvement des capitaux, des services, des personnes et des marchandises, et donc de ses frontières, qu’il a l’obligation de privatiser ses services publics, de libéraliser le droit du travail, qu’il subit les effets des traités de libre-échanges conclus par l’UE, etc.

          Difficile, dans ces conditions, de prétendre que lui reste l’essentiel du pouvoir !

          Concernant votre inévitable argumentaire sur la pertinence des résultats des référendums, je pense qu’il ne faudrait pas vous pousser beaucoup pour que vous admettiez, à l’instar de nos « élites », que le peuple vote mal et que, par conséquent, il faut éviter de le consulter.

          Et c’est précisément le discours admis dans les aréopages européens d’une « union » qui revendique favoriser un surcroît de démocratie !

          Réjouissez-vous, nos « dirigeants » ont justement pris des dispositions pour rendre les référendums… facultatifs.

          1. J’ai l’intention de revenir plus longuement – au-delà d’un simple commentaire – sur la problématique de la souveraineté, qui appelle beaucoup plus de nuances que ce que votre approche superficielle tente d’accréditer.
            Et ce d’autant plus que vous semblez – ou feignez d’- ignorer qu’elle se manifeste par un autre biais, celui de la véritable « suzeraineté » que les Etats exercent sur le fonctionnement de l’UE. Un peu de patience: tout cela appelle une démonstration qui, encore une fois, ne peut se réduire à un commentaire de quelques lignes…

            … de même que le passage de la « Communauté » à l’ « Union » ne reflète pas seulement une distinction de forme. Cette mutation politique répond à une évolution beaucoup plus profonde qui ne saurait être balayée d’un revers de main. Là encore, on peut y revenir plus longuement, preuves à l’appui. Patience, patience…

            En outre, je ne comprends toujours pas pourquoi vous fixez arbitrairement à « 50 ans » (plus ou moins 1970 ? décès du général de Gaulle ?) le point de départ de certaines inflexions. On peut, là aussi, en discuter – de manière courtoise – mais efforcez-vous d’être déjà plus précis dans vos affirmations.

            De même, je n’ai jamais prétendu que le peuple votait mal à l’occasion des referendums. Mais je maintiens ce que j’ai souligné à plusieurs reprises dans nos échanges – à savoir que c’est un véritable « foutage de gueule » que de consulter un peuple sur un texte complexe qu’il n’a pas vraiment envie de lire. Je me souviens du haut le coeur que j’ai moi-même éprouvé en 2005 lorsque j’ai retiré de ma boîte à lettres le « pavé » contenant le projet de traité « constitutionnel » (terme malheureux, je le concède volontiers). Encore et toujours, je reste persuadé qu’un referendum vraiment démocratique ne peut porter que sur des questions simples – du genre, comme je l’ai souligné à plusieurs reprises sur le présent site: « approuvez-vous l’indépendance de l’Algérie ? » ou « êtes vous partisan de l’élection du Président de la République au suffrage universel ? » Tout le reste n’est que littérature… et merci à vous de ne pas tout mélanger.

            Quant à votre curieuse remarque sur le fait qu’on nous enjoindrait de nous considérer européens avant que d’être Français, elle se heurte à la conception de la citoyenneté (ce mot vous dit quelque chose ? il représentait un sacré progrès en 1789) expressément mise en évidence dans les traités européens. Des nombreuses références que lui consacre le traité de Lisbonne, je retiens cette double affirmation inscrite à l’article 9 du traité sur l’Union européenne: « Est citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un Etat membre. La citoyenneté de l’Union s’ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas »… une manière élégante de faire valoir que l’existence (nationale) précède l’essence (européenne)…

            Enfin, vous mettez en cause ce que vous considérez comme « la complaisance, la traîtrise et la lâcheté de nos parlementaires ». Outre le fait que j’ai la faiblesse de respecter les élus du peuple, je souhaiterais – à titre préventif – attirer l’attention sur une autre réalité, qui concerne non le pouvoir législatif, mais le pouvoir judiciaire: contrairement à ce que l’on serait tenté de croire, la « complicité » – sinon l’étroite imbrication aujourd’hui – du droit national et du droit européen fait que l’application de ce dernier est d’abord du ressort des magistrats nationaux, la Cour de justice de l’UE ne se prononçant que dans des affaires sensibles, notamment lorsque les juridictions nationales estiment nécessaire de solliciter son interprétation. Dans ce domaine également, il conviendrait d’éviter de renverser l’ordre des choses. Le principe de subsidiarité – envisagé largement – ne constitue pas un caprice de diva.

          2. (post-scriptum en réponse au message de notre ami Ruoma en date du 24 octobre 2019, 22 h 34):

            Remettons un peu d’ordre face à ce chatoyant tissu d’approximations (« tissu » quelque peu rongé par les « mythes »). Une fois de plus, en effet, vous vous exposez au reproche d’être « accusé de réception » en vous contentant de jouer les porte-voix de nombre d’idées reçues. Quittons donc la nébuleuse euro-fantasmée pour revenir au monde réel sur quelques points.

            1. Prétendre que l’Etat se serait « dépossédé de sa monnaie » sous la pression de l’UE, c’est méconnaître l’histoire économique. Comme souligné dans un précédent commentaire, le franc français, en butte à une intense spéculation alimentée par la faiblesse de son économie, s’est trouvé balloté durant de nombreuses années, allant de dépréciations en dévaluations. Ce n’était plus l’Etat qui « battait » monnaie, c’était la monnaie qui « flagellait » l’Etat. Il a donc fallu attendre la création de l’euro pour que la « sauvage dépréciation du franc » (SDF) échappeà cette sorte de malédiction et se réfugie dans un abri décent… une manière de paraphraser la célèbre formule de François Mitterrand (« la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir »): « le franc est dans le pétrin, l’euro est notre devenir ». Certes, le chantier n’est pas encore achevé: dans la tourmente des tempêtes venues de la mer Egée, Zorro-Draghi a contribué à éponger diverses infiltrations menaçant les fondations, quitte à bousculer quelques conservatismes. Même si la menace n’est pas totalement écartée encore aujourd’hui, il appartient désormais à Le Corbusier-Lagarde de veiller à la poursuite de cette patiente construction.

            2. Quant à l’ « obligation » qu’aurait l’Etat de privatiser ses services publics, quelle lecture superficielle des traités européens ! Avez-vous déjà lu le panneau avertissant qu’un train pouvait en cacher un autre ? Or, c’est bien ce qui se passe avec, par exemple, la poste: internet a assurément davantage contribué à son affaiblissement que la réglementation européenne.

            Plus largement, dans ce registre, l’UE n’a porté atteinte ni aux prérogatives régaliennes (défense, éducation…) des Etats membres ni même à la conception « française » du service public… et pour cause: le traité sur le fonctionnement de l’UE (article 14) opère une distinction fondamentale à cet égard:

            – d’une part, l’accent est mis sur les « services d’intérêt économique général », concept qui recouvre les seuls services à vocation industrielle ou commerciale. Or, même si cette connotation économique doit s’accommoder, dans une certaine mesure, des règles de concurrence, les pouvoirs en la matière procèdent du principe de subsidiarité: s’il appartient à l’Union de fixer des principes et des conditions générales, l’article 14 souligne expressément que cette compétence s’exerce « sans préjudice de la compétence qu’ont les Etats membres, dans le respect des traités, de fournir, de faire exécuter et de financer ces services »;

            – d’autre part, un protocole interprétatif adossé au traité à la demande des négociateurs des Etats membres enfonce le clou:  » les dispostions des traités ne portent en aucune manière atteinte à la compétence des Etats membres pour fournir, faire exécuter et organiser des services NON ECONOMIQUES d’intérêt général ».

            Dans le contexte récent du passage à l’heure d’été, un tel rappel aux « fondamentaux » constitue peut-être une utile remise à niveau des pendules.

            3. Pour ce qui est des frontières – notion dont l’une des caractéristiques est d’être « bornée » … dans tous les sens du terme – on peut craindre que le culte que lui vouent nombre d’europhobes relève du « complexe de Tchernobyl » vantant les mérites d’un dispositif aux fins d’arrêter miraculeusement le fameux nuage radioactif « pile » à la limite du tracé. En outre, il faut une grande méconnaissance du terrain pour faire abstraction du fait que, souvent, la « douane volante » se poste judicieusement à quelques kilomètres au-delà de la ligne pour opérer des contrôles inopinés. C’est un exercice dont je suis périodiquement le témoin en passant de Belgique en Hauts de France.

            4. Enfin, m’imputer ne serait-ce qu’un soupçon de méfiance – ou de défiance – à l’égard du vote populaire relèverait, à la limite, de la formule: « diffamez ! diffamez ! Il en restera toujours quelque chose ! » Comme pourront le constater les lecteurs qui suivent nos échanges, ma position est très nuancée: ce n’est pas le vote populaire que je stigmatise, mais la propension des élites à procéder parfois à des détournements de démocratie sous couvert de referendum.

            Et si, pour conclure, je puis me permettre une recommandation – vous savez, cet instrument qui, à la différence des actes législatifs, ne revêt pas de caractère obligatoire, comme l’illustrent les « Grandes Orientations de Politique Economique » émises par les institutions de l’Union et qui ne confisquent en rien l’autonomie budgétaire des Etats membres- ce serait de profiter du confort de votre salon pour lire les traités européens de manière plus approfondie, puis de sortir pour aller à la rencontre des « vrais gens », ces ouvriers et petits agriculteurs que je côtoie régulièrement – eussent-ils été cocufiés par la propagande « noniste » de 2005 – ce peuple dont vous cultivez quant à vous une connaissance pour le moins abstraite.

  3. Ne sais qui croire mais ce que je me demande c’est quand Olivier Faure et les résidus du PS français vont-ils sortir de leur coma profond, de leur Alzheimer et se souvenir que dans socialisme il y a social, ça urge avant les présidentielles, leur irresponsabilité est injustifiable!

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