Merci Donald !

Il faut vraiment remercier Donald Trump. Il a permis tout d’abord de renouveler le discours de celles et ceux qui luttent contre l’extrême-droite. Ils n’ont plus besoin désormais de faire référence à des événements datant d’un siècle, intervenus dans un contexte très différent d’aujourd’hui, pour illustrer les multiples dangers associés à l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir pour les droits et les libertés des citoyens, pour la concorde civile au sein de nos sociétés ou pour la paix dans le monde.

Se servir du désastre du trumpisme

Il leur suffit maintenant de se servir du désastre du trumpisme pour illustrer leur propos et combattre les illusions qu’avaient pu faire naître chez certains les efforts déployés par l’extrême-droite pour dissimuler ses projets et paraître respectable. Donald Trump pourrait ainsi nous aider à éviter finalement la victoire attendue de cette extrême-droite en France l’an prochain, comme il a déjà contribué significativement à son échec au cours des derniers mois aux Pays-Bas, en Slovénie et en Italie. Et prochainement, on l’espère, en Hongrie.

Grâce à lui, même les atlantistes les plus bornés, et Dieu sait s’ils l’étaient, ont – enfin – fini par comprendre également qu’on ne pouvait plus vraiment compter sur les États-Unis et qu’il faut que l’Europe devienne capable de défendre seule son modèle social, écologique et démocratique face aux régimes autoritaires qui veulent sa peau. Il y a certes encore loin de la coupe aux lèvres sur ce plan mais le mouvement est enfin lancé.

Le risque de la dépendance aux États-Unis

De même grâce à Trump, chacun a pu prendre désormais toute la mesure des énormes risques pour nos économies, pour nos finances publiques, pour nos libertés, pour nos démocraties, pour l’avenir de nos enfants… qui résultent de notre dépendance terriblement excessive à l’égard des géants américains des plateformes et des réseaux sociaux. Là aussi l’alternative reste encore entièrement à construire mais au moins la première étape indispensable, celle de la prise de conscience, a-t-elle été franchie désormais.

Grâce à lui également, les Européens ont fini par comprendre que le libre échange des biens et services et la libre circulation des capitaux n’étaient pas la panacée universelle et qu’il fallait protéger davantage les producteurs européens face au dumping social, environnemental et fiscal, ainsi que de nous doter nous aussi enfin d’une politique industrielle digne de ce nom. Une fois de plus, entre les intentions et les actions à l’échelle nécessaire, la distance reste encore très grande mais la chape de plomb est levée.

Trump va sauver le Green Deal européen

Malgré tous les morts et toutes les destructions qu’elle cause, la guerre que Donald Trump a déclenchée en toute illégalité contre l’Iran avec son complice d’extrême-droite Benyamin Netanyahu peut, peut-être, nous aider aussi à sauver le Green Deal que la droite et l’extrême-droite européennes entendaient pourtant démanteler de concert au cours des prochains mois.

Ce conflit montre en effet de manière éclatante à quel point il serait absurde et dangereux pour les Européens de retarder davantage encore leur sortie des énergies fossiles. Que ce soit le climato-sceptique et jouet des lobbies pétroliers Donald Trump qui soit à l’origine de ce retournement de situation improbable relève d’une de ces fameuses ruses dont l’histoire a le secret…

Le point noir : les politiques de migration trumpistes

Il y a cependant malheureusement un domaine essentiel où le vaccin Trump n’a pas encore produit son effet protecteur en Europe malgré ses innombrables exactions dans ce champ particulier : c’est celui des politiques migratoires.

Malgré tous les crimes commis par l’ICE et les menaces que cette milice fait peser sur les libertés de tous et toutes outre-Atlantique, bien que l’arrêt brutal de l’immigration affaiblisse notablement l’économie américaine américaine et handicape gravement sa capacité d’innovation technologique, bien que la chasse aux étrangers risque de couler les universités qui assuraient une part essentielle du rayonnement culturel des États-Unis, bien que cette politique raciste et suprémaciste soit en train d’isoler toujours plus les États-Unis et de renforcer la Chine et la Russie dans le monde, la droite européenne continue de courir après l’extrême-droite pour importer les politiques migratoires trumpistes en Europe.

C’est ce que montre quotidiennement l’action du « bloc central » en France qui coupe les Aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants étrangers ou remet en cause l’Aide médicale d’Etat (AME). C’est aussi ce qu’a montré une fois de plus à l’échelle de l’Union, le vote sur le règlement Retour intervenu le 26 mars dernier au Parlement européen où la droite classique du Parti populaire européen (PPE) s’est alliée aux trois groupes d’extrême-droite pour promouvoir une ICE européenne.

Pour sauver nos valeurs humanistes, pour défendre notre modèle social, écologique et démocratique ouvert sur le monde, pour desserrer l’étau que resserrent sur nous l’alliance de Donald Trump et Vladimir Poutine en nous rapprochant des pays du Sud Global, il est plus que temps que l’Europe se décide enfin à rompre avec le trumpisme également dans le domaine des politiques migratoires.

Guillaume Duval
Guillaume Duval
Ancien rédacteur en chef du mensuel Alternatives Economiques

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