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Malcolm Anderson : le BREXIT, une crise sans précédent depuis 1688 !

Le Professeur Malcolm Anderson a été le recteur de la faculté de Sciences Sociales de l’Université d’Edinbourg, où Il a notamment dirigé le centre d’études politiques européennes. Il a également présidé le Conseil Universitaire Européen. Il est interrogé par Henri Lastenouse.

HL : Les institutions britanniques sont-elles encore en mesure de faire face à la crise du BREXIT, ou alors la tenue du référendum de 2016 relevait elle de l’ouverture d’une boite de Pandore qui dépasse aujourd’hui le personnel politique anglais ?

La turbulence politique qui traverse le Royaume Uni en ce moment a été caractérisée par l’historien Anthony Seldon comme la pire crise constitutionnelle depuis “la Révolution glorieuse” de 1688. En effet toutes les crises qui, depuis 1688, ont provoqué des réformes constitutionnelles majeures n’ont pas duré aussi longtemps et n’étaient pas si complexes à résoudre. Le cœur du problème est, qu’en l’absence d’une constitution écrite, il est impossible de trancher entre le principe de la souveraineté du Parlement et la volonté populaire exprimée dans un référendum (une procédure rare en Grande Bretagne), quand les deux ne coïncident pas, ce qui n’est jamais arrivé par le passé.

Par ailleurs, le système des partis est ébranlé par des divisions idéologiques internes profondes sur la question européenne et par conséquent le contrôle que le gouvernement exerce normalement sur le Parlement n’existe plus. Parmi d’autres problèmes, l’équilibre fragile avec les gouvernements des différentes parties du Royaume Uni (Ecosse, Irlande du Nord et Pays de Galles) est sérieusement remis en question.

L’absence totale d’un consensus politique au gouvernement, au Parlement et dans le pays a produit une conjoncture dont l’issue n’est pas prévisible.

HL : Existe-t-il aujourd’hui encore un l’élément majeur qui échappe aux continentaux dans leur compréhension de la crise du BREXIT ? Notamment, pourquoi la dissolution du Parlement ne s’impose-t-elle pas comme dans tout régime parlementaire ?

Cela dépend de quels continentaux. Par exemple les élites néerlandaises sont très bien informées sur la vie politique britannique. Mais il est évident que l’évolution des mentalités en Angleterre dans les dernières décennies est très difficile à comprendre, et en plus, la fiabilité d’une constitution non-écrite est presque incompréhensible à beaucoup de continentaux. La tentation de voir la crise actuelle comme un mystère, ou un exemple de l’impasse du populisme politique ou une farce à la “Monty Python” est par conséquent très forte. Mais il y a deux détails constitutionnels qui sont importants.

Primo, il est très difficile de se débarrasser d’un premier ministre si elle n’est pas prête à partir, même si elle a subi plusieurs défaites sur ses propositions, et l’on sait que Madame May est très coriace. La seule façon de s’en débarrasser c’est par une motion de confiance à la Chambre des Communes et une telle majorité n’existe pas encore.

Secundo, une partie de la constitution est écrite dans divers documents tels que le “Parliament Act” de 2011 qui fixe la durée d’une législature à cinq ans avec deux exceptions – la défaite du gouvernement sur une motion de confiance ou avec l’accord de deux tiers des parlementaires. On verra au cours de la semaine prochaine si l’une ou l’autre de ces circonstances se produit.

HL : Quel rôle peut jouer le monde académique en Grande Bretagne vis-à-vis du BREXIT, à la fois comme pôle d’excellence de l’influence britannique dans le monde et également comme lieu par excellence de la rationalité face à une crise qui en manque cruellement ?

Les universités britanniques sont incontestablement ouvertes à l’internationale et sont très conscientes de ce qu’elles risquent de perdre surtout en cas de Brexit “dur”. Paradoxalement, les recherches sur les questions qui concernent directement ou indirectement l’Union Européenne y sont plus florissantes que dans n’importe quel autre pays membre de l’UE !

Même si le phénomène des “intellectuels engagés” est très rare en Grande Bretagne. Un très petit nombre d’universitaires a joué ce rôle dans la crise actuelle, tel Arnand Menon du Kings College, London ou Michael Dougan de l’université de Liverpool. Quant à parler d’influence politique… je rappelle que, pendant la campagne référendaire, les universitaires ont été marginalisés par Michael Gove, un des leaders de la campagne pour le BREXIT, toujours membre du gouvernement, qui a asséné que “le public en a assez des experts”.

Ce texte a fait l’objet d’une première publication chez nos amis de Témoignage chrétien

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Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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6 Commentaires

  1. les arguties juridiquo-politiques ne sauraient masquer le fond du problème : une minorité britannique(48 %) fait tout pour trahir la majorité des brexiteurs (52 %) et soit empécher la sortie soit donner l’illusion d’une sortie qui n’en serait pas une vraie !!! . le parlement britannique doit respecter la décision populaire , coute que coute ,avec ou sans accord si l’europe leur cherche encore des noises ….on cherche a faire croire aux opinions publiques que c’est la grande bretagne qui a besoin absolument d’un accord de sortie alors que C’EST L EUROPE QUI EST AUX ABOIS ET EN A BESOIN ,CAR ELLE CHERCHE A IMPRIMER DANS L INCONSCIENT COLLECTIF EUROPEEN QUE TOUTE SORTIE EST UNE CATASTROPHE , histoire de décourager toutes futurs nouvelles déféctions , qu’elle soit italienne , portugaise, francaise (tien …tien …) ou autre…

    1. « La décision populaire » ? Vous en avez de bonnes ! Tout le monde sait très bien que la campagne pour le referendum de 2016 a été bâtie sur des mensonges… de part et d’autre d’ailleurs (p.ex. les 300 millions d’euros que le RU allait récupérer…).

      En presque 3 ans de négociations le peuple britannique a eu amplement le temps et les moyens de cerner les véritables enjeux, c’est pourquoi une véritable démocratie voudrait qu’on lui redemande son avis MAINTENANT en organisant un nouveau referendum.
      Ah oui, mais vous comprenez, le referendum n’est pas dans la tradition britannique… le Parlement… le Parlement… le Parlement… quand on voit ce qui s’y passe… au Parlement !!!

      Non, la raison voudrait qu’on pose aujourd’hui au peuple britannique 3 questions:
      1) Etes-vous favorables au « Deal » de Theresa May sur le Brexit ?
      2) Etes-vous favorables au « No Deal » (sortie de l’UE sans accord) ?
      3) Etes-vous favorables à l’abandon du Brexit ?

      Je sais, c’est un peu plus compliqué que répondre par oui ou par non, mais il ne faut pas non plus prendre les Britanniques pour des imbéciles.

      Mais la raison est-elle britanno-compatible ? On peut parfois en douter.
      De toute manière, je ne vois pas pourquoi les Brexiteers auraient peur d’un nouveau referendum: les jeux ne sont pas faits (Nigel Farage et consorts semblent reprendre du poil de la bête)… il se pourrait bien qu’un nouveau referendum entérine le Brexit (mais en tranchant cette fois entre Deal et No Deal).

      1. Excellente réponse !…que l’on peut compléter par quelques considérations supplémentaires:

        – s’il n’y avait que la campagne de 2016 qui a été bâtie sur le mensonge ! Hélas, celle de 2005 en France n’a pas non plus échappé à cette pollution à laquelle des réseaux prétendument « sociaux » ont ouvert les vannes (ce dernier terme ayant, du reste, diverses significations) en faisant au surplus bouillonner des mousses plus que suspectes. De même, dans sa trousse à outils, le fameux plombier polonais disposait d’une clé déjà « anglaise » dont la crémaillère a surtout servi à enserrer le vote populaire dans de redoutables mâchoires…

        – l’un des enseignements que l’on peut d’ores et déjà tirer de l’imbroglio britannique est que, quelles qu’aient pu être les bonnes intentions des négociateurs, il ne suffit pas d’inscrire dans un traité le principe d’un retrait assorti de quelques dispositions de procédure. L’exemple du Brexit montre jusqu’à la caricature jusqu’où peut conduire le comportement anarchique d’éléments qui échappent à l’apprenti sorcier

        – quant à l’hypothèse d’une volonté de décourager d’éventuelles nouvelles défections d’autres Etats membres, elle appelle à être approfondie dans toutes ses implications.

        Or, d’une part, la vraie nature du problème est que certains Etats membres, notamment avec l’élargissement trop massif de 2004, n’étaient pas vraiment prêts à jouer le jeu; l’exemple de la Hongrie ou de la Pologne montre que ces pays éprouvent encore les symptômes de ce que, pour paraphraser Lénine, on pourrait considérer comme une « maladie infantile » de la démocratie. Etant, pour des raisons d’origine familiale, très attaché à la Hongrie, j’y suis particulièrement sensible. Même le programme européen « Phare » destiné à faciliter la transition économique des deux pays ne s’est pas avéré suffisamment concluant. En guise de « phare », on perçoit surtout aujourd’hui des clignotements intermittents. Est-ce suffisant pour éviter les écueils ?

        D’autre part, stricto sensu, sortir de l’ « UE » sous-entend qu’on peut également le faire d’une autre manière que la « voie de garage »/voix de Farage » sur laquelle s’est embarqué le Royaume Uni. Se débarrasser d’une pesante carapace qui, par un nombre excessif d’Etats membres, ralentit la marche n’exclut pas de le faire au profit d’un ensemble plus léger en retrouvant, au niveau d’un nombre restreint de participants, la dynamique « communautaire » de l’Europe des années 50 et suivantes. Pour l’Italie – pays également très cher à mon palpitant et que Claude Gazengel a cité- ce serait incontestablement plus « salvateur » que « salviniste ».

  2. je vois , en lisant mrs landais et vernier que le fanatisme pro-européen n’hesite plus a décréter qu’il faut faire fi de la volonté populaire (déja suspecte d’incompétence et d’ignorance ….) lorsque elle ne coincide pas avec celle des élites pensantes pro-européennes…et ainsi ne jamais passer par le référendum ou bien pietiner le résultat malvenu , comme en France en 2005….c’est aussi la théorie qu’a dévelloppé le politico-philosophedemesdeux BHL il y a quelque temps a la télé…..c’est le sens de la fable  » des mensonges » de campagne électorale qu’auraient distillés les partisans du brexit anglais , racontée et ressassée par les opposants au brexit…ce qui n’en fait pas une vérité ! …. il y a des apprentis dictateurs meme là ou on ne les attend pas !
    quant a la configuration de l’europe , en relation avec son avenir , elle a scéllé son échec certain a plus ou moins longue échéance le jour ou elle s’est retrouvée a 28 , tous aussi divers que divers , le résultat étant une paralysie bien visible dans l’adaptation a ce nombre démentiel …l’union européenne n’a le choix qu’entre éclater purement et simplement soit que accentuer son caractére de simple vaste zone économico-financiere…..
    or ,le temps presse car la réaction de refus des opinions publiques a la dissolution des états-nation dans une vaste zone supra-national est de plus en plus perceptible , or la réaction inadaptée et inandaptable des dirigeants euro-fanatiques a cette louable et respectable réaction de refus risque de nous conduire a des solutions « nationalistes » autoritaires et plus ,alors qu’il suffirait de préserver la souveraineté de chaque pays , largement bafouée et piétinée….et pour cela écouter les peuples ,tenir compte de leurs avis…

    1. A considérer vos propos, on peut légitimement se demander où est le fanatisme. Mais, passons…

      Pour ce qui est du referendum, je m’en suis souvent expliqué sur le présent site. Permettez-moi donc de reprendre à votre intention une considération qui semble vous échapper:

      – consulter le peuple ( « peuple » correspondant à un concept qui vous peut-être un tantinet étranger ) sur un texte complexe, sinon ardu, comme l’était le projet de 2005, c’est se foutre de lui… et lorsqu’on voit comment certaines « divas » des réseaux prétendument « sociaux » ont pollué le débat, on ne peut que se sentir conforté dans la constatation que les motivations à l’origine du « non » ont été en fait très complexes, comme l’ont montré des analyses effectuées tant à la sortie des urnes que plus tard.

      Comme en 1958, où les Français se sont positionnés davantage pour ou contre de Gaulle que vis-à-vis du contenu détaillé d’un texte constitutionnel soumis à leur assentiment, le fait de profiter de la consultation pour manifester sa mauvaise humeur à l’égard du gouvernement en place a fait aussi partie – et de manière non négligeable – des raisons susceptibles d’expliquer le résultat de 2005;

      – en revanche, poser une question à objet clair et précis telle que « êtes-vous en faveur de l’indépendance de l’Algérie ? » ou « acceptez-vous le principe de l’élection du Président de la République au suffrage universel ? » répond infiniment mieux au caractère binaire de l’objet d’un referendum.

      Quant à la ritournelle sur « le refus des opinions publiques à la dissolution des Etats nations dans une vaste zone supranationale », elle pèche au moins par deux excès:

      – d’une part, comment se manifeste cette dissolution lorsque le « vécu » quotidien de la construction européenne témoigne de la prédominance des représentants des Etats membres au sein du Conseil (des ministres), voire du Conseil européen (au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement) dans le processus de décision ?

      – d’autre part,le suivi de l’opinion publique à travers le très sérieux outil de sondage que représente l’ « Eurobaromètre » montre, sans négliger des « sautes d’humeur » conjoncturelles, que la tendance « longue » est au contraire à un certain capital de confiance. Mais prendre en compte de telles conclusions requiert un effort d’objectivité, même s’il contredit des préjugés solidement ancrés dans une idéologie peu portée sur les approches scientifiques.

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