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Lobbies: transparence nouvelle du Parlement européen

Le 30 janvier dernier, un vote important a eu lieu au Parlement européen: les acteurs clés de l’adoption d’un texte législatif ont été soumis à la transparence de leurs rencontres avec les lobbies.

Sont concernés: le Président de la Commission examinant le texte, le rapporteur et les contre-rapporteurs (ou « shadow » dans le jargon local). Ils ont un rôle extrêmement important, car contrairement au Parlement français les députés européens ont un impact réel sur les textes, la procédure proprement parlementaire s’achevant par une négociation de conciliation (dite Trilogue) entre le Parlement, la Commission et le Conseil des Etats. Le Rapporteur a pour travail de rassembler une majorité sur le texte, dans un Parlement où aucun groupe politique n’est dominant, et d’établir un consensus. Les contre-rapporteurs représentent les partis européens au sein desquels ils cherchent également à obtenir un consensus, et visent à influencer le rapport officiel. C’est un travail extrêmement technique et une des voies privilégiées d’approche des lobbies.

Ces députés devront désormais rendre publics leurs rencontres avec les 11.000 lobbies enregistrés au registre de transparence (dont Sauvons l’Europe), comme le faisaient déjà depuis 2011 les Commissaires et les hauts fonctionnaires de la Commission. Saluons ici une initiative des Verts (et du Parti Pirate !!!) La droite s’y opposait sans trop oser le dire publiquement, et a donc eu le culot de réclamer un bulletin secret en espérant délier certains eurodéputés de leurs solidarités de groupe vers des intérêts personnels. C’est l’inverse qui s’est passé, et l’amendement est passé avec 4 voix d’avance sur la majorité absolue du Parlement. La délégation de la droite française a fait savoir qu’elle avait voté pour.

Comprenons l’enjeu: il y’a autant de lobbies à Bruxelles qu’à Washington, s’agissant de réguler deux des plus grosses économies de la planète.  Or les entreprises sont capables de jeter plusieurs milliards d’euros dans le financement des campagnes électorales aux USA, ce qui aboutit de fait à l’achat des politiques publiques. La pression est la même en Europe, et seule la qualité de nos règles anti-corruption nous en préserve relativement. Il faut impérativement les défendre et les renforcer si nous voulons que nos lois reflètent l’intérêt général et les choix démocratiques.

La « liberté de mandat » dont se réclamait la droite européenne (la plus vocale étant la droite allemande), est la même qui permettait à François Fillon de se dire opposé à la transparence des revenus des parlementaires en France. Nous avons vu pourquoi !!! A tous ceux qui se plaignent du poids des lobbies à Bruxelles: croyez-vous qu’ils n’existent pas en France ? Posez la question à Nicolas Hulot par exemple, qui se plaignait de ne même pas pouvoir contrôler qui assistait aux réunions ministérielles où il était présent. Pourquoi la France ne prendrait pas ici exemple sur les normes européennes? Ca ne ferait pas de mal…

 

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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8 Commentaires

  1. Rencontrer des lobbies pour mieux connaitre un sujet n’est pas en soi répréhensible
    encore faut-il aussi rencontrer les autres porteurs d’avis
    sans lesquels il n’y aurait pas de lobby.

    La vraie question est l’objectivité-l’honnêteté lu Président de la Commission examinant le texte, du rapporteur et des contre-rapporteurs, et ceci n’est pas du tout vérifié.

    Vous vous contentez de faux-semblants.

    1. Il y’a des débats contradictoires entre députés et ils sont publics (notamment grâce aux contre-rapporteurs). Ceci permet de se faire une idée sur les mérites des positions.

      Si vous avez une idée de système qui permette d’assurer l’objectivité-honnêteté d’hommes politiques, nous sommes preneurs.

      1. On peut toujours rêver de l’objectivité et de l’honnêteté d’un homme politique ! Cela fait une cinquantaine d’années que j’ai l’occasion de les côtoyer et de les observer et durant ce demi-siècle, je n’ai connu qu’un maire et conseiller général qui me semblait objectif et honnête sur la base de ce qu’il a dit puis fait.
        Avouez que cela fait peu ! Ce que je peux dire, c’est que tous les hommes et les femmes qui en font leur « métier », travestissent la vérité et trahissent l’honnêteté voire la morale en fonction de ce qui arrange : 1 leurs intérêts politiques ou privés, 2 les intérêts de leurs proches, amis, alliés voire ennemis dans l’attente d’un retournement, ou par calcul. Un homme ou une femme politique n’est pas un premier de cordée, c’est un représentant dont le fond de commerce, la rente de situation se fonde sur l’espoir de celles et ceux qui ont cru ce qu’ils ou elles disaient. Le pouvoir et l’argent corrompent alors quand pouvoir et argent s’emmêlent on constate les dégâts !

  2. Il a fallu que l’Europe arrive au bord du gouffre comme elle l’est actuellement pour que çà bouge un peu dans les rangs. Il en faudrait encore bien plus pour que les électeurs reviennent dans les bureaux de votes. La droite en est responsable c’est clair puisqu’elle dirige cette Institution depuis sa création en 1957. Presque tous les principaux dirigeants sont libéraux à outrance. Les prochaines élections ne devraient pas nous apporter une grande révolution de ce côté. Le grignotage des voies par les extrêmes se faisant sur les partis de gauche. Ce sera le cas de la France. Un contre sens citoyen total.

  3. Tant qu’il y aura des comptes offshore possibles si facilement et des sociétés-écrans dans de multiples endroits du monde, il n’y aura pas de transparence sauf de façade,
    l’influence persistera, la corruption totalement invisible aussi !
    En attendant, honte au PPE et aux Allemands du PPE.
    Je me souviens d’un Chevenement déclarant il y a de cela une dizaine d’année que l’Allemagne était l’un des grands pays les plus corrompus d’Europe.
    Vive le consortium des journalistes et les ONG !

  4. Allez, encore quelques efforts notamment en matière de protection de (ce qui reste de) l’environnement et d’évasion fiscale et notre chère Europe pourrait bien redevenir « sexy »…

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