Regards croisés sur les opinions publiques face à la perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne
Dans un discours tenu en marge de la Conférence sur la Reconstruction de l’Ukraine (URC 2026) à Gdańsk les 25 et 26 juin, Oleksandra Matviichuk, avocate et dirigeante de l’ONG Centre pour les libertés civiles (prix Nobel de la paix en 2022) surprit son auditoire en rappelant que les Ukrainiens en guerre étaient actuellement plus optimistes que les Suisses. Mme Matviichuk prenait appui sur les résultats du Baromètre de l’espoir (Hope Barometer), une enquête internationale coordonnée par University of St. Gallen. Dans l’édition 2025, les chercheurs soulignaient explicitement que « les personnes vivant dans des régions plus pauvres ou en conflit sont plus pleines d’espoir pour l’avenir que celles des pays riches« .
Ce résultat est cohérent avec d’autres enquêtes. Ainsi, des études de Gallup montrent qu’après l’invasion russe, les Ukrainiens évaluaient leur vie actuelle très négativement, mais attribuaient une note exceptionnellement élevée à leur vie dans cinq ans (jusqu’à 7,9/10 en 2022-2023), un niveau supérieur à celui d’avant-guerre. Cette espérance a ensuite diminué en 2024, tout en restant supérieure aux niveaux pré-invasion.
L’idée centrale de la réflexion d’Oleksandra Matviitchouk est la suivante : l’espoir n’est pas le produit du confort, mais une ressource qui permet d’agir lorsque tout semble perdu. Selon elle, les Ukrainiens ne sont pas optimistes parce que leur situation est bonne – elle est dramatique – mais parce qu’ils ont développé une conviction que leurs actions individuelles et collectives peuvent changer l’avenir. À l’inverse, dans des sociétés prospères où beaucoup de besoins sont satisfaits, il est plus fréquent d’éprouver un sentiment d’impuissance face aux grandes crises (climat, géopolitique, démocratie, etc.). D’autres enquêtes confirment cette résilience. Ainsi, une enquête nationale ukrainienne de fin 2025 montrait que pour 54 % des Ukrainiens l’espoir est le premier sentiment qu’ils éprouvent lorsqu’ils pensent à leur avenir, devant l’anxiété (39,5 %) et l’optimisme (29 %).
Au-delà de cet optimisme collectif d’une société en état de guerre, l’URC 2026 fut aussi l’occasion de faire souffler un vent d’optimisme dans la relation UE-Ukraine. En effet, cette relation n’apparaît plus désormais à sens unique, à savoir celle d’un transfert unilatéral d’aides de l’UE vers l’Ukraine. Ce point de bascule est d’abord militaire avec les récents succès ukrainiens dans la paralysie des infrastructures énergétiques russes et de l’approvisionnement de la Crimée, avec sa capacité de production industrielle de drones, dont l’Ukraine est désormais exportatrice, mais aussi avec son savoir-faire dans le combat.
Savoir-faire illustré lors de l’exercice de l’OTAN Hedgehog 2025, à l’occasion duquel une équipe d’une dizaine d’opérateurs ukrainiens de drones a rendu inopérants en moins d’une demi-journée deux bataillons de l’OTAN. Point de bascule aussi dans la mesure où l’expérience ukrainienne en matière de résilience apparaît désormais comme une ressource exportable. Selon les propos du vice-ministre des affaires régionales Oleksii Riabykin : « La résilience est devenue un produit« . Cette confiance côté ukrainien contribue aussi à souligner à quel point les entreprises de l’Union européenne capables d’une prise de risque peuvent actuellement avoir maintenant le meilleur retour possible sur investissement en Ukraine.
L’espoir des Ukrainiens dans l’avenir européen de leur pays est intact
En ouverture de l’URC 2026, la Première ministre Yulia Svyrydenko pouvait aussi déclarer : « Désormais l’Ukraine contribue à renforcer l’Union européenne tandis que l’Ukraine est renforcée par son peuple et par l’espoir de son avenir européen« .
Malgré les vicissitudes institutionnelles, diplomatiques et procédurales, il est en effet remarquable de constater que parmi les Ukrainiens, le soutien à l’intégration européenne et à l’adhésion éventuelle à l’UE reste très élevé.
Environ 83% des Ukrainiens soutiennent l’adhésion à l’UE, le niveau le plus élevé enregistré dans plusieurs séries de sondages de longue date. Une autre enquête menée en 2026 révèle que 75% pensent que l’Ukraine finira par devenir membre de l’UE, tandis que 55% ont déjà une image positive de l’UE. Dans une enquête distincte, 70% disent qu’ils voteraient pour l’adhésion à l’UE lors d’un référendum, seulement 9% voteraient contre et 76% pensent que l’adhésion apporterait plus d’avantages que d’inconvénients. La confiance dans l’UE atteint 76%, soit le niveau le plus élevé depuis 2017.
Les sondages montrent également que les Ukrainiens associent de plus en plus l’UE à la paix et la sécurité (le principal avantage pour 69% des sondés), à des réformes en matière de lutte contre la corruption (55%), au renforcement de l’état de droit, aux libertés de circulation (54%) et au développement économique.
Au niveau de la population de l’UE, il faut distinguer le soutien à l’Ukraine du soutien à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE
Au niveau des citoyens européens, il est indispensable de distinguer le soutien à l’Ukraine de celui à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Ainsi, le dernier Eurobaromètre (printemps 2026) faisait état d’un soutien très fort à l’Ukraine : 76% conviennent que l’UE devrait continuer à soutenir l’Ukraine jusqu’à une paix juste et durable, 76% considèrent l’invasion de la Russie comme une menace pour la sécurité de l’UE, 55% sont satisfaits de la réponse de l’UE à la guerre.
Cela donne à penser que l’aide à l’Ukraine continue de bénéficier d’un large soutien public dans l’ensemble de l’Union.
Pour ce qui est du soutien à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, le dernier Eurobaromètre spécial sur l’élargissement (publié en 2025) obligeait à dresser un tableau plus mitigé : 56 % des citoyens de l’UE sont favorables à un nouvel élargissement de l’UE et 52% soutiennent l’adhésion de l’Ukraine une fois qu’elle répondra à tous les critères d’adhésion. Si 41% s’opposent à l’adhésion de l’Ukraine, celle-ci est le pays candidat le plus populaire parmi tous les candidats actuels à l’adhésion à l’UE.
Bien entendu, le soutien varie considérablement d’un État membre à l’autre. Il est particulièrement important en Suède (91%), au Danemark (81%) et en Finlande (81%). Par contre, le soutien est plus faible dans certains pays d’Europe centrale, en particulier en Hongrie. Plus troublant : l’explosion du climat anti-ukrainien en Pologne. Selon un sondage de l’institut Ibris, publié le 25 juin, 59,7 % des Polonais seraient contre son entrée dans l’Union européenne. Ce climat est largement alimenté par les responsables politiques d’extrême droite (et les bots russes) auquel s’ajoute la réémergence du débat mémoriel autour des massacres de nettoyage ethnique en Volhynie perpétrés par les milices nationalistes de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) entre 1942 et 1944 qui avaient coûté la vie à près de 80 000 civils polonais.
L’opinion publique française face à la perspective d’adhésion de l’Ukraine
L’opinion publique française joue pour son part un rôle déterminant pour la perspective d’adhésion de l’Ukraine dans la mesure où la Constitution française est aujourd’hui unique dans l’Union en ce qu’elle prévoit une règle (l’article 88-5) visant expressément les traités d’adhésion : le principe est le référendum, avec une possibilité d’y déroger sur initiative du Président de la République si le Parlement réuni en Congrès autorise la ratification parlementaire à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.
Certes, selon un sondage Elabe pour BFMTV datant de mars 2026, 66% des Français sont favorables à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, contre 33% d’opposés. Parmi les favorables, 31 % souhaitent une adhésion dès maintenant et 35% la souhaitent après la fin de la guerre. Néanmoins, force est de constater que le débat sur l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ne semble pas encore prioritaire.
Rappelons que lors du vote de la résolution de l’Assemblée nationale du 12 mars 2025 sur le soutien à l’Ukraine, LFI a voté contre. Le texte soutenait notamment la perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Les députés insoumis ont expliqué leur vote par leur opposition à ce qu’ils considéraient comme une logique d’escalade militaire. Lors du même vote, le RN s’est abstenu, opposé à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne pour des raisons principalement liées à sa vision de l’Union et à ses conséquences économiques. Selon le RN, l’entrée de l’Ukraine modifierait profondément les équilibres institutionnels et budgétaires de l’Union. Elle pourrait aussi avoir des conséquences importantes pour l’agriculture française, en raison du poids agricole de l’Ukraine et de la politique agricole commune. Enfin, le RN estime que l’Union européenne devrait d’abord se concentrer sur son fonctionnement actuel avant tout nouvel élargissement.
Affronter les mythes sur l’adhésion de l’Ukraine
S’il y a fort à parier qu’aucun des prétendants à l’Elysée ne fasse de la question de l’adhésion de l’Ukraine une priorité de sa campagne, il faut espérer que ce débat puisse avoir lieu à l’automne 2027 sur une base factuelle.
Oui, l’Union européenne a besoin de réviser profondément son dispositif institutionnel. Mais n’est-ce pas un sujet d’actualité aujourd’hui déjà avec ces Etats d’Europe centrale comme la Hongrie d’Orban, la Slovaquie de Fico ou encore la Bulgarie de l’ex-général Roumen Radev qui manient la politique du véto ? Pourquoi en faire porter la responsabilité à l’Ukraine ou à tout autre pays-candidat à l’adhésion ?
Notons d’ailleurs que l’Union européenne prépare un nouveau dispositif de « gradation de l’adhésion » (gradual integration) afin de rapprocher les pays candidats des avantages de l’UE sans attendre leur adhésion complète. L’objectif est de maintenir la dynamique des élargissements, notamment pour l’Ukraine, la Moldavie et les Balkans occidentaux, alors que les procédures d’adhésion restent longues et politiquement sensibles. Le projet prévoit d’accorder progressivement certains bénéfices concrets — comme un meilleur accès au marché unique, à certains programmes européens ou à des financements — en contrepartie de réformes effectivement mises en œuvre. Cette approche vise à rendre le processus d’adhésion plus crédible et à éviter que les pays candidats ne se détournent de l’UE pendant les longues négociations.
Sur l’impact budgétaire des futurs élargissements de l’UE — Ukraine, Moldavie et Géorgie et Balkans occidentaux — une récente étude du centre d’analyse CEPS suggère que celui-ci serait en fait limité. Avec les différents mécanismes de plafonnement déjà en place ou à prévoir, les allocations combinées dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) et de la politique de cohésion de l’UE s’élèveraient à environ 9,5 milliards d’euros par an. Cela correspond à peu près à ce que la Pologne recevrait chaque année au titre des fonds de cohésion ou la France dans le cadre de la PAC.
L’étude aussi souligne la nécessité d’un débat équilibré, en mettant en balance les estimations des coûts budgétaires avec les bénéfices économiques et stratégiques des futurs élargissements. Rappelons dans ce contexte que la Pologne et l’Ukraine avaient en 1990 la même taille économique. Vingt ans après son adhésion à l’Union européenne en 2004, la Pologne elle est passée du statut d’économie en rattrapage à celui de grande puissance économique régionale d’une des économies les plus dynamiques de l’Union européenne (3,6% de croissance en 2025 et un taux de chômage de 3,2%). Pourquoi ne pas imaginer que l’élargissement de l’UE à l’Ukraine puisse aussi devenir une telle success story?
En même temps, il faut espérer que ne resurgissent pas dans le débat les vieilles rengaines du débat à l’élargissement de la Pologne en 2024, évoquées dans notre article En attendant le plombier ukrainien… qui ne viendra pas. La résilience de la population ukrainienne, le potentiel de son économie et de sa société et le tribut payé par le pays pour défendre les libertés européennes exigent que le débat sur l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne se fasse dans la dignité et sur la base de faits.



Beaucoup de choses à dire sur cet article.
Tout d’abord je ne connaissais pas ce « Hope Barometer » je l’avoue et sa conclusion m’a beaucoup étonné.
J’ai donc naturellement fait des recherches sur cette étude de l’Université de Saint-Gall, et… comment dire… cette conclusion de l’étude comme quoi les peuples subissant la pauvreté ou les conflits ont plus d’espoirs que les nations developpées me semble légèrement exagérée.
De tous les conflits actuellement sur Terre seule l’Ukraine est interrogée. Exit le Congo, le Soudan, la Palestine ou encore l’Iran (sans compter les guerres civiles comme en Malaisie) ; exit donc aussi l’avis de ces populations… un palestinien subissant la politique d’apartheid israélien depuis sa naissance avec en bonus un génocide en cours et une colonisation sanglante a t’il autant d’espoirs en l’avenir qu’un Suisse ? Un Malien qui se retrouve pris entre les feux croisés des indépendantistes, des jihadistes et des putschistes sent-il autant d’espoir dans son avenir qu’un Finnois ?
Nous ne le saurons jamais car ils ne sont pas interrogés.
Si je veux bien croire que l’Ukraine ai de l’espoir car le sortir de la guerre peut signifier le rêve européen voire aussi l’adhésion à l’OTAN, tous les peuples souffrant de conflits ou d’extrême pauvreté dans le monde n’ont pas cette perspective car ils n’habitent pas sur le bon continent ou alors car la guerre et la misère sont des composantes permanentes de leur existence depuis bien avant leur naissance (sous les yeux passifs du monde).
Au sujet de la seconde partie du texte et de la question de l’adhésion ukrainienne à l’UE. Il est vrai que la France de par sa législation particulière est la clé de voûte de tout pays-candidat souhaitant obtenir l’ultime sésame. C’est assez cruel mais c’est comme ça donc inutile de s’éterniser sur cette bizarrerie.
Néanmoins je trouve regrettable que l’auteur de l’article donne au RN (parti xénophobe sans colonne vertébrale idéologique si ce n’est son enrichissement personnel) la défense de l’idée d’une réforme en profondeur des institutions européennes me paraît problématique. Car en effet la position officielle de la France depuis de nombreuses années (et même sous le très européen E. Macron) est qu’aucun élargissement ne sera souhaitable tant que l’UE n’aura pas réglé ses problèmes de fonctionnements qui la paralyse déjà à 27 lors de moments cruciaux (le dernier paquet de sanctions contre la Russie ou l’incapacité à punir Israël pour ses crimes en sont d’excellents exemples récents).
Le RN n’utilise cette excuse du fonctionnement que pour perpétuer son ambition d’affaiblir l’UE, mais des vrais critiques venues d’universitaires, de politiciens ou d’ambassadeurs ont (et pour de bonnes raisons) expliqué que l’UE ne pouvait pas accueillir plus de monde dans son format actuel sous peine de devenir un poids mort pour son économie et ses populations.
Le blâme ne peut pas en être attribué à l’Ukraine ou aux nouveaux candidats (d’ailleurs qui les accuse d’être à l’origine du dysfonctionnement et des paralysies actuelles de l’Union?) mais pour autant les faire venir comme ça, même en leur supprimant le droit de veto pendant une décennie comme c’est actuellement en réflexion à Bruxelles, ne participera qu’à freiner l’UE.
Si nous suivons les rapports Draghi et Letta, l’Europe doit devenir plus rapide dans sa prise de décision et doit se réformer pour faire sauter les règles absurdes comme l’unanimité, ce n’est pas en rajoutant à l’heure actuelle de nouveaux Etat-membres que nous y parviendrons. Nous souffrons déjà de Babis, de Fico ou encore de Radev (qui vient juste de quitter la Coalition des Volontaires et semble bien parti pour devenir un petit Orban), inutile de rajouter Etats qui sont peut être plus européens mais seront des additions à une cacophonie déjà pesante pour notre démocratie européenne.
Cela peut sembler cruel et froid, je le comprends mais l’UE est en crise. Notre modèle démocratique est défaillant et technocratique (et frise même par moment avec la ploutocratie dans cette législature vu le poids des lobbies financiers et industriels dans les zones de pouvoirs à Bruxelles par rapport au poids du peuple ou des corps intermédiaires) et la perspective d’une Union soudée (même pas fédérale mais juste unie vers un bien commun) est menacée par l’Extrême Droite (de Meloni à l’AfD en passant par le RN et le PiS).
Je n’ai dans ces conditions que peu d’espoirs pour les candidats à l’adhésion. Ils devront probablement attendre encore un certain temps ou alors se satisfaire d’une adhésion au rabais avec beaucoup d’avantages supprimés (comme le droit de vote ou encore la libre circulation) ce qui serait désastreux pour l’image de l’UE.
Nous aurions dû réfléchir à l’UE dès les années 80 comme un projet politique entier, nous avons priorisé le volet économique pendant trop longtemps au dépend de tout le reste (en pensant que par l’intégration au marché l’intégration politique se ferait naturellement), voilà le prix que nous payons maintenant.
Une petite ukraine avec seulement l’ex-région polonaise de Liv (taille de la Rép. Tchèque), ukrainophone, nationaliste, et uniate, serait plus assimilable dans l’UE.
Cela conviendrait aux revendications historiques et de sécurité de la Russie (et de beaucoup d’ukrainiens).
Une confédération européenne (d’états-nations souverains/ coopération à la carte), serait plus souple et plus respectueuse des peuples.
Attention, à ne pas tout confondre.
Dans le cadre du débat sur la dialectique entre élargissement et approfondissement de l’UE, la France a toujours privilégié l’approfondissement de ses institutions, avant son élargissement. Cette position fut aussi celle de François Mitterrand lors de sa proposition de « la Confédération européenne » du 31 décembre 1989. Donc, le FN n’est pas le monopole de ce point de vue. C’est lui faire trop d’honneur et c’est politiquement très dangereux.
Le pessimisme exprimé dans un pays riche est toujours plus important que l’optimisme exprimé dans un pays plus neuf. Il n’y a rien de neuf en la matière.
Quant à mon propre avis, je préfère vivre en Suisse qu’en Ukraine.
Prof. em. Gilbert Casasus
Merci Matthieu pour cette excellente et motivante analyse. Elle nous servira à poursuivre notre soutien à nos frères ukrainiens, comme nous le faisons depuis 2022 dans le cadre de notre association Ukraine Grenoble Isère (UGI).
Et comme nous le disons à chaque soutien: Slava Ukraïni !
Gilles Escala
Remerciements Matthieu pour cette bonne analyse. Je vais me garder de faire de la « surenchère » par rapport à certains commentaires, très affirmatifs
Faut-il que l’Ukraine s’intègre à l’Europe? Mais tout d’abord, le fond du problème est de savoir comment faire pour que des chefs d’Etat psychopathes et disposant d’armes de destruction massives cessent de sévir. A cet égard, il y a un précédent réussi, celui de la « déshitlérification » de l’Allemagne après 1945. L' »opération spéciale » russe, en cours depuis cinq ans a, en dernière analyse, pour but d’éviter à tout prix que l’Ukraine europhile fasse école en Russie, ce qui signifierait la mise à mal du règne de la clique tripartite, synergie entre les tchékistes (la police secrète, quel que soit le sigle qui la définit), la criminalité organisée, et les fétichistes du pouvoir, en piste en Russie depuis le coup d’Etat d’octobre 1917. Intégrer l’Ukraine dans l’EU aurait pour effet immédiat de décupler la rage belliqueuse de son assaillant. Mais cette intégration est-il seulement possible? Non, pas dans l’état actuel de la situation. D’abord parce que l' »Europe » d’aujourd’hui n’est qu’un projet à demi cuit par rapport à ce que contenait en germe la déclaration Schuman du 9 mai 1950 qui présentait la CECA comme la première étape vers la fédération européenne. Laquelle était vue comme un puissant facteur de paix, non seulement en Europe, mais mondialement. Or, de nos jours, sans l’instauration d’une Europe unie fédérale souveraine vis-à-vis du reste du monde et vis-à-vis de ses membres, l’UE n’est qu’un nain politique, chacun , en matière de politique extérieure, tirant à l’envi à hue et à dia. L’idée des pères fondateurs de l’Europe était que celle-ci en devenant une espace de paix, de prospérité et d’éthique soit une « soft power », puissance influente non par la force mais par émulation positive. C’est seulement à un tel ensemble, pour le moment virtuel, qu’il faudrait intégrer l’Ukraine. Et même si cette Europe, Etat souverain supranational existait, une telle intégration ne pourrait en aucun se faire d’emblée, il y faudrait une période de purgatoire pour mettre ce pays en résonance avec les exigences éthiques de l’Europe. Période qui risque d’être longue, compte tenu du fait qu’en matière de corruption l’Ukraine n’est pas à la traîne par rapport à la Russie. Il est en conséquence à craindre que, en transposant à l’Ukraine ce que disait le général De Gaulle à propos de l »Argentine, « qu’il s’agisse d’un pays d’avenir… et qui le restera ».