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Les sociaux-démocrates européens réaffirment leurs valeurs

Reprocher à la social démocratie européenne ses compromissions avec la droite et les idéologies néo-libérales est devenu un mantra tellement répété et rabâché qu’il semble constituer une vérité inébranlable et indépassable pour ses pourfendeurs venus de la gauche plus radicale. Il existe, certes, de vraies raisons de battre notre coulpe : je pense notamment aux années où la gauche sociale démocrate était ultra majoritaire mais que, attirée par les sirènes de la troisième voie, elle a raté une chance historique de faire des pas de géant dans la construction d’une véritable Europe sociale. Il y a eu également, au sein des Etats membres, des gouvernements de gauche qui ont déçu ou d’autres qui se sont trop abîmés dans des coalitions avec la droite. Mais force est de constater qu’à l’échelon européen, nous sommes minoritaires depuis au moins quinze ans ce qui complexifie les choses dès lors qu’il est question d’appliquer notre programme. Tout cela contribue malheureusement à masquer le fait que nous nous sommes maintenant bien éloignés de nos dérives passées et qu’il suffit de lire nos documents pour s’en rendre compte.

Le week end dernier, le PSE a adopté au cours de son Congrès à Madrid son manifeste faisant office de programme commun à tous les partis membres pour les Européennes de 2019. Il marque une nouvelle fois, et de façon encore plus nette, une volonté de retour aux fondamentaux de la social démocratie quand aux valeurs tout en se montrant moderne quand aux propositions.

Il revendique la nécessité d’états providences forts, assumant à nouveau ce qui a été l’honneur de la social démocratie et qui a conduit aux inégalités les plus faibles au monde, notamment dans les pays d’Europe du Nord. Il prétend lutter contre la précarité avec la fin des contrats de type zéro heure et, sans citer directement les mini jobs mis en œuvre par Schröder, il est clair que la rupture définitive avec ces pratiques indignes de la social démocratie est évidente. Le manifesto réclame également un salaire minimal assurant la dignité des travailleurs dans chacun des pays de l’Union, une assurance chômage à l’échelle européenne venant compléter celle des Etats membres ainsi qu’une autorité européenne visant à combattre le dumping social.

Sur le plan budgétaire, il est question de rompre réellement avec l’austérité par le biais d’un plan d’investissement portant sur plusieurs années. Une grande place est réservée à la lutte contre la fraude fiscale et contre la concurrence par le bas entre les Etats au profit de davantage de cohésion et d’harmonisation. Pour ce qui est de l’environnement, l’objectif d’une Europe neutre d’un point de vue carbone est fixé pour 2050 avec également une fiscalité écologiquement vertueuse et divers plans tournés vers des logements et des transports à énergie propres à des prix abordables. La lutte contre la pauvreté devient la priorité absolue avec un accent particulier mis sur celle des enfants et des jeunes notamment par le biais de la Garantie européenne pour l’enfance dont le but est l’élimination totale de la pauvreté infantile sur notre continent en deux décennies.  La garantie pour la jeunesse, qui a fait ses preuves, sera massivement étendue et un chèque culture permettra l’accès de chaque jeune Européen aux biens culturels.

Bien évidemment, le Manifesto ne représente qu’un socle minimal, consensuel et donc nécessairement un peu vague mais visant naturellement ensuite à être complété par les propositions des partis membres dans chacun des pays de l’Union et, tout simplement, à être décliné et adapté à chaque réalités nationale. Mais le clivage politique avec le PPE est marqué de façon nette et évidente. Le premier discours de Frans Timmermans, pourtant membre de la Commission sortante, a été dans la droite ligne du retour aux valeurs profondes de ce qui a fondé la social-démocratie. La stratégie est également importante : il ne s’agit plus de se partager la gestion avec le PPE et sous son égide mais bien d’initier et de construire une majorité alternative avec l’ensemble de la gauche pro européenne en mesure, si les Européens nous en donnent la possibilité par leur vote, d’accomplir nos objectifs. Car si ils devaient l’emporter, les Sociaux Démocrates ne pourraient se permettre de décevoir une nouvelle fois sauf à livrer le continent aux populistes de tous poils.

Sébastien Poupon

Sébastien Poupon est militant social-démocrate
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Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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28 Commentaires

  1. pipeau!
    si LREM a suffisamment de députés, un groupe sera constitué entre PSE et PPE, et beaucoup des membres de ces groupes iront à la soupe.
    C’est le moment de rappeler des valeurs qui se plieront à ces nécessités.

    1. La notion « aller à la soupe » est quelque chose que je peux à la rigueur comprendre pour l’Assemblée Nationale. Que veux dire cette notion au Parlement Européen ? Si aller à la soupe veut dire chercher des alliances pour constituer une majorité, c’est pour moi la règle du jeu démocratique, surtout dans le cas d’une assemblée élue à la proportionnelle ?

  2. C’est très beau. Un seul problème : la crédibilité de ce programme. L’expérience a montré que le caractère progressiste des programmes socio-démocrates était directement proportionnel à leur éloignement du pouvoir. Qui peut croire que, une fois revenu au pouvoir, ces partis mettraient en oeuvre autre chose que quelques gadgets? Blair, Schroder, Hollande, Renzi nous ont montré ce qu’il en est…

  3. La social démocratie n’a toujour pas pour objectif de supprimer l’exploitation des populations au bénéfice des milliardaires mondiaux. Jospin a été le plus grand privatiseur de nos sociétées nationales, et pour le bénéfice de qui ? Ou est le partage des richesses produitent par les Humains dans les programes et les actions de la social démocratie ?

  4. Il reste à la social-démocratie de redevenir crédible… Pour ma part, je ne leur accorderez pas mon blanc-seing. A mes yeux, je suis Belge, seul Philippe Lamberts, le député européen Ecolo, a pu mettre en accord ses paroles et ses actes.

  5. Depuis la guerre de 1914 qu’elle a votée, la social-démocratie n’a jamais cessé de trahir ses idéaux et ses électeurs. Et du jour au lendemain, ce serait fini ???
    La plus grosse casserole que traîne le PPE, c’est sa branche hongroise (Fidesz, Orban), mais il semble sur le point de s’en défaire. La plus grosse casserole du PSE, c’est sa branche roumaine, corrompue jusqu’à la moelle, mais le PSE ne fait pas mine de s’en défaire.
    D’autre part, on n’écrit pas « quand à », mais « quant à » – juste un exemple de plus du fait que Sauvons l’Europe aurait un besoin urgent d’un correcteur digne de ce nom. A défaut, tout ordinateur a un correcteur d’orthographe, et il n’est pas inutile de s’en servir …

  6. Les commentaires montrent le peu de crédibilité de ce manifeste : confiance à reconstruire, la corruption roumaine, les incapacités passées à peser sur certains sujets comme la fiscalité ou la fraude , l’absence de clarté comme le Brexit….. ce manifeste enferme dans des partis plutôt qu’essayer d’elargir Autour d’ambitions

  7. Cette déclaration est pitoyable : nous n’avons rien fait quand on avait le pouvoir, mais maintenant qu’on est complètement minoritaires, regardez nos déclarations…
    En plus, vu la débâcle qui s’annonce, une bonne partie des PSE vont trouver du charme au PPE, on a déjà vu la pièce.
    C’est désespérant, quand on est pour une autre Europe, de voir que tout ce que la prétendue gauche réussit à faire c’est pousser les gens vers la sortie de l’Europe. Le seul argument qui va vous rester c’est d’éviter une cata genre Brexit. Bonjour l’idéal !

  8. Encore un socialo …versus hollande et consort….qui essaie de nous la faire à l’envers….je réviserai mon vote quand Jaurès sera de retour.

  9. PES ou PSE : des voeux pieux quand ils ne sont pas au pouvoir et sinon aucune différence notable avec le PPE mis à part la sémantique. Les européens attendent ou attendaient des actes. Ils n’en ont pas vu et n’en voient pas non plus actuellement.
    Aujourd’hui alors que nous sommes bientôt rendus à devoir survivre à un environnement qui devient de plus en plus instable, voire qui deviendra prochainement hostile, tout parti qui leur parlerait de « croissance économique » se décrédibilisera ipso facto.

  10. Bonjour à tous, eh bien le moins que l’on puisse lire, c’est que la confiance règne!
    Sûr que si l’on regarde le passé….
    Quand comprendrez-vous messieurs les Politiques Professionnels (ou assimilés) que l’on a soupé des mirifiques listes de propositions non tenues, et que la sauce ne prend plus?

    Ce que veut le peuple c’est pouvoir récuser celui qui ne tiendra pas promesse (cela se fera par la prise en compte du vote blanc.) Donc un seul programme, plutôt que vos fadaises habituelles : mise en place de moyens d’évaluations efficaces.
    Parie que le jour où il y aura des comptes à rendre, les candidats vont y réfléchir à deux fois ?

    Nous ne sommes plus en Démocratie, mais en Démagogie: le meilleur camelot remporte la mise. C’est bien pitoyable…

  11. Décidemment , j’aime bien « Sauvons l’Europe », et les échanges que provoquent les éditoriaux , ici celui de Sébastien Poupon ! un regret toutefois : se manifestent surtout les avis opposés …….et les « partisans » du texte présenté sont souvent plus que discrets, et c’est bien dommage, à mon avis.
    Il est fréquemment fait appel à des périodes historiques, mais de façon forcément un peu sommaire , incomplète ou exagérément sévère ou partiale.. La social-démocratie est un grand mouvement qui a permis la mise en oeuvre d’une politique relativement équilibrée dans de nombreux pays, européens en particulier, entre production et redistribution, et la prise en compte des problèmes environnementaux a été actée depuis maintenant une trentaine d’année. Les pays dans lesquels la social-démocratie a été majoritaire sont toujours les plus avancés et ceux dans lesquels le mouvement communiste a été dominant ont connu plus de difficulté. En France, par exemple, il a fallu des moments particulier pour que se créent des coalitions permettant un progrès social significatif : le Front Populaire, la libération, la gauche au pouvoir en 1981. Entretemps, les divergences ne permettaient pas une politique unitaire, d’où des coalitions de centre-gauche/centre droit, , de type « 3éme force », qui ont , certes, affadis la vulgate révolutionnaire et amené la social-démocratie vers un réformisme de gouvernement, mais ont eu le mérite de créer un seuil de protection social qui a influencé le peuple français, très attaché à la protection sociale, et a empêché jusqu’à présent la droite libérale de mettre en pratique des politiques libérales outrancières de types thatcheriennes ou réganniennes.
    C’est bien à partir de ce socle de solidarité sociale et d’écologie environnementale que le P.S.E. propose aujourd’hui un programme aux différents peuples de notre continent.
    Les différents commentaires négatifs que j’ai lus ci-dessus ne mentionnent pas du tout la recherche d’un accord possible, alors que les partis qui se qualifient de « plus à gauche », ne peuvent pas, je pense, à eux seuls constituer au sein de l’Europe une majorité de progrès et stérilisent toute possibilité politique de constituer une majorité en Europe…..et en France, pour les années à venir. De la discussion ouverte , tolérante, non dogmatique, , de la confrontation raisonnée et raisonnable peuvent surgir des opportunités de gouvernement…..et je conclurai ce trop long propos en me félicitant du fait que notre social-démocratie ne pratique pas ou peu l’anathème ou l’injure envers les autres forces politiques, ce qui laisse les portes ouvertes pour les regroupements ultérieurs, dans le respect des militants, des électeurs, des citoyens. Cordialement à toutes et tous. Marc Domec, « vieux » social-démocrate et « vieux  » partisan d’une Europe qui protège ses citoyens ……et la Planète tout entière. m.domec@orange.fr

    1. On peut craindre que, comme ce fut le cas de beaucoup de « nonistes » en 2005, les critiques que vous relevez émanent surtout de commentateurs qui n’ont pas lu le manifeste. Ce serait pourtant la moindre des choses pour éviter que la réaction des tripes l’emporte sur celle de la matière grise combinée au regard du coeur (même si certains estiment que la gauche n’en a pas le monopole).

      Ces précisions anatomiques étant formulées, une autre observation tirée de la simple expérience mériterait d’être évoquée pour expliquer la prédominance des remarques négatives: à savoir qu’il est plus aisé – voire plus rapide – de démolir une construction que de la réaliser graduellement, pierre après pierre, avec une truelle et un fil à plomb.

      Enfin, je suis toujours perplexe en présence de commentaires qui – sans doute au nom d ‘une légitime impatience – semblent privilégier le temps court d’une culture en serre par rapport à la lente maturation (j’allais écrire: « naturation ») d’une production plus biologique. Ainsi, certains semis engagés sous la présidence de François Hollande (en tandem avec un ministre de l’ Economie … plus tard appelé à d’autres fonctions) n’ont-ils pas produit des fruits bien après le « recul » pris par le semeur ? Même de nos jours, « laisser du temps au temps » reste un sage précepte.

      1. Bravo pour la lecture du manifeste, mais n’est-ce pas la matière grise qui nous fait apprécier les faits concrets par rapport au manifeste. Et surtout ne parlez pas de 2005 et son référendum sur l’europe qui, malgrès le refus de son contenu par la majorité des français (des votants) alors qu’ils souhataient l’Europe, a été balayé par les sois-disant représentants de ces mêmes Français pour adopter son contenu.
        Je pense que depuis 1981 on a laissé le temps au temps pour voir le resultat d’aujourdh’ui de la politique sociale démocrate qui est devenue comme on dit sociale liberale (néo)
        Certains pensent avec leur tripes, d’autres avec leur tête, mais qui serait qui, et de toutes façons quel mépris dans cette expression.

        1. Privilégier la tête et le coeur sur les tripes, siège de la « pensée » des extrêmes, c’est du mépris ?

          Quant aux résultats de 2005, évitons le « réductionnisme », qui ne prend pas en compte la complexité des motivations à l’origine de ces résultats.
          Heureusement qu’avec le recul de sérieuses analyses nuancent quelque peu les interprétations unilatéralistes !

          1. Ce qui est du mépris c’est d’estimer que ceux qui ne sont pas d’accord avec soi pensent avec leur tripes.

  12. (réponse complémentaire à Franck Capmarty)

    N’avez-vous jamais entendu parler d’un personnage biblique qui, décrit comme « doux et humble de coeur », n’a pas hésité à nouer des cordes pour chasser les marchands du Temple ? Toute proportion gardée, c’est un combat que l’on peut poursuivre pour dénoncer, aujourd’hui aussi, les « scribes et pharisiens hypocrites » que stigmatisait ce personnage ô combien tolérant !

    1. Gérard Vernier, vous avez certainement raison dans vos différentes interventions et je trouve les commentaires négatifs très injustes pour l’auteur de l’article du début qui est jeune et on le sent bien plein d’enthousiasme… J’aimerais croire encore qu’il serait possible de faire bouger la majorité de Stasbourg dans un sens plus social… hélas je crains beaucoup que ce ne soit que voeu pieux…

      1. Chère Danielle Foucault,

        Les méandres d’une informatique que parfois je maîtrise mal sont peut-être source d’un malentendu: il va de soi que le « petit commentaire complémentaire » figurant ci-dessous s’adressait, bien entendu, à Franck Capmarty et non à vous. En effet, j’apprécie de vous lire, car c’est bien tout votre coeur qui s’exprime autant dans votre foi en l’Europe que dans les regrets que vous exprimez parfois quant à son fonctionnement ou aux lenteurs de ses réalisations.

        A ce sujet, je me permets de renchérir sur la nécessité de laisser du temps au temps, en me remémorant au sujet de François Hollande un psaume – même si évoquer un psaume au sujet de notre ancien président de la République ne va peut-être pas de soi – dont un passage est ainsi conçu:

        « Il s’en va, il s’en va en pleurant,
        il porte la semence.
        Il s’en vient, il s’en vient en chantant,
        il rapporte les gerbes. »

        On pourrait ajouter que, dans cette évocation, une autre sagesse de l’Ecriture transparaît en filigrane: le soin qu’aura mis le semeur à séparer le bon grain de l’ivraie au moment opportun, afin de ne pas compromettre hâtivement la maturation de la récolte à préserver.

        Au vu de ces références quelque peu « orientées », dois-je signer « Révérend Père Vernier » ?

        1. Je l’avais bien compris, cher ami, et merci pour le poème, car séprer le bon grain de l’ivraie devient en ces temps qui courent chose ardue.
          bien à vous Danielle

    2. (petit commentaire complémentaire). Vous avez raison: penser avec les tripes, ce n’est plus vraiment « penser »… ou alors il faudrait admettre que la connotation « panse » serait plus appropriée en l’occurrence.

      D’un autre côté, je tiens à vous rassurer: plus généralement et fort heureusement, j’ai beaucoup de respect à l’égard de celles et ceux qui ne pensent pas comme moi. Je dois, du reste, humblement reconnaître que la culture du dialogue que l’on développe patiemment au sein des institutions européennes a représenté une très bonne école de tolérance sur ce chemin parfois, sinon souvent, escarpé.

      Cela dit, j’estime qu’il faut rester intraitable lorsque le « fakisme » (de l’anglais « fake ») constitue la substance-même d’une opinion. C’est notamment la raison pour laquelle mon sujet de préoccupation essentiel demeure l’ex-Front national. A ce propos,on peut se demander si, plus ou moins consciemment, Mme Le Pen ne s’est pas dégagé le « front » au profit d’une appellation piégeuse, dans la mesure où le terme « rassemblement » conjugue les verbes « rassembler » et « mentir »…

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