Léon invite l’Europe des valeurs à la créativité

Voilà juste une semaine, l’américain Léon XIV choisissait, parmi tant d’options possibles, de clôturer sa visite apostolique à Metz. Un choix pour honorer les terres de l’européen Robert Schuman, enterré à Scy-Chazelles, sur les coteaux mosellans du pays messin. Terres lorraines ensanglantées par de tant de conflits européens, depuis le partage de Verdun… mais terre ayant retrouvé la paix depuis le miracle politique du 9 mai 1950.

Miracle muri au cours d’un week-end d’avril 1950, quand Robert Schuman décida d’assumer politiquement le contenu des quelques feuillets glissés par le complice Jean Monnet quelques jours auparavant.

Que retenir de l’exercice européen papal qui pourrait inspirer les uns et les autres… voire même le PPE :

  • D’abord, le pape Léon s’est adressé à l’Europe alors que celle-ci « se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyant les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère ».
  • Face à cela, aux antipodes de toute tentation pour quelque « préférence nationale », « il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. » Dans cet esprit, le souverain pontife a affirmé que « l’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié ». Invitant ainsi ses auditeurs à « remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile », jusqu’aux traités européens, gardiens modernes des « valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit ».
  • Très concrètement, alors même que « les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares » et que « la valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie », le pape a invité les Européens à retrouver la créativité et l’innovation qui depuis toujours leur ont permis de traverser crises et défis de civilisation, en fidélité avec leurs valeurs.
  • Par exemple, de citer, à l’aube de l’ère chrétienne, l’œuvre fondatrice de Saint Benoit qualifié par son prédécesseur Paul VI de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». Le pape de détailler ainsi l’œuvre monastique en son temps comme un vecteur d’innovation, d’action sociale, d’avancée industrielle ayant marqué l’aménagement du territoire européen en matérialisant ses valeurs.

  • Naturellement, de citer Robert Schuman: « Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale… La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres ».
  • Aujourd’hui, pour Léon l’américain, « l’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que de s’affronter par les armes ». Alors que les bruits de bottes et de guerre parcourent l’Europe et le monde, il n’a pas hésité à paraphraser l’ermite de Scy-Chazelles : « la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ».

Crédits photos et vidéo : Henri Lastenouse

Henri Lastenouse
Henri Lastenouse
Vice-Président de Sauvons l'Europe

Soutenez notre action !

Sauvons l'Europe doit son indépendance éditoriale à un site Internet sans publicité et grâce à l’implication de ses rédacteurs bénévoles. Cette liberté a un coût, notamment pour les frais de gestion du site. En parallèle d’une adhésion à notre association, il est possible d’effectuer un don. Chaque euro compte pour défendre une vision europrogressiste !

Articles du même auteur

3 Commentaires

  1. L’Europe catholique, celle qui ignore la lutte des classes, celle qui conteste le droit à l’IVG et combat l’euthanasie, cette Europe-là n’est décidément pas la mienne.

  2. @Yves Herlemont
    M’inspirant d’un fragment du Nouveau Testament passé dans le domaine des expressions familières, je me garderai bien de vous jeter une pierre malvenue en regard de ce que vous écrivez… de bonne foi (si je puis dire).
    On peut en effet très bien comprendre un cri du cœur que vous exprimez à la lumière de valeurs, voire d’un vécu, qui caractérisent vos engagements personnels. Aussi, libre à vous de mettre en évidence la distance que peut vous inspirer ce que vous appelez une « Europe catholique » promotrice de certaines positions dogmatiques.
    Ce concept mériterait, au demeurant, d’être quelque peu explicité, à défaut d’être relativisé. On ne peut, en tout cas, ignorer le mouvement de sécularisation qui a progressivement imprégné l’évolution du continent tout au long de son histoire. Permettez-moi de vous renvoyer aux pages que Patrice Obert (lui aussi commentateur régulier sur le présent site) et moi avons consacrées à ce phénomène dans notre ouvrage sur « L’Europe et ses défis » (L’Harmattan 2024).
    De même, il n’est pas sûr – je me permets de le présumer au nom d’une connaissance approfondie du personnage qu’a incarné l’ancien président de la Commission – que l’Europe que vous dénoncez ait été celle de Jacques Delors, considéré comme un chrétien social convaincu.
    Il n’est peut-être pas insignifiant, en outre, de souligner que le choix de l’appellation « Léon » par le nouveau souverain pontife est à rapprocher de celle d’un de ses prédécesseurs, le treizième du nom, qui contribua à jeter les bases d’une doctrine sociale de l’Eglise dans une encyclique (Rerum novarum) écrite (1891) en pleine révolution industrielle pour défendre le monde ouvrier.
    Remarque incidente qui ne saurait en aucun cas ternir la considération que je porte à mes amis protestants : que dire de la montée de plus en plus ostensible des « Evangéliques » – un courant du christianisme protestant classé résolument conservateur – de l’autre côté de l’Atlantique, comme viennent de l’illustrer les résultats du premier tour des élections présidentielles au Brésil ?

  3. (post-scriptum) J’ai cru deviner que, dans son article, Henri Lastenouse a souhaité adresser un clin d’œil malicieux à Amin Maalouf en recourant à la qualification de « Léon l’américain »: un écho sympathique au titre « Léon l’africain » que l’auteur franco-libanais a donné à une autobiographie imaginaire prêtée à un ambassadeur maghrébin du 16ème siècle. Ce dernier avait lui-même été offert pour ainsi dire « en cadeau » à un certain… Léon X, considéré comme un pape ayant marqué la Renaissance de son empreinte.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

A lire également