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Echec et mat pour le Trump slovène

Les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas en ce qui concerne la droite populiste en Europe. Début avril, nous assistions au triomphe de Viktor Orban qui obtenait de manière surprenante une nouvelle majorité  qualifiée, allant même jusqu’à remporter davantage de sièges qu’en 2018. La situation était d’autant moins réjouissante que les sondages promettaient alors un destin similaire à son alter ego slovène, le Premier Ministre Janez Jansa. Or, la surprise aura cette fois frappé dans le bon sens, débarrassant les Slovènes et l’ensemble de l’Union Européenne de ce dangereux trublion.

Les points communs entre Orban et Jansa sont nombreux. Comme son homologue Hongrois, Jansa a effectué plusieurs mandats non consécutifs au poste de Premier Ministre, passant d’un libéral conservateur bon teint – mais néanmoins condamné en première instance pour corruption, peine cependant annulée en Cassation – lors de ses débuts à un chantre de l’illibéralisme populiste depuis son retour. Lui aussi aura attaqué violemment les journalistes, tenté de rogner les prérogatives du pouvoir judicaire (avec, il est vrai, un peu moins de réussite), promu un agenda politique de plus en plus xénophobe et développé des obsessions semblables notamment concernant George Soros. Il est vrai qu’une césure récente s’était dressée entre les deux dirigeants du fait du soutien de Jansa à Zelensky mais il ne faut pas se leurrer: celui-ci était purement opportuniste et visait à masquer une proximité devenue un peu trop encombrante avec Poutine. Autre point fort peu recommandable: Janez Jansa fut un grand admirateur de Donald Trump, allant jusqu’à devenir le seul dirigeant occidental à donner du crédit aux accusations de fraudes électorales portées par l’ex Président Américain en 2020.

Malgré tout, la défaite de Jansa est un peu en trompe l’œil puisque le Premier Ministre sortant pourra toujours se prévaloir du fait d’avoir obtenu 2 sièges de plus par rapport à 2018 et que l’origine de son éviction du pouvoir tient surtout dans le déclin de ses alliés du Pos qui ont perdu leurs 10 sièges. Mais il n’en demeure pas moins que c’est en réalité la formation de Jansa, le SDS, qui a siphonné le vote de ses partenaires dans un contexte extrêmement polarisé et que si son bloc gouvernemental perd un nombre important de sièges au final, c’est bien parce qu’il a perdu son duel quasi présidentiel face au leader du Mouvement pour la Liberté Robert Goloub qui devrait devenir Premier Ministre dans les jours à venir.

L’ascension météorique de ce parti et de son chef aura d’ailleurs constitué le principal évènement de cette élection parlementaire. En effet, personne ne s’attendait réellement à ce que cet entrepreneur  récemment entré en politique ne devienne le nouveau Premier Ministre du pays. En réalité, les choses étaient assez simples: l’impopularité de Jansa était majeure au sein d’un segment non négligeable de la population mais, comme dans finalement un certain nombre de pays, la confiance de la population envers la classe politique traditionnelle a fortement décliné et aucune alternative véritablement évidente ne parvenait à émerger. Aussi, dès son apparition, ce nouveau parti plutôt centriste aux valeurs assez consensuelles alliant européanisme, renforcement de la démocratie et lutte contre la corruption à un volet écologiste étendu connaissait un « momentum » qui n’a fait que se renforcer durant la campagne électorale. Il est à noter que la participation a été relativement importante – près de 70% – et que les nombreux indécis ont finalement convergé vers le Mouvement pour la Liberté, ce qui était inévitable au vu de la configuration de duel avec le Premier Ministre sortant.

Il restera maintenant à ce mouvement jeune et à son leader inexpérimenté à transformer un engouement rapide dans un contexte de vote utile en une adhésion plus franche sur le long terme. Il est probable que Goloub choisira de gouverner avec les Sociaux Démocrates, l’un des partis victimes de la désertion d’une partie de ses électeurs vers le Mouvement pour la liberté dans le but de déloger Jansa. Une telle coalition serait sans doute la meilleure possible pour replacer la Slovénie au cœur de l’Europe après plusieurs années de dérive populiste.

Un fait néanmoins très regrettable doit cependant être mis en lumière: contrairement à ce qui s’est passé avec le Fidesz, le SDS n’a pas été exclu du PPE malgré des controverses assez semblables à celles ayant touché le parti Hongrois. Pire encore, le leader du groupe PPE à Strasbourg, Manfred Weber, a fait partie des personnalités ayant ouvertement soutenu Jansa durant cette séquence électorale. Ceci n’est pas anecdotique et pose problème concernant la sincérité de l’attachement de ce parti aux valeurs communes que nous devrions tous défendre et qui ne sont pas négociables.

Sébastien Poupon

Sébastien est membre du conseil d'administration de Sauvons l'Europe où il est chargé de l'analyse politique.

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3 Commentaires

  1. Comme dirait bidule c’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui…
    Tous les mensonges sont permis pour accéder au pouvoir… Cela devrait même être considéré comme un délit, en tout cas il me semble… comme il me semble que nos fragiles démocraties ont bien souffert ces derniers temps du souffle de calomnies, de mensonges et d’hypocrisie qui s’est propagé de partout…
    Que ce soit Trump ou Poutine, y a t’il réellement une différence ? Le mensonge reste le mensonge… et bien souvent derrière ce mensonge un plan secret, une culture du secret souvent néfaste pour le bien de l’humanité mais profitable pour certains. Ceux là se moquent bien des geheimnichstragers…
    Ce poison toxique est le pire des fléaux puisqu’il permet le renversement des valeurs accusant la victime d’être l’assassin ou le violé, le violeur… c’est une oblitération de la pensée, une inculturation que l’on institue dans les esprits pour mieux les annihiler… C’est du nihilisme à l’état pur… On connaît la suite… Après Rousseau et Voltaire, l’idéalisme allemand avec Fichte, Kant, shelling, Hegel, puis Nietzsche… puis Hitler.
    On prend les mêmes et on recommence mais l’histoire, certains ne l’ont pas oublié… « Plus jamais ça » peut on lire sur SLE… Cela pourrait bien être cynique, mais non… c’est pervers. C’est pire.
    Le Nihiliste ne croit pas en ce qui est… Peut être le surhomme devrait t’il visiter un camp de concentration et laisser là sa macération intellectuelle… Le Cynisme quand il n’est pas mauvais ou morsure de chien méchant, apporte de la lumière…
    Il aura fallu que l’environnement des hommes soit bien hostile pour créer ces courants de la philosophie qui peuvent apparaître comme des mécanismes de défense et pour au final s’entendre dire… « Plus jamais ça »
    Parce que « ça » quand ça arrive, Freud ou Stephen King pourront vous en parler… Tout le Monde prie et tout le Monde pleure pour que « ça » s’arrête.
    La bête est en nous. Comptons sur l’intelligence et le coeur des hommes. Toujours.
    Amitiés à bidule.

    1. Valeri Guerassimov aurait été blessé par du schrapnel……
      Comment, il n’est même pas mort au front ?
      Refoutez moi cette daube sur le champ de bataille…
      Ah les menteurs… il est en train de se taper des putes et de la coke a Dubaï…
      Mon Dieu la débandade…
      Et derrière ce foutage de gueule généralisé… des innocents…. qui meurent…

      1. Entre les néonazis d’Ukraine et les néonazis de Russie mon coeur balance…
        Néonazis de tout pays, unissez vous !
        N’importe quoi…
        La parole fait l’homme puisque la parole est l’homme… Tout comme son écrit…
        Effectivement…
        Massacrer une population qui n’aspire qu’à la liberté en l’accusant d’être nazi… y a t’il un mot sur Terre pour qualifier « ça » ?
        Ah oui… Perversion…
        Putin… Putain… Perversion quoi…
        Tu prends un mot… et tu lui fait dire l’inverse…
        Fils de putes de menteurs en russe ça se dit comment ? et je peux même te l’écrire…

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