Avec un peu de recul, la chute du mur de Berlin en 1989 semble bien être l’évènement le plus comparable à ce qui s’est déroulé à Ceuta fin juillet, tant au niveau des faits eux-mêmes que de leur genèse : un concours de circonstances, voulues et organisées par personne, qui conduit à un évènement géopolitique majeur de nature à modifier la trajectoire de l’Europe.
Pourtant leurs suites risquent fort d’être diamétralement opposées : réunification pacifique du continent dans un contexte d’extension rapide de la démocratie d’un côté, renforcement du mur qui divisait déjà les deux rives de la Méditerranée et accélération du basculement de l’Europe vers la xénophobie et l’autoritarisme, de l’autre. Mais, heureusement, le pire n’est jamais sûr.
La chute du mur de Berlin : un concours de circonstances
Il y a presque quarante ans maintenant, le 9 novembre 1989, Günter Schabowski, alors secrétaire du Comité Central du Parti Communiste d’Allemagne de l’Est en charge des médias, annonce par erreur au cours d’une conférence de presse la levée immédiate des conditions limitant les voyages à l’étranger des Allemands de l’Est. Dans la nuit des dizaines de milliers d’entre eux se précipitent vers les points de passage entre les secteurs ouest et est de Berlin, strictement divisés par un mur depuis août 1961. Les gardes-frontières est-allemands, débordés, finissent par laisser passer le flot en l’absence de consignes officielles. Le mur de Berlin était tombé, la RDA allait suivre quelques mois plus tard ainsi que tout le bloc de l’Est et finalement l’URSS elle-même, qui sera dissoute fin 1991.
Cet évènement inattendu, avait sidéré les Européens comme celui de Ceuta il y a quelques jours. Il n’avait été préparé et voulu par personne, même si bien sûr il s’inscrivait dans l’histoire longue de l’ébranlement progressif de la RDA et du bloc de l’Est. Il a pourtant changé le cours de l’histoire européenne.
Ceuta, le contre-coup de la Fête du Trône ?
Il en va probablement de même pour les évènements de Ceuta. A leur point de départ on trouve un arrêt de la cour suprême espagnole du 29 juin dernier interdisant les push backs, le refoulement immédiat sans examen de leur situation, des réfugiés arrivés par la mer à Ceuta. Cette décision est répercutée et amplifiée sur les réseaux sociaux marocains suscitant un espoir disproportionné au sein d’une jeunesse sans perspective. A la fin du mois de juillet, les forces de l’ordre marocaines, ordinairement placées en masse autour de Ceuta, sont mobilisées pour la Fête du Trône, qui marque l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir du roi Mohammed VI chaque 30 et 31 juillet, jours fériés au Maroc. Cette cérémonie ne se tient pas en effet à Rabat, la capitale, mais à M’diq et Tétouan, à quelques 25 kilomètres seulement de Ceuta, rassemblant le ban et l’arrière-ban de tout ce qui compte dans le Royaume. Tandis qu’une part importante de la jeunesse marocaine se pressait elle aussi du fait des jours fériés sur les plages réputées qui voisinent l’enclave espagnole.
Ce concours de circonstances a déclenché le mouvement de foules auquel nous avons assisté. Les forces de l’ordre marocaines peu nombreuses et débordées laissent passer. L’Etat marocain ne prend aucune mesure d’urgence : pas question en effet de déranger le roi et l’establishment marocain pendant la Fête du Trône qui doit se poursuivre sans perturbation.
Une manipulation improbable
On a beaucoup spéculé sur la possibilité que le gouvernement marocain ait incité les jeunes marocains à passer à Ceuta pour punir l’Espagne après la visite de Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol, chez le frère ennemi algérien le 20 juillet dernier. En 2021, les autorités marocaines avaient en effet revendiqué d’avoir facilité un évènement du même type quand l’Espagne avait accueilli un dirigeant du Polisario malade dans un des hôpitaux du pays. Mais le dommage causé au Maroc et ailleurs à l’image du roi Mohammed VI le jour même de la Fête du Trône rend une telle hypothèse très improbable.
On a évoqué également la possibilité d’ingérences américaine ou israélienne, pays désireux de se venger de Pedro Sanchez, le chef de gouvernement le plus hostile à la politique de Benyamin Netanyahou et Donald Trump au Moyen Orient au sein de l’UE. Ils ont indéniablement tiré profit des difficultés que celui-ci a rencontrées tant en Espagne qu’ailleurs en Europe suite à l’invasion de Ceuta. Mais rien n’atteste d’une telle ingérence pour l’instant et elle ne parait pas indispensable pour expliquer les faits.
La cause la plus probable des évènements de Ceuta semble bien être, comme pour le 9 novembre 1989, un concours de circonstances même si celles-ci s’inscrivent bien sûr elles aussi dans l’histoire longue de la profonde crise sociale marocaine avec une jeunesse nombreuse, éduquée mais privée de perspectives, et des tensions croissantes que suscite de l’autre côté de la Méditerranée la politique migratoire de « forteresse Europe » voulue par les dirigeants de l’UE.
Contrairement au mur de Berlin, celui de Ceuta a été construit par des gens qui se disent démocrates
Les similarités entre Ceuta et Berlin s’arrêtent là cependant. Le mur de Berlin avait été construit par une dictature communiste à la solde de l’occupant russe. Celui de Ceuta, même s’il ressemble beaucoup techniquement au rideau de fer de sinistre mémoire, c’est par nous Européens de l’Ouest, censés être des démocrates et des humanistes convaincus, qu’il a été dressé.
Autant les Allemands de l’Est étaient attendus et espérés depuis des décennies à Berlin et en Allemagne de l’Ouest, autant les jeunes marocains sont rejetés a priori sans appel par une majorité d’Européens comme leurs frères et sœurs originaires du reste de l’Afrique. Alors pourtant que leur mode de vie, le coût de leur travail et leur niveau d’éducation ne diffère guère plus en réalité du notre que celui des Européens de l’Est après la chute du mur.
La réunification de l’Europe jusqu’aux frontières de la Russie avait semblé un projet naturel que les Européens de l’Ouest ont adopté sans difficultés bien que cette Europe unifiée n’ait en pratique jamais existé dans le passé en dehors des empires éphémères que personne ne regrette de Napoléon Bonaparte et d’Adolf Hitler.
Tout rapprochement avec l’autre rive de la Méditerranée est perçu comme une menace existentielle
Alors que la mer Méditerranée a lié depuis des millénaires les peuples qui occupent ses rives, toute idée de rapprochement avec l’autre rive apparait a contrario aujourd’hui à une majorité des habitants de l’Union Européenne comme une menace existentielle beaucoup plus grave encore que celles que peuvent faire peser sur l’Europe Vladimir Poutine et Donald Trump.
Au point que les Européens apportent de plus en plus leurs voix en France et ailleurs à une extrême-droite raciste et xénophobe qui admire ces autocrates et souhaite se joindre à eux pour combattre toutes celles et tous ceux qui n’ont pas une peau suffisamment blanche. Alors pourtant que, pour échapper à la tenaille de Trump et de Poutine, l’avenir de l’Europe démocratique et humaniste dépendra pour une part substantielle de sa capacité à trouver de nouveaux alliés au Sud de la Méditerranée.
Bien qu’elle n’ait eu en réalité aucune incidence sur les entrées de migrants sur le continent européen, il est donc à redouter que l’affaire de Ceuta, à l’inverse de la chute du mur de Berlin, n’accélère le repli de l’Europe sur elle-même, n’accentue la dérive xénophobe et raciste qui y est déjà à l’œuvre, et ne pousse davantage encore les Européens à accepter de renoncer à leur démocratie et à leurs libertés.
Le pire n’est pas toujours sûr cependant : c’est aux Françaises et aux Français que reviendra en particulier la lourde responsabilité de choisir de porter ou non un coup d’arrêt décisif à cette dérive mortifère l’an prochain.



J’ai lu. La comparaison est très spéculative et « acrobatique ». Pour ne prendre qu’un élément : des deux cotés du mur de Berlin, on était allemand, parfois d’une même famille. À Ceuta ? Le texte est guidé par une intention moralisatrice sans doute généreuse —attention à l’extrême droite et à l’autoritarisme— qui biaise l’interprétation des événements. Ce n’est bien sûr que mon avis !
Attention : mes amis marocains me parlent d’une très forte action de communication sur les réseaux de leurs voisins algériens. Par ailleurs, pourquoi accueillir sans règles de notre part un afflux sans réserve de personnes pour lesquelles nous devons vérifier la volonté de s’intégrer : langue, volonté de travailler, acceptation de se faire soigner dans hôpitaux publics par un médecin de l’autres sexe, apprentissage et acceptation des valeurs républicaines et laïques etc… bref, ce qui fait une Nation.
Toute comparaison historique est exposée à une interprétation qui, par définition, est contestable. C’est le cas ici.
En amont du 9 novembre, la RDA était secouée par une vague de manifestants qui avait remis en cause le régime de Berlin-Est. Honecker fut par exemple contraint à la démission avant la chute du Mur de Berlin. Bien que contesté, notamment par la jeunesse, le régime marocain est bel et et bien en place à Rabat. Bref, il ne faut pas tirer là de conclusions trop hâtives, d’autant que le 9 novembre 1989 fut le prélude de l’unification allemande, alors que les événements de Ceuta ne contribuent en aucune façon à unifier l’Europe, bien au contraire !
Quel rapport, franchement ?
Comment voulez-vous être crédile en faisant ce genre de, pour le coup, propagande naïve…
…crédible…
La forteresse Europe ne protègera pas la France contre les sécheresses, les inondations, les incendies de forêts, les canicules, l’étiolement des terres agricoles et des nappes phréatique et l’ascension du fascisme.
Avec la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, la reconnaissance faciale de plus en plus présente et ses centres de rétention administrative, le gouvernement français semble se diriger vers une combinaison d’ICE et de surveillance généralisée à la chinoise.
Si ces tendances se confirment, on peut se consoler en se disant que la France aura de moins en moins d’attrait pour les candidats à la migration : hyperthermie en été (canicules), hypothermie en hiver (coût du chauffage), coût du loyer et sous-alimentation toute l’année (de plus en plus de Français survivent grâce aux banques alimentaires), autoritarisme, chômage endémique et bientôt la soif.
Le problème qui se posera alors : qui va faire les boulots que les Français ne veulent pas faire (éboueurs,…) ?
Bonjour.
Tous ces évènements parce qu’il n’y a pas de gouvernement européen, quand allons nous arriver à le comprendre ?
De nombreux articles sur ce sujet ont été écrits récemment, merci à leurs auteurs.
Nous sommes dirigés par une classe politique défaillante, incompétente, qui n’anticipe pas, qui ne se bat pas pour imposer ce merveilleux projet .
Si, elle se bat pour préserver ses avantages au détriment de tous les européens qui veulent une nation européenne.
Je rajouterai, il y a t’il un pilote dans l’avion ?
Alors c’est amusant car c’est justement la question que je me suis posé il y a 3 jours en lisant qu’à compter du 12 Aout (hier) une nouvelle législation européenne rentrait en vigueur concernant les emballages et la taxation des petits colis (le fameux projet pour contrecarrer Temu et autres géants du E-Commerce noyant l’UE).
Problème : Cette législation fut un peu mal pensée. Ainsi Il est dorénavant exigé pour n’importe quel commerçant ou distributeur en ligne de disposer de représentants légaux dans tous les pays Européens pour avoir droit de commercer dans les pays concernés (le tout en s’acquitant de frais annuels assez élevés).
Si Amazon ou Temu ont les moyens financiers de se mettre en règle, ce n’est pas le cas des PME ou des Indépendants, et comble du luxe ! Cela concerne autant les boites et indépendants internationaux mais aussi européens. Ce qui signifie que cette législation vient de fragmenter le commerce en ligne européen vient de se fragmenter et se renationaliser (Un nouveau recul du marché unique).
Le Parlement et la Commission se sont rendus compte de leur erreur (alors que les experts pointaient ce problème avant le vote officiel) mais trop tard, impossible de trouver de consensus avec les Etats Membres avant la date butoir.
Donc oui y a t’il un pilote dans l’avion ?
En découvrant ce parallèle esquissé entre le mur de Berlin et une situation qui affecte la rive sud de la Méditerranée, je n’ai pu m’empêcher de raviver un souvenir lié à l’histoire : à savoir qu’en 1884-1885 la capitale de l’ « Empire de la Prusse » avait abrité une conférence au cours de laquelle les principales puissances coloniales européennes s’étaient concertées en vue d’un partage du continent africain… une entreprise de nature à édifier ce qu’avec le recul on pourrait qualifier de « cloisons » de Berlin.
Plus près de nous, si l’afflux de candidats à l’expatriation a marqué les esprits en ce mois d’août caniculaire, on ne peut méconnaître qu’un précédent de même nature était advenu dans la nuit du 16 au 17 mai 2021 à la suite d’une ouverture temporaire de la frontière marocaine délibérément orchestrée par les autorités de Rabat – non sans lien, entre autres, avec la revendication de ces dernières au sujet du Sahara occidental.
Pour ce qui est de la situation par rapport à l’UE, on notera que Ceuta – comme, du reste, Melilla, une autre enclave espagnole sur la côte marocaine – est présentée comme une « ville autonome », mais entièrement sous la souveraineté de Madrid. Ce statut coexiste ainsi avec celui des 17 « communautés autonomes » dotées d’un Premier ministre (Presidente del Gobierno) et d’un Parlement, à l’image de l’Andalousie ou de la Catalogne. Ce statut ne saurait en outre être confondu avec celui des « régions ultrapériphériques » (RUP) de l’UE gouvernant les départements français d’outre-mer ainsi que les Canaries rattachées à l’Espagne, de même que les Açores et Madère rattachées au Portugal. Il se distingue également de celui des « pays et territoires d’outre-mer » (PTOM) disposant d’une certaine autonomie tout en étant liés à un Etat membre de l’UE, comme le sont, par exemple, la Nouvelle Calédonie ou la Polynésie française vis-à-vis de la France ou le Groenland vis-à-vis du Danemark – autonomie justifiant un régime spécifique d’ « association » régi par un règlement européen ad hoc.
Pour l’anecdote, on mentionnera que, dans sa jeunesse, avant de succéder à son père Hassan II sur le trône chérifien, le prince héritier qui prendra le nom de Mohamed VI avait effectué un stage à la Commission européenne en 1988…
Bonjour Mr VERNIER.
Mais sur le fond, qu’elle est votre opinion ?
En effet, comme souvent – déformation « professorale » ? – j’ai souhaité avant tout rappeler un certain nombre de FAITS liés à certaines spécificités « statutaires », en général mal connues, au sein de l’Union européenne en regard de situations géographiques particulières… qui justifient à maints égards la devise de l’UE: « Unis dans la diversité ».
Quant au fond, permettez-moi de vous renvoyer à l’article publié deux jours plus tard sur le présent site sous la signature de Javier Garcia – des propos dans lesquels je me reconnais largement… notamment en tant que fils d’immigrés ayant, dans l’entre-deux guerres, accepté, au détriment de leur santé, d’effectuer quelques « sales boulots » que méprisaient les Français dits « de souche ».
PS: en marge de mes commentaires ci-dessus, je me permets de porter à l’attention de Guillaume Duval que j’ai, pour ma part également, exercé le « sacerdoce » de rédacteur de discours (autre manière de désigner le « speechwriter »). Ce fut au service de Joao Pinheiro à l’époque où ce dernier assumait la responsabilité de commissaire au développement: une tâche assurément stimulante qui m’a permis en particulier d’aller, d’une certaine façon, à la rencontre du Parlement européen et du Conseil – voire des partenaires de l’UE à travers le réseau complexe d’institutions conjointes forgées avec les pays en développement.
Pour comparer les allemands de l’est éduqués et civilisés, avec les marocains , très portés sur le crime , avec une vision archaïque de la femme , ils faut avoir soit un vide culturel abyssal , soit être un manipulateur aux ordres de soros et consorts.
Sortez un peu de France , quasiment nulle part , vous ne trouverez un pays dont la population est remplacé à ce point , et cela avec les impôts des autochtones.
Ou est la diversité dans les pays d’Afrique , du Maghreb , elle est quasiment inexistante . Pourtant , si l’on vous écoute , ces pays devraient être considérés comme Hitlerien , puis qu’ils sont entre eux , et n’accueillent quasiment aucune diversité . Bref , vous avez un discours cassos…..