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Discours sur l’état de l’Union : une Europe qui agit… quand elle s’y résout

Ursula von der Leyen s’est livrée hier matin devant le Parlement européen à un exercice démocratique important: le discours sur l’état de l’Union qui est équivalent au discours de politique générale du premier ministre ou à l’adresse au pays du Président américain; il semble toutefois ne pas avoir recueilli un intérêt important dans nos médias.

La question posée à Ursula von der Leyen était la suivante : qu’annoncer comme politique générale pour l’année à venir alors que les élections allemandes puis françaises se succèdent en quelques mois ? Dans un discours en plusieurs langues, en français pour effleurer la question sociale, elle répond en mettant en perspective ce qui est dans les tuyaux et en restant prudente sur les nouveaux projets. La notion de souveraineté européenne, très dépendante des Etats, n’apparaît plus qu’en lien avec le projet de retour de la construction de semi-conducteurs sur le continent (et le numérique en général, mais la souveraineté sous maitrise d’œuvre de Google et Microsoft est un curieux concept). Les deux fils conducteurs du discours sont l’âme de l’Europe, sur les questions de solidarité et de droits de l’homme, et fait nouveau, une insistance sur les résultats: Pour von der Leyen, l’Europe est le continent du slogan de Nike : « Just do it ».

Le premier terrain de jeu de ces deux axes est la pandémie mondiale. Rappelant que l’Europe a du prendre le sujet à l’improviste, Ursula von der Leyen fait valoir que les résultats sont là. Nous sommes leaders en termes de vaccination : c’était un marathon, pas un sprint. Surtout, nous sommes le seul bloc géopolitique a avoir exporté la moitié de notre production, le seul à fournir des vaccins à l’Afrique et aux pays pauvres et cet effort va s’accélérer. Une nouvelle autorité européenne en charge de la prévention des crises sanitaires, l’HERA, sort un peu du chapeau.

Elle glisse à partir de là sur les sujets économiques. Habilement, elle démarre par le constat que la crise  n’a pas durablement entamé les potentiels économiques des pays parce que nous avons appris nos leçons et ne referons pas les mêmes erreurs. Elle confirme ici que les mécanismes de solidarité et de relance sont bien pérennes et ne vont pas s’évanouir dans quelques mois. Ceci lui permet d’être beaucoup moins précise sur le futur de la gouvernance économique. Tout le monde fait le constat que les règles mises en place il y’a dix ans sont inopérantes, et sans doute stupides. Mais par quoi les remplacer ? Un dégagement en touche sur la demande d’un consensus à construire entre Etats européens suffira en termes de déclaration d’intentions.

La même technique est utilisée pour le social, pourtant point fort annoncé de la présidence française. Ce thème est lié dans une belle envolée à la justice fiscale, qui fera l’objet d’une proposition de texte contre les sociétés écran pour donner un peu de substance (très mesurée sur le fond, nous y reviendrons). Le social se contentera d’une déclaration d’amour au passage, et d’un Erasmus ALMA pour les jeunes sans emploi et sans formation.

La partie sur le changement climatique n’apporte pas grande nouveauté; il est vrai que le dossier est déjà très épais entre le Green New Deal, Fit55 et la taxonomie (normes financières). Il est vrai également que le développement historique des échanges gaziers avec la Russie n’est pas forcément un élément majeur d’amélioration.

Le sujet incandescent de l’immigration est brillamment ignoré en dégageant très vite la touche sur l’Afghanistan et les crises régionales. Un mouvement d’humeur à l’égard de l’OTAN, et pour le coup des propos assez fort : Si l’on ne fait pas face à la crise se déroulant à l’étranger, la crise vient à nous. Ursula von der Leyen relance donc la proposition d’une force militaire d’action rapide, qui doit non seulement exister mais se battre effectivement sur le terrain. Pour cela, il faut créer un centre de renseignement européen, mais surtout de la volonté politique. Elle annonce un sommet sur le sujet et c’est le seul point de son discours où elle se raccroche explicitement à la présidence française et à Emmanuel Macron.

Elle termine sur la solidarité et les droits de l’homme avec une interdiction à venir des produits fabriqués avec du travail forcé en Europe (coucou la Chine) et des annonces d’actions plus fortes contre la corruption et pour le respect de l’Etat de droit en Europe même (coucou la Hongrie et la Pologne). Ceci lui permet d’achever son discours sur des thèmes assez consensuels au sein du Parlement européen et sur lesquels il est en ce moment à l’initiative. C’est bienvenu car il était fort grognon d’avoir été tenu éloigné de la gestion de la pandémie et de la mise en place des plans de relance vantés en tout début de discours.

Un discours assez habile dans l’ensemble, qui permet de glisser sur les trous béants du consensus européen en matière géostratégique, sociale, budgétaire et d’immigration, tout en valorisant l’action accomplie pendant la pandémie qui mérite effectivement félicitations, et en mettant en lumière une ou deux propositions d’action. Il permet de donner un sens à un entre-deux, avec une sortie de crise majeure et l’inconnue de deux élections dans les principaux pays européens.

 

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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8 Commentaires

  1. D’accord Arthur avec cette lecture factuelle d’un discours pas exceptionnel, mais « ratissant large » et encourageant le consensus, sur des dossiers copieux en cours de discussion ou mettant en valeur des chantiers toujours éloignés d’une volonté politique suffisante des Etats membres. Il valait mieux à ce stade éviter trop d’effets d’annonce, quitte à décevoir les media nationaux, qui ont de fait peu couvert le débat parlementaire. Ce dernier m’a globalement déçu, je dois dire.

  2. Que signifie HERA? Encore un acronyme anglo-saxon? Health European Regulation Authority peut-être? Abandonnons l’anglzis qui n’est parlé qu’en Irlande dans la CE. Passons à l’espéranto !

    1. Vous soulevez à juste titre une question que le jargon « bruxellois » conduit à se poser légitimement.

      En l’occurrence, les institutions européennes, qui donnent volontiers dans la personnalisation de leurs instruments d’action, ont emprunté l’appellation « Hera » à la mythologie grecque, où figure la fille de Titans ainsi baptisée . Déesse du mariage et gardienne de la fécondité, elle sera récupérée par les Romains sous le nom de Junon.

      Mais, au-delà de ces considérations historiques – et pour répondre à votre interrogation – on doit préciser d’emblée que l’acronyme « Hera » ainsi promu correspond à « Health Emergency Response Authority », dénomination qui se traduit avec un peu plus de lourdeur par « Autorité de réaction en cas d’urgence sanitaire ». En fait, il est intéressant d’observer que l’intitulé complet vise aussi la « préparation » (« preparadness ») aux crises sanitaires – adjonction qui figure dans l’appellation officielle, mais qui semble être passée à la trappe pour ménager l’emprunt abrégé à l’inspiration hellénique. On peut d’autant plus le souligner que la crise sanitaire actuelle a mis en évidence l’importance, voire la nécessité, d’un volet préventif face à un risque de pandémie.

      Pour ce qui est de la prédominance de la langue de Shakespeare dans les modes d’expression des institutions européennes – ce que des amis anglais attachés à un certain purisme dénoncent comme étant davantage aujourd’hui la langue de Trump – on ne peut ignorer qu’elle a été fortement encouragée par les pays scandinaves membres de l’Union européenne et accentuée par son élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale, très influencés, précisément, par une certaine propagande étatsunienne. Mais j’ai aussi constaté, du côté des pays « latins », que, par exemple, de nouveaux fonctionnaires européens de nationalité italienne privilégiaient aujourd’hui, par leur formation, ce parler anglo-saxon… ce qui était loin d’être le cas de leurs aînés.

      Permettez-moi d’ajouter encore une précision: l’Irlande n’est pas le seul pays concerné par l’usage de l’anglais; en effet, en dépit de sa petite taille – mais tous les Etats membres de l’UE sont en principe souverains et égaux – Malte a également consacré celui-ci comme une de ses deux langues officielles.

      Quant à votre évocation de l’espéranto, on voudrait croire qu’il s’agit d’une invitation teintée d’une nuance d’ironie. Si cette sympathique utopie, promue par d’incontestables bonnes volontés, peut paraître séduisante, elle n’en présente pas moins les défauts des fleurs artificielles – bien imitées, certes, mais dépourvues de ces arômes naturels qui confèrent leur subtilité aux vraies fleurs et, surtout, d’un enracinement dans un terreau qui contribue à leur épanouissement. On ne saurait négliger cette vérité historique: à savoir que ce sont les peuples qui forgent leur langue et non les grammairiens, qui n’ont qu’une vocation de régulateurs.

  3. UVDL a oublié la transition démographique 3ème priorité de sa mandature.A ce sujet il y a eu un Livre Vert et il n’y aura pas de Livre Blanc !
    Grave erreur le vieillissement de la population nécessite de revisiter tout ce que nous faisons afin d’en faire un accroissement de la longévité positif.

  4. Bonjour,
    Effectivement heureusement sur SLE vous parlez de ce discours, ni vu, ni entendu !
    Bien sûr dans l’état de l’Union rien sur l’inquiétude des citoyens par rapport aux multiples catastrophes climatiques dues à notre guerre suicidaire déclarée à notre mère patrie, la Terre. Rien sur les compromis passés dans la PAC, contre les petites exploitations, en faveur des multinationales au motif toujours plus stupide et futile de la préservation des emplois alors que nous savons tous qu’il s’agit plutôt de préservation des profits de qq uns. Rien sur l’ amendement particulièrement discret de la Commission européenne, publié le 15 juillet au Journal officiel de l’Union européenne, qui fait en substance sauter l’interdiction pour les gros navires industriels utilisant la senne danoise – méthode de pêche destructrice particulièrement plébiscitée par les industriels – de pêcher dans les eaux côtières de la Mer du Nord.
    Pour ma part, j’attendrai plus un discours mobilisateur envers nos jeunes milleniums qui quand nous, les adultes profiteurs ne seront plus là, seront en mode survie sur notre planète. Mais sur ce sujet là, il n’y a pas un politique pour relever l’autre car à force de fouler les tapis feutrés des salons et des suites ils ne voient plus la réalité de ceux qui sont encore debout, les pieds sur terre. Celles et ceux qui savent que la terre n’a pas besoin d’eux. Nous passerons donc et la Terre retournera dans peu de temps, par notre faute et notre aveuglement, à son magma originel.

  5. Ce discours sur ‘Europe est d’une navrante platitude, Rahlf résume bien dans son commentaire les sujets non abordés, les compromissions avec les multinationales et la cupidité de leurs dirigeants et des gros actionnaires,
    Il a raison de se demander si tout ce petit monde vit bien dans le même monde que nous ?
    Absence totale de vision pour l’avenir, on patauge dans la « m…. » et on s’en satisfait.
    Les derniers évènements (annulation du contrat d’achat de sous marins par l’AUSTRALIE sous la pression des USA) nous démontre à nouveau que nous ne sommes rien à l’échelle nationale, quand allons nous comprendre que seule une vraie nation Européenne avec tous les attributs pourra rivaliser avec les grandes puissances ?
    Il ne se passe pas un évènement important dans le monde qui fasse ressortir notre impuissance, EUROPE en tant qu’état (fédéral ou autre), quand va tu naître ?

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