ActualitésEditoEn Une

Barnier : Mon Royaume pour un âne !

Michel Barnier, Paladin du Brexit, Parangon de l’Europe, Oint de Bruxelles, a donc annoncé que « lui Président », la France se doterait d’un bouclier constitutionnel sur l’immigration permettant de ne pas respecter les traités européens et la Convention européenne des droits de l’Homme. On hésite entre la consternation et le fou rire.

C’est que Michel Barnier essaye d’être candidat à la présidentielle pour les « Républicains » et que ceci implique de donner des gages tels que renier votre carrière. C’est absurde et dangereux.

Au niveau européen, c’est absurde bien sûr parce que l’Europe contraint peu les nations en matière d’immigration. Nous ne mettons en commun que ce que nous voulons bien, et en matière de décisions d’accueil des étrangers les gouvernements européens ont été extrêmement prudents. On a un peu rationalisé les contrôles aux frontières et réparti le dépôt des demandes d’asile, mais c’est à peu près tout. Les velléités de dissémination des vagues de migrants n’ont guère eu d’effet. Le véritable sujet concerne les droits de l’Homme, et Barnier cite à raison la CEDH. Ajoutons qu’il faudra également sortir de la Constitution française, ainsi que des traités de l’ONU sur les droits de l’Homme et de la convention internationale sur les réfugiés. Comme le Brexit l’a amplement démontré, ces sujets sont rarement européens au sens strict, mais également nationaux et mondiaux.

Et c’est éminemment dangereux. On imagine sans peine ce que la Hongrie et la Pologne feraient de cette idée de bouclier constitutionnel « pour un sujet seulement », ou deux, ou trois (l’usage du charbon par exemple ?). L’Irlande et les Pays-Bas auraient tôt fait de protéger leur particularisme fiscal pour piller l’optimisation des multinationales, l’Allemagne son équilibre budgétaire pour ne pas trop verser dans la solidarité. Il ne faut pas s’imaginer que l’on peut faire ainsi des exceptions finement mesurées, et pour un seul pays.

En notre beau pays de France, la situation est risible également. Voici compère Barnier, tristement inconnu des électeurs, qui pour une chance infime d’être éligible à être candidat jette au fleuve ses riches oripeaux. Que veut-il faire dans cette galère ? En tout cas, n’ayant pas pu prendre la passerelle il escalade le bas-bord les fesses à l’air. Cela lui permet enfin d’attirer un tout petit peu d’attention gênée, mais lui coûte sa dignité internationale qui était son seul point fort.

Mais surtout, elle doit nous alerter sur le danger. La droite qui se dit républicaine n’est plus celle qui gouvernait il y a quelques années encore. Michel Barnier a fait le constat qu’il n’était plus possible d’y être candidat en défendant, non pas les règles, mais tout simplement les valeurs européennes. Il en a tiré les conséquences, et ce que beaucoup regardent avec consternation comme une flétrissure personnelle doit en fait s’appliquer à ce camp politique. Barnier lui-même est un politique qui porte des costumes. Il était totalement imperméable à l’Europe avant d’y être nommé. Il y a fait carrière, un poste en amenant un autre, très convaincant en imperturbable des principes européens. Changement de saison, changement de costume ! C’est le climat qui commande, et il ne change pas pour le mieux.

L’expérience du Brexit là encore montre que « sortir de l’Union, mais pas du marché unique » n’est pas un programme réalisable. Le Brexit crée une réalité politique, à la fois dans le sillon national qu’il creuse et dans les partenaires politiques qu’il force à trouver. A droite, l’interdiction internationale de la torture et de la peine de mort est souvent pointée comme un élément de la « dictature de Bruxelles ». Contre les terroristes uniquement, bien entendu. Et le Front national comme toute force zemmouriste sont les partenaires naturels d’une telle aventure. Regardons Boris Johnson, regardons Donald Trump, et voyons comment des gens mesurés se retrouvent à cohabiter avec les dingues et à devoir les suivre. A quoi ressemblerait un gouvernement Barnier parti sur cette prémisse ? Sur les règles de la concurrence, qui ne s’appliqueraient qu’aux autres, sur la gestion de la santé publique via les posts Facebook ? On galèje, mais la pente est là.

Cet épisode doit nous rappeler que l’on a peu à gagner à se reposer sur la vertu des hommes, et tout à perdre à négliger la solidité des institutions. Sachons nous en souvenir avant un éventuel épisode Trump en France.

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

Articles associés

25 Commentaires

  1. Présidentielles 2022 : cher(e)s candidat(e)s, vous prendrez bien un petit trou normand entre les deux tours… ? Non ? Vous préférez peut-être un grand trou d’Airbus dans celle de gauche ?

  2. Excellent article Excellente image de Barnier en « homme qui porte des costumes ».
    Celui de négociateur du Brexit lui allait très bien et l’avait fait sortir de sa grisaille.
    Celui de candidat est trop grand pour lui, donc il y fait des retouches rapides qui mettent en valeur sa mauvaise coupe. Dommage.
    L’Europe en France, vient de perdre celui qu’elle croyait être son défenseur. Barnier vient d’y perdre quelque chose qui ressemble à la confiance, un peu à l’honneur. Vivement la retraite, enfin sa retraite.

  3. Bravo Arthur. Ils font du bien ceux qui, quel que soit leur bord politique, n’hésitent pas à mettre le doigt sur l’absurdité de leurs concitoyens, surtout quand ils sont engagés (politiquement).
    Dommage pour le sieur Barnier qui m’inspirait encore un certain respect.
    Par contre, l’intitulé de l’article est, à mon sens, trop méprisant envers les ânes (cf. La Fontaine)…
    Barnier n’est plus un âne, c’est une m…
    Arthur, continuez à applaudir les bonnes idées et à dénoncer les fourvoiements (il vaut mieux moins d’articles et plus de qualité).

    1. Evidemment le titre de l’article est infamant pour les ânes…ce sont des animaux fort intelligents et constants dans leurs attitudes….pas le cas de M. Barnier, très déçue.

  4. Bravo pour cet article, pour les commentaires ci-dessus.
    Mr BARNIER (je me demande si on peut lui donner le titre de Monsieur ?) illustre parfaitement notre classe politique qui est prête à tout pour arriver au pouvoir.
    Il est loin le temps des hommes qui se battaient pour la grandeur de la France et non pour leur propre intérêt.
    De plus, nous assistons régulièrement à des interviews d’anciens président (SARKOZY, HOLLANDE) ou d’hommes politiques (RAFFARIN, etc) qui ont brillés par leur incompétence, par le mépris qu’ils ont pour la France bien qu’ils veuillent nous faire croire le contraire.
    Sieur BARNIER, les masques sont tombés, j’espère que vous ne serez jamais président.

  5. Chez Michel Barnier, s’était muré, un révulsé, de l’intégration européenne, en définitive.

    On ne peut pas avoir, au nom du Brexit, défendu, bec et ongle à Londres ,- la primauté du droit européen -, et puis quelques mois, plus tard, à Paris, soutenir, que les Français ne soient plus soumis aux arrêts de la Cour de justice européenne, ou de la Cour européenne des droits de l’homme.

    L’illustration de cette tonitruante et tout autant calamiteuse contradiction, ne résoudra, son auteur, que dans la volonté de n’être plus rien. Si ce n’est que pour ânonner, des banalités laborieuses.

  6. Marc Domec : bonjour à toutes et tous….
    Michel Barnier ne m’a jamais inspiré une grande confiance……….mais vraiment, ses propos ne peuvent, malgré tout, que m’attrister. Merci à « Sauvons l’Europe » de défendre des positions fermes, basées sur des valeurs….Ca fait du bien….Cordialement à toutes et tous. Marc Domec

  7. Bravo et merci, décidément il faut s’ attendre à tout et aux pires divagations de la part de « petits » hommes en surchauffe de rêve Élyséen ! Bravo pour l’article, on fait passer !

  8. Merci Arthur, votre article est magnifique…je le fais passer…2022 s’annonce une foire d’empoigne tout à fait stupide…
    L’Élysée est un objectif absurde dans la vie politique française. Trop d’importance attribuée à un seul homme. La gestion d’un pays doit se répartir avec plus de citoyens.
    Je vous suis souvent.
    Danielle Foucaut

  9. J’ai connu Michel Barnier ministre de l’agriculture et honnête homme au discours clair, mesuré. Nous sommes aujourd’hui devant un naufrage ilamentable..

  10. D’accord pour partager la consternation générale et un immense regret. Michel Barnier a été un grand commissaire européen, « the right man on the right place » au moment du Brexit. Il ne faut pas l’oublier. Dommage qu’Arthur en perde son élégance habituelle: il aurait pu nous éviter le « compère Barnier » et surtout « les fesses à l’air »! On ne tire pas sur une ambulance, a dit jadis Françoise Giroud. Mais Arthur n’était pas né…

  11. Je garde tout mon respect à Michel Barnier pour le travail que celui-ci a accompli au niveau européen, sur des chantiers complexes de longue durée. Je ne peux exprimer qu’une grande incompréhension par rapport à ses prises de position récentes, à la recherche absurde du Graal qu’il n’obtiendra pas dans un contexte politique national. Sauvons l’Europe a raison de dénoncer ce retournement, que je trouve bien triste

  12. Bravo, je partage sur FB et et je profite de ce commentaire pour vous demander pourquoi vous ne dénoncez pas plus fort le refus de la France de taxation sur les transactions financières portée par P.Larouturrou et bien d’autres. J’aimerai également vous voir plus combatifs envers certains des économistes attérés qui par leurs analyses et discours entretiennent le rejet pour certains de l’Europe.

  13. Merci pour ce très bon article. Concernant l’Europe, il n’y a pas que Barnier qui soit opportuniste et lâche, notre président de la République, qui se prétend très européen, recule par exemple devant les motards et n’applique pas les lois et autres directives européennes. De mon point de vue, la France ne sera pas crédible quand elle va présider l’Europe dans quelques mois. Décidément, notre pays manque de tenu et de courage.

  14. Excusez-moi, Arthur, mais je pense que vous avez tort parce ce que vous avez tronqué la déclaration de M. Barnier, un homme politique parfaitement sensé et honnête, un négociateur de valeur. Vous salissez sa personnalité et je me demande bien pourquoi.

  15. Dans un ouvrage publié en 2014 sous l’intitulé « Se reposer ou être libre » – titre inspiré de la formule de Thucydide « se reposer ou être libre, il faut choisir » – un homme politique écrivait ce qui suit au sujet de l’immigration:

    « Dans une telle situation, la facilité est de faire campagne en reprenant cette exaspération [populiste]. En criant plus fort que le voisin. En étant plus virulent que l’opposant […] En oubliant surtout nos racines humanistes et l’honneur de nos démocraties. En optant pour une stratégie de bouc émissaire qui ne résout rien ni ne mène nulle part. »

    Il ajoutait: « Il y a [plusieurs] manières d’aborder une problématique de cette ampleur. [l’une d’entre elles] est de se transformer en simple porte-voix des exaspérations populaires. Irresponsable ! »

    L’homme politique en question s’appelait Michel Barnier…

  16. Ceci prouve une fois de plus, et si besoin est, que ces individus planqués à « L’EUROPE » ne croient mêmes pas aux salades qu’ils sont sensés défendre. A la première occasion ils retournent la veste. Pitoyable et consternant !! Le pire c’est que des centaines de milliards sont alloués à ce « grand machin » qui ne sert à rien ! Triste !

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page