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Brexit, une issue “sans accord” est devenue pratiquement inévitable !

Dans ce texte écrit peu de temps avant la confirmation de la promotion de Boris Johnson à la dignité de Premier ministre de sa Majesté et l’annonce de ses principes de négociation, Paul Goldschmidt nous alerte des mesures de sauvegarde qu’il faut désormais préparer.

Des déclarations récentes, tant par des politiciens britanniques qu’européens, rendent de plus en plus probable un « Brexit » sans accord, que ce soit par défaut, en l’absence d’une demande spécifique du Gouvernement britannique de prolonger son appartenance à l’UE au-delà du 31 octobre, ou à cause du refus de l’UE de faire droit à une telle requête. Elles sont l’objet d’interprétations contradictoires, largement reprises dans les médias,  qui ne font que renforcer la perception que les intérêts vitaux des populations européennes sont totalement ignorés dans ce dossier alors que les prémices annonciatrices de crises géopolitiques et économiques s’accumulent imperturbablement. Confronté à cette indifférence apparente des Pouvoirs Publics, un sentiment d’impuissance et d’incompréhension se propage progressivement au sein d’une opinion publique médusée !

Commençons par l’examen du récent discours de la future Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, devant le Parlement Européen au cours duquel elle a exprimé son soutien à une extension de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union au-delà du 31 octobre « à condition qu’il y ait des raisons plausibles ». Ceci a été interprété, notamment par les Brexeteers durs, comme une indication que l’UE était prête au compromis et qu’il y avait une possibilité de renégocier l’accord de sortie, les confortant dans leur soutien aveugle au prochain Premier Ministre. D’autres interprétations y lisent qu’une décision de convoquer de nouvelles élections ou un second referendum en Grande-Bretagne constitueraient une « justification plausible » pour accorder une demande d’extension.

A y regarder de plus près, la déclaration d’Ursula vdL ne dévie absolument pas du cadre du mandat donné par l’UE à ses négociateurs (qui restent en place jusqu’au 31 octobre) à savoir qu’ « il n’est pas question de rouvrir l’accord de sortie signé par l’UE et le gouvernement britannique ». Il s’ensuit que toute extension ne peut que viser à faciliter :

  1. L’organisation d’élections ou d’un second référendum en Grande-Bretagne.
  2. La continuation de l’appartenance du R.-U. à l’UE pour prolonger son droit d’annuler unilatéralement sa notification au titre de l’Art.50 (si le résultat des élections ou du référendum en donnait le mandat – implicite ou explicite – à la Chambre des Communes).
  3. Des négociations complémentaires au sujet de la « déclaration politique » jointe à l’accord de sortie (spécifiant le cas échéant les contours de la relation future et l’éventuelle extension de la période de transition).

Un tel scénario demeure, cependant, hautement invraisemblable :

  1. Une demande d’extension basée sur l’organisation d’élections législatives peut être écartée si elle implique d’y recourir avant que la question du Brexit ne soit résolue ! En effet cela induirait un désastre électoral pour le parti conservateur qui perdrait des voix sur ses deux flancs au profit du Brexit party de Nigel Farage et des Lib-Dems respectivement (comme ce fut le cas lors des récentes élections européennes) ainsi qu’en faveur du SNP en Ecosse.  Redoutant un tel cataclysme, il est même possible que le PM ne puisse obtenir la majorité du Parlement nécessaire (sous les règles du Parlement de 5 ans fixe) pour organiser le vote ; ceci d’autant plus que le parti travailliste est aussi déchiré sur la question du Brexit et en proie à de vives dissensions internes sur son attitude vis-à-vis de l’antisémitisme, le rendant peu enthousiaste d’aller aux urnes. De surcroît, loin d’être assuré de résoudre de manière consensuelle la question du Brexit, le résultat des élections pourraient rendre le pays ingouvernable, engendrant une crise constitutionnelle qui pourrait mettre la survie du Royaume-Uni en danger.
  2. Le recours à un référendum semble encore moins probable si, comme on le prévoit, Boris Johnson devient Premier Ministre. En effet le référendum représenterait une répudiation des engagements solennels qui l’ont fait élire et constituerait une énorme humiliation personnelle auto-administrée.
  3. Si, néanmoins, une requête d’extension était sollicitée, justifiée exclusivement sur le désir d’avoir plus de temps pour renégocier, l’accord unanime des 27 serait loin d’être acquis, faute de quoi une sortie « sans accord » entrerait en vigueur par défaut.

D’autres déclarations semblent tout aussi contestables, s’inspirant parfois du modèle de « fausses nouvelles » auquel le Président Trump a accoutumé ses partisans. A mettre dans cette catégorie sont les conséquences budgétaires imputées à un Brexit sans accord s’étalant  d’un gain annuel de £80 milliards (Rees-Mogg) à un impact à peine ressenti (Johnson) ou une charge de £20 milliards (Bureau de la Responsabilité Budgétaire dans l’hypothèse d’un scénario de sortie bénin) culminant avec un coût annuel de £90 milliards (Hammond) ! D’autres élucubrations envisagent la conclusion immédiate d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis (devant mettre l’UE sous pression) ou l’ouverture de négociations avec l’UE dans le cadre (inapplicable) de l’OMC prévoyant, en guise de remplacement de la période de transition devenue entre-temps caduque, le statut quo ante jusqu’à la conclusion d’un nouvel accord.

Un dernier leurre propagé par les Brexeteers est l’idée qu’en divisant les 27, le R.-U. obtiendrait des concessions améliorant les conditions de l’accord de sortie. Cette chimère relève à la fois d’un espoir aussi vain qu’improductif car, si une telle manœuvre devait réussir, elle garantirait automatiquement une sortie « sans accord » par défaut, toute alternative requérant l’unanimité devenue  par définition impossible.

Ces fantasmes semblent aussi ignorer les réalités entourant de futures négociations :

  1. Quoiqu’il advienne, l’UE restera, le partenaire commercial le plus important du R.-U., à cause de l’immuabilité de leur proximité géographique. Toute concession accordée à des tiers qui s’avérerait incompatible avec les règles du Marché Unique (normes, standards, tarifs) affaiblirait considérablement la Grande-Bretagne dans ses efforts de négocier un accord avantageux de libre-échange avec l’Union ou des pays tiers. Ces derniers voudront vraisemblablement connaître en amont les termes des accords entre l’UE et le R.-U. pour évaluer l’impact éventuel sur leurs propres relations avec le Marché Unique avec lequel beaucoup ont déjà signé des accords.
  2. Enfin, avant d’initier la négociation d’un nouvel accord, l’UE insistera sur l’acceptation préalable par la Grande-Bretagne des conditions essentielles du défunt « accord de sortie » (frontière irlandaise, règlement financier et droits réciproques des citoyens). La posture des Brexeteers dans ces matières est peut-être de nature à plaire à leur public qui attend impatiemment une résolution des problèmes, mais elle n’a pas la moindre chance d’impressionner leurs interlocuteurs européens, créant – au contraire – une atmosphère délétère, peu susceptible de déboucher sur un accord mutuellement avantageux qu’ils prétendent vouloir.

Comme l’a fort bien exprimé encore très récemment Michel Barnier, le Brexit est un exercice perdant-perdant ce qui exclut qu’une des parties en sorte à son avantage ; chacune s’évertuera donc, à bon droit, à limiter ses pertes. Ce but serait atteignable plus facilement si l’atmosphère est sereine, permettant aux parties de réduire les effets négatifs inévitables du Brexit tout en gardant à l’esprit l’objectif incontournable de la préservation de la paix en Irlande ainsi que la limitation du poids des formalités administratives qui caractérisent – partout dans le monde – les échanges commerciaux et financiers et la mobilité entre deux entités souveraines et indépendantes.

Conclusion

Maintenant qu’il devient apparent qu’une sortie de la Grande-Bretagne de l’UE « sans accord » est devenu l’issue la plus probable (comme le suggère la volatilité récente de la £), il incombe aux deux parties, au-delà de leurs préparations respectives, de se coordonner au cours des trois mois restant, pour réduire, autant que faire se peut, les ruptures inévitables créées par la situation.

Au lieu d’adopter une attitude purement passive dans l’attente que le R.-U. introduise (ou non) une demande d’extension de sa participation à l’UE, la Commission devrait prendre l’initiative – sans modifier en quoi que ce soit les options dont bénéficie la Grande-Bretagne – de rappeler au nouveau gouvernement britannique que l’UE respecte sans réserves le résultat du référendum et qu’elle accepte la possibilité d’une sortie « sans accord » comme conséquence de son propre refus – confirmé à l’unanimité des 27 Pays Membres – de rouvrir la négociation de l’accord de sortie.

La Commission devrait proposer la création immédiate d’une task force visant à minimiser les conséquences pratiques d’une sortie sans accord, en préparant conjointement la mise en œuvre des nouvelles procédures qui seront d’application à partir du 1er novembre.

Cette initiative – d’un caractère technique et transitoire – serait totalement indépendante des négociations concernant la relation future entre le R.-U. et l’UE qui, de toutes façons, ne peuvent débuter qu’après que la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE soit entérinée.

Il y a un intérêt politique majeur pour l’Union de mettre ce scénario en place car il oblige le R.-U. à se déterminer immédiatement vis-à-vis d’une « sortie sans accord », évitant à l’UE d’être accusée d’en être seule responsable. En effet, en participant à la task force le R.-U. reconnait que la sortie sans accord est devenu un objectif partagé que seule la Grande-Bretagne a le pouvoir de changer unilatéralement en révoquant la Notification de l’Art.50 ou en ratifiant l’accord de sortie tel quel, avant le 31 octobre.

Malgré la période estivale, il est crucial que tant l’Union que le R.-U. demeurent pleinement mobilisés durant les trois mois qui précèdent le Brexit. Cet impératif se trouve renforcé à la lumière des tensions géopolitiques et des perspectives économiques qui requièrent que la nouvelle équipe dirigeante européenne bénéficie d’une totale liberté d’action. Un Brexit mal préparé pourrait sérieusement entraver la flexibilité des réponses requises, en créant sa propre série d’incertitudes supplémentaires et contribuant ainsi à la dangerosité de l’environnement géopolitique mondial.

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du « Comité des sages » de Stand Up for Europe. www.paulgoldschmidt.eu
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Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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20 Commentaires

  1. The article dismisses too lightly the possibility of early elections as a reason for a possible extension of the UK’s exit date.

    While it is true that the Johnson government is most unlikely to voluntarily hold an election before Brexit has happened, its majority in parliament is so small that if less than a handful of Conservative MPs were to decline to support the Government in a vote of confidence, the Government would fall, which would almosr certainly lead to an early General Election. If it appears that the Government intemds to leave without a deal, then such a vote of confidence is highly probable. The only question then is whether oitgoing Prime Minister Johnson would request an extension, or whether he would choose to ignore Parliament’s opposition to a No Deal Brexit

  2. a la bonheur ! …la volonté de sortie de la majorité des britanniques va etre respectée , après tant de manœuvres visant a saboter cette volonté majoritaire ! espéront aussi qu’elle se fasse SANS ACCORD ce serait ainsi encore plus clair ! cependant vu que l’UE a beaucoup plus besoin d’un accord que la GB je n’exclu pas que l’UE sorte de ses gesticulations et ses dramatisations éhontées pour finalement accepter de BOUFFER SON CHAPEAU…ce serait vraiment rigolo !!!…mais je le répète c’est bien l’UE qui s’est mise dans la m….en dressant toutes sortes d’entraves , d’abord a la sortie et ensuite aux conditions de celle-ci , elle a oublié le scenario dans lequel les 2 grands partis traditionnels britanniques refusent de se faire hara-kiri au profit du parti des brexiteurs de nigel FARAGE qui caracole quand meme a 35 % D’INTENTIONS DE VOTE….,normal que ça reflète la victoire sans appel au référendum… ….et puis accord ou pas ? …il y a 40 milliards en jeu , si je me souviens bien . le champagne est déjà au frais !!!

    1. Voici bien la réthorique pro-brexiteuse dans toute sa splendeur ! Passant sous silence la campagne éhontément mensongère de Johnson qui, lui, caracolait dans son bus Mercedes, noyant dans de pseudo arguments son amnésie sur les propos qu’il tenait il y a encore 3 ans : « Il faut rester dans l’Union » martelait-il. La vérité sur le Brexit est que ça a été dès le début une entreprise hasardeuse, menée par des opportunistes nourris au lait de l’ultralibéralisme et que les pauvres Anglais (les Anglais pauvres, qui voient leur conditions de vie se détériorer année après année) souffriront plus que tout autre de cette entreprise qui vise à déconstruire des règles que la Grande-Bretagne a elle-même largement contribué à instituer (travail détaché, absence d’harmonisation fiscale et sociale…)

      1. Oui enfin… La campagne anti-bréxit est tout autant mensongère… Respectons avant tous une décision démocratique qui, si nous décryptons le vote Anglais des Européennes, à été en fait voté deux fois…

        1. Pourriez-vous être un peu plus précis, en donnant des exemples concrets, sur ce que vous entendez par « la campagne anti-Brexit est tout aussi mensongère » ? Affirmer ne suffit pas… encore faut-il démontrer.

          En outre, ne négligez pas un élément d’analyse mis en évidence par des observateurs de la vie politique outre-Manche: à savoir que ce sont plutôt les « vieux » qui ont voté en faveur de la sortie. Les jeunes citoyens, sans doute moins sensibles aux « trumperies » de style Johnson ou Farage, ont davantage privilégié le « remain ».

  3. C’est incompréhensible que ce Boris Johnson a pu être élu. D’abord à l’origine des mensonges, oui je dis mensonges sur lesquels une partie de la population a voté le Brexit et dont pas mal sont revenus en arrière depuis. Et là il a été choisi comme premier ministre. La terre ne tourne pas rond. C’est inconcevable et inacceptable. Moi qui adorais l’Angleterre, je m’y rends une fois voire deux fois par an, là avec le Brexit c’est terminée !

    1. si la fable des mensonges est votre tarte a la crème (avariée)je conçoit bien que le brexit soit votre tarte a la grimace……et pourtant il y a bien des raisons qui ont fait préférer bojo ,pas difficiles a trouver , en tout cas hors du champ de l’imconpréhensible….

      1. Hélas pour vos vues déformées par de solides et persistantes oeillères ! A l’image de la propagande « noniste » ayant pollué le referendum de 2005 en France, c’est un déferlement de « fake news » (usons d’un terme à consonance anglaise, puisque c’est le Royaume Uni qui fait l’objet de l’excellente chronique de Paul N.Goldschmidt) qui a saboté le referendum de 2016 outre-Manche… à commencer par les proclamations éhontées concernant l’immigration. Pour invoquer un modèle politique cher aux tripes des europhobes, on pourrait souligner que la « tromperie » s’est muée en « trumperie ».

        Mais, tout en se gardant de souscrire aux affabulations des « fakistes », laissons du temps au temps: la sagesse de l’Histoire jugera à terme de cette épisode de la vie de l’UE et conclura peut-être – qui sait ? – que cette sortie d’un pays à la vocation du coucou prompt à élire domicile dans le nid des autres s’est avéré en fin de compte un bienfait pour l’Union.

        1. mais oui bien sur, et ca continue : tout résultat de referendums ne correspondant pas aux désirs des euro-fanatiques britanniques comme français ne serait que le résultat d’une multitude de mensonges des opposants !!!…très court et absurde ce genre de raisonnements….qui prépare peut etre une quasi-interdiction de nouveaux referendums au sein de l’UE ?. par ailleurs , œillères pour œillères je préfère bien sur les miennes a celles des euro-fanatiques , euro-fanatiques qui ne cessent de mentir sur tous les bienfaits de l’UE ,toujours attendus et n’arrivant jamais , excluant tous méfaits pouvant subvenir mais qui arrivent quand meme ,eux : délocalisations massives d’usines , invasion de travailleurs détachés , ect…ce genre de méfaits , eux , sont bien une réalité impactant négativement la vie au quotidien de nos concitoyens , et non de la théorie de salons dans laquelle se complaisent les « élites » politiques et intellectuelles ,leur permettant de dévoyer les vrais problèmes et de se complaire dans leur euro-fanatisme souvent béat….

          1. Toujours la même confusion de la part des « pipeaulistes/fakistes » au sujet des referendums… eux dont les décors de leurs propres salons doivent refléter un hommage appuyé à l’art abstrait !

            Revenons donc à une analyse politique sérieuse en ce qui concerne les referendums. Dans le recours à cette pratique, il convient en effet de ne pas jeter n’importe quoi en pâture aux citoyens… au risque de confiner au plébiscite si cher aux régimes autoritaires.

            Or, soumettre à ce type de consultation un texte complexe – même parfois pas si facilement accessible à ceux que, en zélateur du populisme, vous appelez les « élites » – c’est, avec une sacrée dose d’hypocrisie, se foutre du peuple !
            … Tout simplement parce que, dans une telle situation, il est rare que les personnes consultées puissent se prévaloir de la lecture du texte. Aussi ont-elles tendance à répondre davantage aux dirigeants qui posent la question qu’à l’objet sur lequel porte le referendum. Ce fut l’aveu spontané de personnes interrogées « brut de décoffrage » au sortir des urnes en 2005, confessant, pour une bonne partie d’entre elles, avoir exprimé leur mécontentement vis-à-vis du gouvernement alors en place plutôt que voté « en âme et cconscience » contre le projet de traité. Des analyses ultérieures conduites par des politologues chevronnés (et sans doute coupables à ce titre de devoir se compter dans les rangs de l’ « élite ») ont confirmé cette fort complexe « confusion des sentiments ».

            Autre exemple: lors du referendum de 1958 portant sur l’adoption de la Constitution française, la teneur du projet a assurément moins compté que le positionnement pour ou contre de Gaulle. Bien que très jeune à l’époque, je me souviens de discussions homériques au sein de ma famille – certes, et je vous prie de m’en excuser, cétait une famille ouvrière – discussions mettant en évidence ce clivage fort empreint de l’ « équation personnelle » (selon sa propre expression, formulée plus tard) du Général.

            C’est la raison pour laquelle je persiste à penser qu’un referendum, pour être vraiment démocratique, ne peut porter que sur des objets simples… par exemple, pour rester dans l’optique de la politique française, les précédents de 1962: « acceptez-vous l’indépendance de l’Algérie ? » ou bien « êtes-vous partisan de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct ? »

            Puis-je ajouter que le projet de traité conçu en 2005 n’a certainement pas été le produit d’une approche savamment entretenue à l’abri de toute considération démocratique. La composition-même de la « Convention » qui l’a préparé témoigne du souci d’une large ouverture: représentants du Parlement européen, délégués des parlements nationaux, émanations de la société civile ont pris une part au processus de son élaboration. Vouloir inconsidérément « vider » le débat à ce sujet expose au risque de jeter le bébé avec l’eau du bain.

            En guise d’humble conseil de la part d’un ancien résident d’une cité HLM, peut-on vous suggérer de prendre garde, avec votre ritournelle sur un soi-disant « élitisme » coupé d’un peuple dont, sans doute, vous avez vous-même une conception abstraite, à ne pas sombrer dans un regrettable antiparlementarisme… à l’image de ces propagandistes des années 30 qui ont fait le lit de régimes à la triste renommée ?

          1. Ce n’est ni à vous ni à moi d’en juger. Faisons confiance à la lucidité des (é)lecteurs.

            A ce sujet, il me semble néanmoins que ce qui nous départage est fort bien illustré par une comparaison que j’emprunte au passionnant petit ouvrage (103 pages) consacré à l’Europe que Dominique Moïsi a publié en avril dernier sous le titre « Leçons de lumières » (Editions de l’Observatoire). Il y écrit notamment (p.52-53):

            « Les informations météo peuvent nous aider à comprendre (une) réalité psychologique et émotionnelle. Elles distinguent de plus en plus aujourd’hui la température ressentie de la température réelle, la première étant une version contrastée de la seconde. Ce concept de ressenti ne s’applique pas seulement à la température, mais aux évolutions économiques, sociales et même politiques. »

            C’est peut-être une manière de mettre en évidence un clivage tel qu’exprimé par votre « ressenti » (en surface) et les efforts (plus en profondeur) déployés pour tenter – restons modeste – d’expliquer les réalités moins subjectives qui caractérisent la laborieuse édification de l’UE

            Un peu plus loin (p.90), le même auteur complète son appréciation par une considération fondamentale qui s’applique à la désinformation souvent favorisée par les réseaux sociaux:

            « A l’heure d’Internet, des tweets et des chaînes d’information en continu, la simplification démagogique possède un avantage structurel sur l’explication pédagogique et nuancée. »

            C’est en ce sens que l’on peut admettre que, sur ce terrain, c’est vous qui me battez largement…

            Accessoirement, ajoutons qu’à la 3ème personne du singulier »bat » ne prend pas de « s ».

  4. Que les anglais repartent tous chez eux, puisque le plus grand nombre a fait ce choix- je ne suis jamais allé chez eux et n’irait jamais, alors bon voyage et allez chez Trump, ancien Nazi et bien d’extrême droite, copain de Marine, de l’italien et du russe

  5. Autre explication rationelle au non-sens actuels :

    Ces Personnages fâcheux, fâchés et tonitruants (Trump, Bolsonaro, Modi, Duerte, Kaczinski, Orban, Salvini, Johnson et consors…), plus tous ceux qui ne sont pas encore arrivés au pouvoir en nos vieilles Démocraties, avec leurs programmes copy/paste ne sont simultanément postés là que pour détruire ces mêmes Démocraties.

    Phase d’hypercapitalisation > Crise financière > dénonciations de coupables > replis nationalistes > discours haineux contre l’Ennemi intérieur et extérieur > Leaders fascistes > replis commerciaux stratégiques > échauffourés entre grandes puissances > …. vous ne reconnaissez pas la suite ?

    Combien de fois faudra-t-il nous faire exactement le même coup pour que nous réagissions enfin AVANT qu’il ne soit trop tard pour tout le monde ?

    Il nous reste très peu de temps. Citoyens du Monde, votons et surtout réveillons-nous !

    Amicalement, JP

    1. les personnages fachés , facheux et tonitruant(et ..affreux…..)ne sont que la conséquence des actes criminels des hypercapitalisateurs qui nous envoient dans le mur , en meme temps ils sont la bouée de sauvetage de ces hypercapitalisateurs car lorsque ceux ci sentent leurs pouvoirs menacés ils n’hésitent pas a créer des boucs émissaires (les juifs ,communistes,francs maçons ect…..)vers qui la colère du peuple est canalisée et ainsi ils sauvent leurs pouvoirs notamment economique et financier…..il est parfaitement reconnu que dans les années 30-40 la bourgeoisie allemande et française choisirent le nazisme ….espérons qu’elles ne nous refasse pas le meme coup d’ici a quelques annees !!!

      1. Vous jetez un doute dans mon esprit: il ne me semblait pas, en effet, que Charles de Gaulle, issu de la bonne bourgeoisie française (le « de » ne doit pas en effet faire illusion: il ne correspond pas à une particule, mais à un terme flamand – n’oublions pas que le général est né à Lille – signifiant tout simplement « le »), avait choisi le nazisme dans les années 30-40… pas plus que Jean Moulin.

        Cela dit, votre logorrhée sur les « hypercapitalisateurs » ne manque pas de sel. Tout en faisant passer un bref moment d’hilarité par sa démesure, elle nous ramène au bon temps du formatage de la pensée par quelques pseudo-marxistes en mal de soviétisme primaire. En outre, s’il y a des boucs-émissaires commodes à stigmatiser aujourd’hui, ce sont bien les artisans d’une Europe en patiente construction – qu’ils soient commissaires ou fonctionnaires.

        1. en matiere de logorrhée écrite vous en connaissez un sacré rayon , charabiesque de plus ….. je ne vois vraiment pas pourquoi vous mélez le général de gaulle a ces échanges …ni jean moulin …. j’en profite pour rappeler que le général de gaulle a toujours été un fervent partisan de l’indépedance et la souveraineté de notre beau pays , se méfiant comme de la peste des tentations hégémoniques récurentes de cette union europeenne qui s’est d’ailleurs tiré une balle dans le pied ,devenu gangréneux ,en s’élargissant démesurément a 28 , ce qui a d’ailleurs signé a terme sa mort !
          par ailleurs , en plus de votre euro-fanatisme primaire transpire un fanatisme pro-capitaliste certain , ce qui est votre droit ! par contre vos ricanements sur ma différence clairement assumée de vocabulaire par rapport au votre ne dénote pas une très large tolérance naturelle de votre part !

          1. Ma logorrhée ? Peut-être… mais, à la différence de votre mode d’expression, je m’efforce, pour ma part, de ne pas combiner diarrhée verbale et constipation intellectuelle – ce qui, reconnaissez-le, pourrait constituer un cas d’école pour le milieu médical.

            Si vous ne comprenez pas pourquoi j’évoque de Gaulle et Jean Moulin, je peux vous rassurer: d’autres, qui, comme moi, ont eu le privilège de travailler à la Commission européenne sous l’impulsion du grand Edgard Pisani – éminent gaulliste de gauche ayant rompu avec les déviations précisément trop favorables au capitalisme du pompidolisme – l’auront largement compris.

            J’insiste bien sur cette « communion d’idées » avec la gauche, qui a pris un tour très concret depuis 1975 (mais mon militantisme n’intéresse pas nécessairement l’ensemble des « pratiquants » du présent site) pour que vous preniez enfin conscience que le « fanatisme pro-capitaliste » que vous cherchez à m’imputer – maladroitement, mais nous sommes habitués à ce manque de subtilité chez vous (« Gazogène », c’est bien trouvé de la part d’un autre commentateur !) – relève de ces fantasmes qu’a si bien mis en évidence Guy Béart: « (Untel) a dit la vérité: il doit être exécuté. »

            (Post-scriptum) Soucieux de démêler néanmoins le bon grain de l’ivraie, je ne puis cacher au moins un point d’accord avec vous: une UE à 28, cela relève d’un excès d’embonpoint. Comme je l’ai souvent écrit sur ce site, une telle configuration, c’est le point faible de l’albatros que déplorait le poète: « ses ailes de géant l’empêchent de marcher ».

            Donc, pour que « ça marche mieux », efforçons-nous de retrouver la grâce du goéland en recourant, par exemple, à des cercles de coopération différenciés n’incluant pas nécessairement, selon les sujets ou le type de politique, les mêmes Etats membres… sans exclure qu’à plus ou moins long terme les « non partants » restés à quai à la gare de départ puissent prendre le train en marche.

            Par ailleurs, pour en revenir au thème du Brexit, le Royaume-Uni a montré la voie de l’allègement en considération de sa mauvaise posture au sein de l’UE. Désolé d’invoquer de nouveau un certain de Gaulle, qui , par deux fois, avait vu juste au sujet de l’entrée de ce pays dans la « Communauté ». Je m’empresse d’ajouter que ce ne serait assurément pas le cas d’un « Frexit »: le score réalisé par l’un de ses partisans les plus acharnés (de l’ordre de 1 % des votants aux dernières élections européennes) se situe même derrière celui des défenseurs de la cause animale. C’est dire à quel point ce genre de discours séduit les Français !

  6. L’on peut dire ce que l’on veut et de la manière que l’on veut. Mais le fait est que Royaume-Unis a lui-même créé les conditions de son auto-exclusion de la communauté. Dès le tournant ultra-libéral des années 80, le Royaume-Uni s’est évertué à torpiller systématiquement tout effort d’une construction AUTRE que basée sur les seuls critères de convergence économique libéraux. Exit harmonisation fiscale, exit salaire minimum européen, exit les bases d’une législation sociale européenne… en bref : exit tout ce sur quoi on peut faire consensus social et bâtir un « esprit européen », une adhésion par la base des peuples qui se sentent protégés. Le Royaume-Uni a également été (toujours en vertu de la sacrosainte « ouverture des marchés ») en pointe parmi les pays qui œuvraient pour un élargissement de l’Europe à marche forcée, ce qui a fait entrer dans l’Union des pays qui se sont immédiatement mis à pratiquer le dumping social, fiscal et commercial que l’on sait (ex. : l’industrie automobile en Slovaquie…) tout en touchant les milliards de fonds structurels de l’Europe. Enfin, la directive « travailleurs détachés » à été votée par le R-U qui s’en est satisfait jusqu’à ce que cela représente une menace pour l’emploi local. Ceux-là même qui ont ouvert la boîte de Pandore du Brexit sont ceux qui ont profité à mort du système européen et n’ont à proposer qu’une accentuation du système libéral sur le sol britannique. Je suis désolé de voir tant de gens tomber dans le panneau de la désinformation la plus grotesque et de la démagogie populiste la plus vulgaire par manque d’une réponse crédible à leurs angoisses et leur détresse (les pauvres aussi votent Brexit). Ils n’en seront que plus déçus quand ils se rendront compte qu’ils ont été abusés. Nigel et Boris se foutent bien du peuple.

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