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Ce que nous dit le Qatargate

Tandis qu’une partie du monde est euphorique de la qualification historique du Maroc dans une phase finale de la Coupe du Monde – l’une des plus controversées de l’Histoire qui se déroule au Qatar – une autre est atterrée par une des crises les plus graves touchant le Parlement européen.

Ces deux événements se sont déroulés le même week-end et si la Coupe du Monde est bientôt finie, il n’est pas improbable que le Qatargate n’en soit qu’a ses débuts ou qu’on découvre d’autres affaires qui n’en finiront pas d’ensabler le Parlement européen.

La police belge a donc mis au jour un réseau d’influence impliquant des assistants parlementaires, un ancien député européen, plusieurs députés européens en fonction dont une vice-présidente du Parlement.

Des réseaux d’influence ont soudoyé des eurodéputés pour qu’au lieu de défendre les intérêts des peuples qui les ont élus, sur un programme politique, celui de la social-démocratie, ils soient aux petits soins d’une pétromonarchie indifférente à la démocratie, à l’égalité des droits, à la lutte contre les discriminations ou encore, pour son mépris à l’égard des droits des travailleurs et au combat contre le réchauffement climatique dont « l’achat », il y a onze ans et l’organisation, de la Coupe du Monde de football depuis resteront des marques indélébiles avec ses stades climatisés en plein désert et milliers d’ouvriers sous-payés ou morts dans des conditions qui n’existent dans aucun pays développé.

Mais selon le vieil adage romain « Panem et Circenses« , « Du pain et des jeux », quand on amuse le peuple, il oublie ses récriminations et ses soucis.

Le Parlement européen n’avait pas besoin de cela

A un an et demi des élections européennes, le Parlement européen, seule instance élue directement par un peu moins d’un demi-milliard de citoyens de vingt-sept pays, le premier espace économique du monde, n’a pas encore atteint sa pleine puissance face au Conseil et à la Commission et son affirmation est encore en progression.

Il devait faire ses preuves face à la remise en cause de l’Etat de droit en Pologne ou en Hongrie et avait commencé à s’affirmer en ce domaine.

A chaque renouvellement de la Commission, il auditionne les candidats auxquels il ne cède rien et, depuis des années, c’est plutôt dans par une notoriété négative que les dirigeants européens qui ne sont pas Présidents sont connus : Bolkestein, Buttiglione ou encore Goulard.

Le Parlement avait promptement réagi aux affaires de détournement des fonds européens par le Rassemblement national dans l’affaire de ses assistants parlementaires. Il s’était également donné des règles strictes sur l’assiduité et sur l’encadrement des relations avec les lobbies et autres groupes d’intérêt sectoriels.

Les sociaux-démocrates européens, ainsi touchés par cette affaire qui concerne des députés élus de plusieurs pays, un assistant parlementaire et un ancien dirigeant de la Confédération syndicale internationale, n’avaient pas eux non plus besoin de cela.

Dans le landerneau des connaisseurs des affaires européennes, on connaissait, en dehors du Parlement, les cas de corruption qui ont éclaboussé plusieurs gouvernements dirigés par des sociaux-démocrates en Roumanie, en Slovaquie ou à Malte. On connaissait aussi la vaste affaire du financement du Parti populaire en Espagne qui avait ébranlé toute la droite espagnole il y a quelques années ou encore l’enregistrement de l’ancien leader de l’extrême droite autrichienne alors au pouvoir en coalition avec les chrétiens démocrates.

Si le pouvoir, par nature, corrompt, les règles existent, les moyens de lutter sont là, permettant de « maîtriser » la nature humaine.

Quelles leçons en tirer ?

Ce genre de scandale est un véritable carburant pour les populismes de tous poils et les démagogues de toute espèce. Une pièce de plus dans le « tous pourris » et le paradoxe est que même si l’extrême droite est elle-même mouillée, on l’a vu – dans plusieurs affaires, notamment des connections malsaines avec la Russie – cela ne décourage pas un électorat motivé par le ras-le-bol et qui ne voit pas de contradiction à voter pour des corrompus d’extrême droite dans le but de punir des corrompus de gauche ou de droite.

Si les temps politiques sont plus courts, il est toujours hasardeux de parier sur l’effet « zapping ».

Il faut saluer la rapidité avec laquelle le Parlement européen, le groupe S&D, le Pasok Kinal en Grèce ou encore le Parti socialiste belge francophone ont réagi. Outre la question éthique ou morale, il y avait aussi une question politique : le discours de cette désormais ex-vice-présidente du Parlement européen faisant du Qatar un modèle démocratique et de justice sociale dans le monde arabe était ahurissant, mais également la preuve vivante que la corruption est une des corrosions les plus nocives pour la démocratie avec le populisme : elle pousse à mentir, à falsifier les faits et à choisir l’argent plutôt que l’intérêt des gens. S’il y a bien une famille politique qui aurait pu être philosophiquement immunisée contre cela, c’est bien la gauche. Mais tout n’est pas si simple.

L’Europe progresse sous le coup des crises. Celle-ci, majeure, laissera des traces et elle aura peut-être raison de blocages qui empêchent d’aller plus loin dans la transparence et la traçabilité en matière de mouvements d’argent, des relations entre élus, fonctionnaires et collaborateurs d’un côté et groupes d’influence privés ou publics, travaillant pour des entreprises ou des Etats.

Ce travail gagnera en efficacité par des formations ou des sensibilisations en amont. Le « pas vu pas pris » ne dure jamais éternellement et tout ce qui n’est pas illégal n’est pas pour autant moral.

Voilà un travail désormais incontournable notamment pour Věra Jourová, la Commissaire en charge des Valeurs et de la transparence. Venue de la social-démocratie, elle a rejoint le parti ANO2011 de l’oligarque Andrej Babiš qui avait effectué une percée dans la vie politique en République Tchèque au nom de la lutte contre la corruption.

C’est une tâche impossible sans l’aide d’ONG, de juristes et autres structures indépendantes. L’enjeu est de taille : démontrer que le plus grand espace démocratique du monde, l’Union européenne, s’il n’est pas hermétiquement protégé contre la corruption, dispose d’outils performants capables d’évoluer face aux formes toujours nouvelles que peuvent prendre les logiques d’influence. Il est évident que les réseaux criminels ou de dévoiement de l’intérêt général savent s’adapter et trouver des alliés suffisamment bien placés pour avoir, en leur faveur, des relais dans tous les espaces de décision ou de réglementation.

A dix mois des élections européennes, il y a d’autant plus urgence que même les mesures les plus énergiques mettront du temps à produire leurs effets. Voilà un nouveau front à investir pour qui veut sauver l’Europe.

Pierre Kanuty

Pierre Kanuty est ancien conseiller régional et président d'Ile de France Europe, et responsable des questions internationales au parti socialiste

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18 Commentaires

  1. Cet article est trop vague. Il faut plus précisément que le parlement européen adopte des règles très strictes en ce qui concerne les revenus supplémentaires des Eurodéputés, le pantouflage et les liens avec les Etats et entreprises. L’affaire Kaili n’est sans doute que la face émergée de l’iceberg. Il n’y a pas de raison que ce genre de pratique se limite au Qatar et à cette personne. Par exemple il n’est pas normal que Sylvie Goilard ait pu en toute légalité percevoir de Grünberg des émoluments représentant plus du double de son indemnité parlementaire.

    1. Après avoir acheté la coupe du monde de foot ils ont juste acheté l’Europe…
      Voir une pauvre équipe de nazes à la tête remplie d’air comme un ballon qui vend son cul au Qatar dans un mausolée de macchabées pendant que tout le monde applaudit, klaxonne et jette des feux d’artifice, ça donne juste une idée du monde.
      Quelle victoire. Ils sont pétés de pétrole et de tune et ils bâtissent leur stade pour pas un rond…. Et nous les cons on va les applaudir.
      Non merci.

  2. Article sans doute écrit un peu vite. La quatrième phrase compte 121 mots (autrement dit elle est illisible par le lecteur moyen (que je suis, que nous sommes) en plus d’être incompréhensible. A toutes fins utiles, un lecteur « ordinaire » est à l’aise avec des phrases de 15 à 20 mots). Je pense que ce type de réflexion, par ailleurs hautement nécessaire, mérite un meilleur traitement. Façon également de respecter les lecteurs. Merci.

    1. Cette phrase a beau être longue, elle est construite clairement et ne me semble guère poser de problème de compréhension. Cela dit, je suis partisan moi aussi de la concision; attention cependant à ne pas éluder la complexité des choses.

  3. Le fait que le Qatargate soit né dans le groupe social-démocrate m’étonne peu. Je l’interprète comme le résultat du renoncement par les partis sociaux-démocrates d’Europe occidentale d’oeuvrer pour un socialisme démocratique au profit d’un libéralisme vaguement social. depuis les années 80 du siècle dernier. Cela a permis à une quantité d’arrivistes d’investir ces partis avec pour but l’enrichissement personnel. Au sein du parti socialiste francophone belge (qui est celui que je connais le mieux) les cas de corruption, d’escroquerie, de délit d’initié ont été légions aussi bien dans la région de Liège que de Charleroi. Le cas du député européen « socialiste », Marc Tarabella en est un dernier exemple.

  4. Bonjour.

    Comme je l’ai déjà écrit, comme d’autres le signalent dans les commentaires ci-dessus et dans d’autres dans le passé, le QUATARGATE est l’arbre qui cache la forêt.
    C’est dans la forme de gouvernance et dans le mode de fonctionnement des institutions de l’UE que faut rechercher l’origine du mal et cette « CHIENLIT ».
    La notion du contrôle avec sanction quand il y a des dérives et la responsabilisation dans l’acte de gouvernance à tous les niveaux a disparu, la notion du long terme également.
    On peut discuter indéfiniment et tourner en rond, il n’y a que dans l’applications de ces principes qu’on peut espérer progresser, nous serons complice de la montée des extrêmes en laissant faire tous ces bandits à col blanc, ils finiront à porter un sale coup à la démocratie.

    Je reprends la dernière phrase de l’article, si on veut « SAUVONS L’EUROPE », il faut être beaucoup plus pro actif ?

  5. Malheureusement ce ne sont pas que des euro députés et des réseaux d’influence politiques qui feront que ces «événements» non sportifs et sportifs « resteront des marques indélébiles » et…débiles auriez-vous pu ajouter, pour le futur. Nous apparaîtrons tous aux yeux des générations futures comme un amas de primitifs dénués de conscience, si comme je l’espère, nous parvenons encore à évoluer dans ce monde où le capitalisme et la numérisation nous ont enfermé sous la forme d’un nombre. Actuellement la plupart d’entre nous sommes encore proche du zéro.

    1. Si le modèle démocratique existe encore dans trente ou cinquante ans, on peut craindre que chaque élu ait encore à arbitrer entre les motivations de son engagement politique : principalement convictions et gout du pouvoir. Alors il y aura toujours des élus corrompus, peut-être encore plus qu’aujourd’hui pour les raisons que vous avancez, et les générations futures n’auront pas à nous en vouloir… sur ce terrain.

      1. Croyez-vous que je mette plus d’espoir de façon déraisonnable dans les générations futures ? Je ne pense pas non plus qu’elles nous en voudront et j’espère bien qu’elles pourront se gausser de nous, de notre médiocrité collective !
        Je connais les politiques pour les avoir pratiqués. Très peu sont ceux qui ont des convictions, beaucoup en montrent pour se vêtir d’une belle façade aux yeux de tous, mais dans l’intimité ils dévoilent leur vrai visage…
        Non je crois en l’évolution des consciences et des mentalités bien aidées en cela par ces «révélations» qui ne représentent qu’une petite partie de ce que nous ne savons pas tous. La vraie question : nos éco-systèmes, l’air, l’eau, la terre, qui sont bien plus résiliants que nous, supporteront-il encore longtemps nos ravages, notre manque d’intelligence, de lucidité collective ? Quand nous ne saurons pas nous en passer, eux pourront se passer de nous.

  6. petit détail supplémentaire, cette vice-présidente a été démise de ses fonctions immédiatement, certes, mais elle reste députée européenne pour son pays !! donc en plus elle continuera à percevoir ses indemnités. Pas mal comme sanction soit-disant. La pénalisation des moeurs par les médias et les juges est bien plus efficace que pour l’argent pris au passage par la corruption active. Un certain directeur du FMI en fait les frais de sa carrière politique brisée nette. Le puritanisme moral a gagné. Pourtant cela ne concernait que 2 personnes adultes. Alors que cette fois 500 millions d’européens sont touchés. Un statut de l’élu est nécessaire partout aujourd’hui, avec des pouvoirs et des sanctions à la clé. Mais le législateur fait tout pour que çà n’arrive pas.

  7. Bien trop long, désolé, ça me fatigue aussi !

    Il me semble que toute vraie démocratie est par essence sociale! Toujours bien préciser que « démocratie » veut dire « pouvoir du peuple » tant, aujourd’hui, ce mot est dévoyé de son sens originel, galvaudé à toutes les sauces, manipulé pour justifier, sanctifier, sacraliser, n’importe quelle cause, souvent contraire aux intérêts du peuple. Le populisme n’a rien à voir avec la démocratie, ce n’en n’est que son instrumentalisation, faire croire au peuple qu’il est représenté, lui faire dire des choses qu’il n’a jamais pensé, tout flatteur vivant aux dépends de ceux qui l’écoutent, peuple toujours éloigné des décisions le concernant.
    Qui dit République ne veut pas dire démocratie. Jamais on a autant joué sur les mots, les fameux et fumeux EDL, chers à la macronie pour troubler le sens commun, jamais on a autant pratiqué l’amalgame. L’abbé Séyes, un des rédacteurs de la constitution de la première république l’a clairement souligné. Elle ne sera pas démocratique et le peuple sera évacué des décisions qui appartiendront à la bourgeoisie marchande pour défendre ses intérêts (ses droits), une république censitaire fondée sur la fortune, dont au bout de la cinquième nous en subissons encore l’influence. En quoi notre république actuelle fait-elle des efforts pour une réelle parité sociale, une réelle proportionnelle ?
    Contrairement à la propagande médiatique, les français s’intéressent de plus en plus à la politique et, s’ils s’en détournent (54%), c’est de la faute des politiciens qui ne font rien pour qu’ils s’y intéressent de façon décisionnaire, oui à la politique dans son sens noble et étymologique, la gestion des affaires communes, du bien commun, non à la politique politicienne qui n’est qu’une partie de ping-pong entre des intérêts divergents, des clichés éculés, figés, prévisibles, fabriqués par des média pour plus déformer, orienter, influencer qu’informer l’opinion.
    En France, notre constitution permet à un seul homme de faire sa pluie et son beau temps contre toute opposition. Les français, les citoyens, en ont assez de la dictature des partis pris immuables, d’être réduits à l’état de spectateurs impuissants et demandent à participer davantage aux décisions les concernant et deux choses s’y opposent: la concentration des pouvoirs, sa verticalité, et l’impossibilité d’agir avec ou contre eux.
    Il n’y a rien de populiste à dire que l’UE, la France, sont gouvernés par des élites, de droite ou de gauche, qui refusent tout regard sur leurs traficotages, tout jugement, qui se réfugient les uns derrière l’intouchabilité, l’irresponsabilité pénale de leur écharpe, les autres derrière le secret des affaires, le secret défense, le 49.3, l’article 16…
    On ira vers plus de démocratie quand ces élites accepteront de partager davantage le pouvoir que nous leur prêtons, notamment au niveau local, où des maires, souvent élus par 2 ou 3 inscrits sur 10, se conduisent comme des seigneurs dans leur fief, fief souvent transmis à la famille ou aux « amis », et ne parlons pas de ces simulacres de démocratie « participative » : des sondages, des cabinets-conseil, des débats, des conventions « citoyennes », de la participation loto, du sort décidant de notre destin, ou de la leur participation : « Vous proposez, je dispose et j’impose ».
    En fait toutes ces élites, populistes et clientélistes au moment des élections, ont peur de la parole du peuple souverain, peuple alors chéri, flatté, manipulé par une surenchère de promesses de circonstance, toutes aussi mensongères, et élites s’efforçant de renforcer ses préjugés, ses intérêts de classe: « le peuple est versatile, paresseux, infantile, irresponsable… » En Suisse, les citoyens ont leur mot à dire, peuvent décider un peu de leur sort, aux USA un président en cours de mandat peut-être jugé et son action, au bout de deux ans, remise en question…
    Changer les constitutions UE et française pour donner plus de pouvoirs de décision au peuple, voilà un signe fort, démocratique, qui serait envoyé pour montrer une réelle volonté de changement, encore faudrait-il accepter de couper un peu de la branche sur laquelle on est confortablement assis, accepter de partager un peu ses pouvoirs, ses privilèges, l’information !!!
    Enfin on est loin de tout cela quand on voit « l’union » de la NUPES où chaque parti se replie sur lui-même et ne cherche qu’à tirer la couverture à lui, qu’à assurer sa survie, son hégémonie, tout comme dans l’UE où le mariage du couple fondateur vacille devant les intérêts divergents de chacun, se disputant avec les US la carcasse encore chaude de l’Ukraine sans pour autant que la peau de l’Ours soit acquise !

  8. J’approuve tous ces commentaires qui me rassurent quelque peu sur la vision de la politique en Europe.
    Par contre, le dernier commentaire est bien long lui aussi ! (:

  9. Bonjour.

    Nous tous nous montrons notre écœurement sur le comportement de nos gouvernants et de nos politiciens de tous bords.

    Nous devons réagir, comment pouvons nous nous fédérer pour dénoncer tous ces abus, pour faire évoluer cette gouvernance européenne qui est loin d’être parfaite ?

  10. Bonsoir Mylord, je crois que tous ceux qui souhaitent un changement réel et pas que des mots, voir des maux, ne peuvent envisager que 2 solutions : l’une c’est la révolution ou la révolte, violente, avec toutes les incertitudes que cela peut comporter comme en 1789 et on en voit le résultat aujourd’hui. L’autre c’est de s’unir autour d’une résistance passive, devenant massive type Gandhi avec des marches, des sittings pacifiques, le retour de la carte d’électeur, la non consommation ciblée, la recherche de l’autosuffisance et de l’autonomie. Il y a des personnes qui vivent déjà comme ça en France, sans être des marginaux. Il faut arrêter de croire qu’en votant pour des représentants «incontrôlables» nous sommes, nous qui votons, représentés. Sans contrôle des électeurs sur les mandats octroyés à chaque élection nos chers «politocards» n’en feront qu’à leur tête ou plus clairement, ce que leurs commanditaires financiers leurs dicteront.

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