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Une part du gâteau pour tous !

Réagissant aux succès électoraux des populistes en Europe, les chefs d’Etats Européens ont lancé l’initiative du « Socle Européen des Droits Sociaux », voilà juste un an lors du Sommet européen de Göteborg, fin 2017. Ce « socle social» témoigne de l’engagement de l’Union européenne à respecter d’importants principes en matière sociale, à commencer par le droit à un juste salaire. Sont également concernés, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la santé et la sécurité au travail, et enfin l’accès de tous à des service de base de bonne qualité.

A l’occasion du premier anniversaire de ce « jeune socle social », la Secrétaire général de la Confédération Européenne des Syndicats (CES)a offert un gâteau accompagné du message suivant : « Très cher Socle, nous te souhaitons un merveilleux premier anniversaire. Tu nous as donné de l’espoir pour l’avenir. Puisses-tu grandir pour réaliser ton plein potentiel. » Le message de la CES à la Commission européenne adopte par ailleurs un ton plus grave « regrettant qu’en cette heureuse occasion chacun ne reçoive pas une part du gâteau ». Il rappelle aux institutions européennes les difficultés auxquelles sont confrontés « les travailleurs de tous les pays exposés à des conditions de travail injustes, ceux qui peinent à joindre les deux bouts en raison de salaires de misère…et tous ceux enfermés dans des contrats zéro heure, ou de faux emplois indépendants ». Bref, on le comprend, pour les syndicats européens, il reste encore pas mal de pain sur la planche… d’autant plus qu’à ce jour, plus de 17 millions d’Européens travaillent dans un Etat membre autre que le leur. Un chiffre qui a doubler en dix ans !

Plusieurs chantiers ont d’ors et déjà été lancés. Notamment des projets de directives européennes relatives à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, mais aussi relatives à des conditions de travail « transparentes et prévisibles ». Il y a aussi l’ambitieux projet d’une Autorité européenne du travail, présentées par la commissaire pour l’Emploi et les Affaires sociales comme « le joyau de la couronne d’un marché du travail européen ». Cette agence facilitera notamment les inspections du travail impliquant du personnel d’un autre État, et pourra fournir un appui logistique important aux agences nationales. Une aide bienvenue dans certains pays, où les agences liées à l’emploi ont été victimes de coupes budgétaires et de licenciements ces dernières années. L’option retenue à ce stade, est que l’agence soit mise en place pour un mandat temporaire de cinq ans, et soit opérationnelle dès 2019 au départ depuis Bruxelles. Un secteur particulièrement concerné est le domaine du transport international. En effet, dans le secteur du transport routier international, plus de 2 millions de travailleurs traversent chaque jour les frontières intérieures de l’Union Européenne en transportant marchandises ou voyageurs. Le soutien opérationnel apporté par l’Autorité européenne du travail aux autorités nationales dans ce secteur peut contribuer d’y appliquer enfin de manière concrète les règles européennes en matière de mobilité.

Largement supportées par le Parlement Européen, ces propositions doivent néanmoins encore réussir tout le parcours décisionnel européen avant les élections de mai 2019 ! De nouvelles initiatives devront ensuite impérativement être présentées par la nouvelle Commission européenne, qui sera constituée l’an prochain après les élections du nouveau Parlement européen. Mais d’ici là, vu le climat politique en Europe, la Commission européenne, comme le conseil Européen -au travers duquel les Etats se prononcent sur la norme européenne- doivent encore faire des progrès rapides sur le front social. S’il trouve un début de concrétisation, le « jeune socle social» pourrait être au cœur de la prochaine campagne en vue de l’élection du nouveau Parlement. Il constituerait ainsi un élément de réponse aux pouvoir populistes en Europe. Ceux ci, prétendent libérer les classes moyennes des maux et immobilismes qui font leur déclassement social, au moyen d’une efficacité brutale et sans entrave technocratique, particulièrement bruxelloise…

Le dernier exemple en date de cet nouvelle prédilection pour le « fait accompli » étant le bras de Fer entamé par le gouvernement italien avec la Commission européenne autour du budget italien. Ce dernier a été définitivement rejeté par la Commission européenne la semaine dernière, particulièrement au motif que la dette italienne représente déjà plus de 130% de la richesse italienne annuelle. Dans ce contexte, le déficit du budget italien qui finance notamment une forme particulière de revenu universel, est considéré comme excessif par Bruxelles. Ce mini Putsch budgétaire par l’Italie, illustre une autre manière d’envisager le « partage du gâteau en Europe » en prenant l’économie européenne en otage d’un financement national du besoin de protection et de sécurité des classes moyennes en Europe.

Jean-Pierre Bobichon et Henri Lastenouse

Jean-Pierre est conseiller auprès de l’Institut Jacques Delors – Membre fondateur de Sauvons l’Europe. Henri est Secrétaire général de Sauvons l’Europe, entre beaucoup d’autres choses
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16 Commentaires

    1. Il suffit de taper « socle européen des droits sociaux » sur Google pour constater qu’une information plutôt abondante existe à la source – et notamment au niveau de publications de la Commission européenne (communiqués, brochure, etc.)

      Hélas ! en ce domaine comme en quantité d’autres, ce type d’information est peu, mal ou pas du tout relayée. Mais il est vrai que c’est de préférence lorsque ça va mal dans l’UE que les grands médias daignent prêter une certaine attention à l’actualité européenne.

      J’en profite pour signaler qu’en plus de ces sources directes et de ces médias l’observatoire de l’actualité européenne que constitue « EU Logos » suit de près l’évolution de cette actualité et publie quotidiennement sur son site des articles fort bien documentés et argumentés.

  1. Tout cela est bien et « en même temps », même si ça a le mérite d’être posé, bien tardif !

    En effet, nous sommes déjà tous comme sur le Titanic après sa rencontre avec l’iceberg !

    Les prochains droits en UE seront bientôt ceux de pouvoir respirer dans un monde où l’air sera devenu irrespirable.

    Les titres des prochains articles prospectifs pourraient être : le droit de vivre en Europe (…et ailleurs), l’accueil subventionné par…les pouvoirs publics, les multinationales…? de millions de migrants venus de zones invivables, le partage obligatoire des richesses pourr pouvoir vivre en paix, le droit d’utiliserla force de frappe nucléaire pour résoudre des problèmes de régulation que nos représentants n’ont pas su (voulu ?) traiter en temps de paix etc.

  2. Soyons sérieux Si le chaos s installe ce sont les cryptofascistes qui ramasseront la mise et si la part du gâteau sera peut-être la même pour tous mais ce sera une portion congrue

  3. « Largement supportées par le Parlement Européen, ces propositions doivent néanmoins … »
    Parlons français S.V.P. En français, supportées veut dire subies.
    A moins que ce ne soit « un lapsus révélateur », comme on le dit pudiquement ?

    1. Moi qui suit un défenseur zélé, un « supporteur » de notre langue, irrité en particulier par ces dérives continuelles vers le globish, je ne pense pas qu’il y ait matière à contester cette formulation.
      L’un des sens de supporter est en effet soutenir, porter, telle la charpente qui supporte les tuiles.
      Ceci étant, comme vous le dites, il y a peut-être aussi le sens subliminal de subir, endurer…

      1. Comme il arrive que nous partagions occasionnellement quelques idées communes – voire quelques combats, par exemple pour la défense de la langue française dans un monde de plus en plus « globishisé » – je vous rejoins tout à fait quant à la connotation de « soutenir » au sens moral ou intellectuel. Cela me rappelle même le cri du coeur de ma lointaine jeunesse: « Allez, Racing ! ».

        Quant au sens subliminal, c’est sans doute une question de… subjectivité.

    2. J’ajoute que je suis davantage agacé de lire des phrases telles que celles-ci :
      « Une part du Gâteau pour tous! » : titre de cet article dans lequel il n’y a pas d’espace entre le dernier mot et le point d’exclamation, une graphie directement influencée par l’anglais.
      « Un chiffre qui a doubler en dix ans ! » : une faute d’accord particulièrement répandue, de même que celle-ci « J’ai fait réparé », fautes qui tendent même à devenir la norme.

  4. Le droit à un juste salaire, question très d’actualité actuellement en France
    Emmanuel Macron, et même ses deux prédécesseurs ont été élu pour que les choses évoluent, et notamment pour que les comptes de la maison France soient assainis et la dette que nous allons laisser à nos enfants réduite.
    Cela veut dire en gros augmenter les recettes de l’état et diminuer ses dépenses.
    Augmenter les recettes est facile, François Hollande a augmenté les impôts jusqu’à l’écœurement, Emmanuel Macron, lui a augmenté les taxes jusqu’aux gilets jaunes.
    Diminuer les dépenses s’avère beaucoup plus difficile. On essaye le regroupement des communes, ces regroupements créent plus de nouvelles dépenses qu’ils n’en économisent, on réduit les subventions de l’état aux communes, elles augmentent les taxes, on regroupe les régions, on ne voit pas d’économie, on parle de réduire l’Assemblée et le Sénat, on ne voit rien venir, le millefeuille se défend et même grossi, et quand on lui parle de réduire les dépenses, il se cache derrière les blouses blanches et les robes des juges qui sont, il est vrai, mal en point, ou bien même l’éducation nationale qui, étant donné les profonds remaniements proposés par chaque nouveau ministre, mériterait visiblement une profonde réflexion.
    Cerise sur le gâteau, la dette continue d’augmenter. Mais où passe l’argent ?

    1. Où passe l’argent ? Dans les poches des politiques et de leurs conseillers et autres larbins qui s’octroient des salaires ou « indemnités » mensuels supérieurs au salaire annuel de la plupart des Français.
      Il faudrait que les élus comprennent qu’ils ne sont pas les « patrons » mais au mieux, les employés des électeurs, et encore… uniquement de ceux qui ont voté pour eux, c’est-à-dire trop peu pour pouvoir parler de légitimité !

      Quant au socle européen des droits sociaux, comme beaucoup je n’en ai jamais entendu parler. En tout cas, à la lecture de votre article, je pense que les chefs d’Etats en question le massacrent de plus en plus ce socle social au lieu de le renforcer. Avec un président de la commission européenne tel que Junker les peuples européens ont du souci à se faire et ce ne sont pas les succès des populistes qui amélioreront la situation des plus démunis, au contraire !

      Si tous ces élus veulent vraiment améliorer quelque chose, qu’ils commencent par suivre le conseil ci-dessous (le document date un peu) :

      https://www.facebook.com/Archivages/videos/179740009491389/

  5. Je ferai un petit accès de mauvais esprit en disant que ce « socle social » est effectivement lancé en réaction aux tentations « populistes » par nos « dirigeants ».
    À un an des élections européennes, probablement pour tenter de placer là l’un des multiples pansements dont ils ont le secret…
    Et, conformément à l’un des nombreux reproches qui circulent sur « l’union », il s’agit encore ici de colmater une fuite, bien plus que d’un projet politique, une vision d’avenir, un horizon commun auxquels les « peuples » européens seraient invités à participer.
    Le projet politique, la vision d’avenir, c’est « un marché où la concurrence est libre et non faussée ».
    Comment, avec ce genre « d’initiative » pouvez-vous, peuvent-ils imaginer emporter l’adhésion des populations ?…

  6. C’est encore une avancée régressive !! La solution aux problèmes Européens passe par le respect des citoyens de l’union . Suffit les Traités négociés en cachette sous des prétextes fallacieux . Suffit les distorsions de législations entre Etats Membres. Suffit les délocalisations d’industries. Et alors vous verrez les citoyens se dire , l’Europe c’est notre avenir.

    1. En ce qui concerne la négociation des traités, vous soulevez là une question fort pertinente.

      J’ignore si votre critique porte uniquement sur les « traités de base », comme celui de Lisbonne. Mais on ne peut négliger le fait que le traité dit « constitutionnel » dont il s’est largement inspiré avait, lui, donné lieu à une procédure d’élaboration originale, en particulier par le recours à une « Convention ». Celle-ci, je le rappelle, comprenait, entre autres, des représentants du Parlement européen ainsi que des parlements nationaux et des représentants de la société dite « civile » oeuvrant dans un climat de transparence rarement atteint au niveau international.

      Qu’on ait ensuite choisi plutôt maladroitement de vouloir, dans certains Etats membres, faire ratifier le texte par voie de referendum – surtout lorsque l’on sait que le citoyen est davantage tenté de répondre à celui qui pose la question qu’à la question elle-même – est une autre affaire… qui, à mon sens, traduisait paradoxalement un grand mépris des citoyens auxquels on n’a pas à « infliger » la lecture d’un projet aussi complexe. Mais la dictature des apparences étant ce qu’elle est, certains ont eu beau jeu de crier hypocritement au scandale lorsqu’on s’en est ensuite remis à la sagesse de la représentation nationale.

      Au-delà des traités de base, existe une autre catégorie: celle des accords internationaux engageant l’UE. Sans doute certains se souviennent-ils de la colère manifestée par le responsable socialiste belge Paul Magnette s’élevant, dans sa « déclaration de Namur » de 2016, contre la « discrétion » ayant présidé à la négociation – voir à l’aval – du traité de libre-échange avec le Canada (le CETA) , au mépris de compétences reconnues aux autorités régionales dans le système fédéral de son pays. Mais il est vrai que la Direction générale du Commerce, département assimilable à un véritable « Etat dans l’Etat » au sein de la Commission européenne, a pour prétention de garder jalousement ses prérogatives, quitte à faire quelques caprices de diva lorsqu’on s’avise de perturber l’ « ordre des choses ».

      Mais peut-être serez-vous encore plus sensible à un autre exemple: celui de l’accord de Cotonou établissant les relations particulières entre l’UE et les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Cet accord de partenariat arrivant à échéance en 2020, son renouvellement est en cours de négociation depuis quelques mois. On peut éventuellement s’interroger sur l’information plus ou moins régulièrement diffusée au sujet de ces négociations. Mais deux éléments en corrélation avec ce processus ne sont peut-être pas tout à fait à négliger, à savoir que:

      – la préparation du terrain a donné lieu, du côté de l’UE, à une consultation publique des citoyens (sans doute pas suffisamment relayée par les médias) dès la fin de 2015

      – le mandat de négociation donné par les ministres européens à la Commission n’est pas resté secret: on en trouve le texte sur le site du Conseil (document 8094/18 du 21 juin 2018). Je me permets simplement d’ajouter à ce sujet que, peut-être du fait d’une consultation pas assez poussée de ma part, je n’en ai trouvé le texte que dans la langue de Mme May (ça évite de servir Shakespeare à toutes les sauces)… ce qui est une autre histoire…

  7. À la réflexion, en y réfléchissant, je dois avouer qu’il y a quelque chose de comique, mais aussi de pathétique et d’affligeant dans cette histoire de « socle social ».

    En effet, après avoir méthodiquement démantelé le droit du travail français, pour « l’amélioration de la compétitivité », supprimé nos professions réglementées au nom de la sacro-sainte doctrine de la « concurrence non faussée », à grands coups de « recommandations » incluses dans les inexorables GOPÉ (grandes orientations de politique économique) pour la France, et ALORS MÊME QUE LES FRANÇAIS NE DEMANDAIENT RIEN, voici maintenant que cette même « union » prétend nous imposer un « socle social » qu’on n’aurait pas encore !

    Autrement dit, de qui se moque-t-on ?!

  8. s’il n’y avait que supporter et doubler!
    Jean-Pierre Bobichon et Henri Lastenouse, vous avez fait vos preuves: Désormais vous pouvez écrire des éditoriaux pour Sauvons l’Europe.

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