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Sortir de la bienséance européenne

Antonio Tajani, Président improbable d’un Parlement européen introuvable, vient d’accorder un entretien au Corriere dela Serra dans lequel il s’exprime sur la recomposition du jeu politique italien et défend une position partisane. Ceci soulève un certain nombre de questions, sur le rôle des représentants des institutions européennes et l’existence d’un devoir de réserve de leur part.

Disons-le clairement: l’Europe cherche son entrée dans une voie politique, où l’élection au suffrage universel commande les responsabilités et les orientations politiques. Ceci est destiné à nous amener loin de la vision usuelle d’un système politique européen qui réalise un point d’équilibre entre les démocraties nationales, dans lequel bien entendu les responsables européens ne devaient pas perturber les jeux nationaux. Il en reste cette idée en particulier pour les Commissaires qu’une fois nommés ils deviennent strictement indépendants de leur pays et de leur courant politique. Si l’idée est qu’il ne sont pas un agent stipendié de leur gouvernement, cela va de soi. Si l’on doit en tirer la conclusion qu’ils ne peuvent plus exprimer leurs options politiques, ni intervenir dans le débat démocratique de leur pays, ce n’est plus adapté avec le nouveau régime des choses.

Imagine-t-on interdire à un ministre français d’intervenir sur des sujets politiques ? Lui demander de se tenir à l’écart de la vie politique locale de sa Bretagne natale? Au nom de quoi? C’est précisément au regard d’un équilibre politique qu’il est ministre, soit sur son poids personnel, soit parce qu’il s’inscrit dans une action politique plus large.

Donc Antonio Tajani qui avait beaucoup mis en veilleuse ses liens avec Berlusconi pour atteindre le perchoir européen espère publiquement qu’une faute de procédure permettra à ce dernier, condamné pour fraude fiscale, de revenir conduire la droite italienne aux prochaines élections. C’est goutu, mais c’est la réalité quotidienne de la vie politique italienne. Tajani n’est pas un apatride, il est un adjoint fidèle de Berlusconi, ancien royaliste et conservateur convaincu. C’est à cela qu’il doit sa légitimité démocratique, élu par les italiens sur une liste défendant ses options. C’est à cela qu’il doit d’être Président du Parlement, dont il représentait marginalement mieux la composition que son rival social-démocrate. Il semble normal qu’il puisse défendre son camp.

Cette question, nous ne nous la posons pas au sein de l’espace politique français, et personne ne se la pose dans des états fédéraux comme l’Allemagne ou les Etats-Unis. Bien sur que les représentants nationaux d’un courant politique peuvent venir soutenir localement leur camp! Ca s’appelle la politique démocratique et il est sain que nous commencions à y entrer. Faute de quoi l’espace démocratique européen restera une somme de bulles démocratiques nationales étanches.

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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2 Commentaires

  1. Dans le système actuel, le problème n’est pas le Parlement, mais la Commission, travaillant actuellement dans l’ombre, qui devrait avoir sa propre instance complémentaire de celui-ci (balance des pouvoirs), pour soutenir ou non le président européen dans ses actions (selon les capacités qui lui seraient conférés/traités fédéralisme ou confédéralisme).

    1. Suggestion intéressante. Je souhaiterais néanmoins avoir un éclaircissement sur un point: qu’entendez-vous plus précisément par « la Commission, travaillant actuellement dans l’ombre » ? Merci d’avance pour … votre éclairage.

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