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Séisme diplomatique dans le Pacifique

C’est un changement stratégique majeur qui vient d’intervenir dans le Pacifique avec l’annulation par l’Australie d’un contrat de production de sous-marins.

Il ne s’agit bien entendu pas uniquement de ventes d’armes, les armes étant régulièrement l’accessoire d’un partenariat stratégique. Le choix par de nombreux pays du F35 comme avion de combat, que l’armée américaine considère elle-même comme beaucoup trop cher et inadapté, ne tient évidemment pas aux qualités de l’appareil. La France, seule puissance européenne réellement présente dans le Pacifique et y disposant de territoires à défendre, avait fait de son alliance avec l’Australie le pilier de son système militaire local.

Deux stratégies existent face à la pression chinoise : la confrontation, économique et militaire, portée actuellement par les USA, et une position plus souple qui voit d’abord la Chine comme un partenaire commercial à modérer par un rapport d’influence, à laquelle souscrivaient l’Australie, l’Inde et l’Europe. La Chine se montre de plus en plus agressive et a opéré cet été des rétorsions commerciales sur l’Australie pour des interrogations sur les sources du coronavirus, ce qui a précipité un changement de pied de ce pays vers les USA.

La conséquence pour les sous-marins est qu’il seront moins nombreux, plus coûteux et arriveront plus tard. En revanche ils seront à propulsion nucléaire, ce qui signifie symboliquement que l’Australie met un pied dans la sphère atomique. La Chine a reçu le message diplomatique, et a déclaré que l’Australie était désormais une cible potentielle de représailles nucléaires. Ils ne seront pas non plus autonomes et ces réacteurs seront de fait sous contrôle américain, avec vraisemblablement des militaires américains à bord. Après les systèmes de renseignements via « Five Eyes », c’est donc la marine australienne qui passe sous pavillon américain. L’ampleur du basculement est majeure.

Cette nouvelle est un premier bouleversement. La tension internationale envers la Chine s’accroît et l’Europe doit le prendre en compte dans sa stratégie.

Il y’a ensuite la manière. Il est normal que l’Australie modifie sa stratégie et son système d’alliances. C’est au minimum une mauvaise manière de tenir son partenaire, la France, dans l’ignorance de ces réflexions. Il semble que les discussions ont commencé il y’a un an et demi, pendant lesquels l’Australie a réaffirmé à la France la solidité de son engagement, jusque 15 jours avant la rupture. Mais c’est également le cas des USA vis-à-vis d’un allié européen.

Ceux qui attendaient une évolution dans les relations internationales après le départ de Trump doivent regarder les choses en face : America First était déjà la politique d’Obama, avec plus de diplomatie. Elle reste celle de Biden, et elle est là pour rester. Ceci pose la question de l’OTAN comme base de la défense européenne, question qu’Ursula von der Leyen a soulevé sans le dire lors de son discours sur l’état de l’Union ce mercredi.

Enfin nos amis anglais. Le geste de mépris français qui consiste à ne pas même pas rappeler notre ambassadeur à Londres a été explicité par Jean-Yves le Driant, rappelant que leur « opportunisme » est bien connu et les traitant en cette affaire de « cinquième roue du carrosse ». A l’Elysée, quelqu’un a évoqué auprès d’un journaliste qu’en cas de problème dans un restaurant, on vire le cuisinier et pas « celui qui fait la plonge ». Depuis le Brexit, chacun a multiplié les déclarations d’intention sur la continuation des coopérations militaires et industrielles entre le Royaume-Uni et l’Europe. Pour l’heure sans grand débouché. Les choses seront désormais un peu plus délicates.

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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3 Commentaires

  1. cette pénible histoire de sous-marins a au moins le mérite de nous dégager de toute obligation de soutien « systématique » vis à vis d’un pays qui n’a pas tenu sa parole vis à vis de la France.;Ceci dit il faut relativiser tout ce fracas médiatique pour un pays dont les soldats sont morts par milliers sur le sol de Picardie en 14-18;comme en attestent les nombreux cimetières militaires australiens dans la Somme.; J’habite en Picardie ou tout le monde connait le cimetière de Friville-Escarbotin (près d’Amiens)

    1. La guerre de 14-18 date d’il y a un siècle… Ce n’est plus vraiment une référence pour guider la stratégie française et européenne en plein XXIe siècle.
      Les alliés d’hier peuvent devenir les ennemis d’aujourd’hui. Il suffit de voir ce qui s’est passé avec l’Allemagne. Nous avons beaucoup plus d’intérêts communs et d’affinités avec l’ensemble des pays européens qu’avec les Américains, les Australiens, pour ne pas parler des Indiens, Chinois, etc…

  2. S’il ne faut pas occulté le passé, il faut évoluer avec son temps, être réaliste sur l’état du monde actuellement.
    Comme je ne cesse de l’écrire dans mes commentaires passés, la seule réponse à apporter est la création rapide de la nation européenne, arrêtons de tergiverser, mettons là rapidement en place avec les pays qui ont compris cette évidence, les autres suivront.

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