Qui va payer ? La question reste en suspens

C’était il y a tout juste douze ans de l’autre côté du périphérique, à Aubervilliers. Sauvons l’Europe et la Confédération Etudiante (proche de la CFDT) posaient la question générationnelle :

« Plusieurs tables rondes sous le chapiteau en bois de l’Espace fraternité à Aubervilliers en proche banlieue parisienne. Une cinquantaine de jeunes gens se passent le micro sur des sujets aussi divers que l’immigration, la dette ou l’éducation, dans une ambiance très détendue. Le débat se déroule lundi 9 mai 2011, date de la journée de l’Europe. Une soirée modeste donc mais tout en symbole. Elle consiste pour l’association Sauvons l’Europe à lancer sa pétition «Qui va payer ? » qui plaide pour la création d’une eurotaxe Erasmus afin de financer des politiques publiques destinées aux jeunes. »

L’initiative de Sauvons l’Europe interrogeait « quelles illusions reste-t-il encore à la jeunesse européenne à l’heure où elle se voit implicitement proposer le Yalta générationnel suivant : « la dette pour les juniors, le patrimoine pour les seniors » ?

Douze ans plus tard, passées une épidémie sanitaire planétaire et une guerre en Europe, l’inflation est de retour qui, si elle rabote la dette, implique des taux d’intérêt incompatibles à long terme avec l’état de nos économies. Enfin, la dette climatique s’est imposée à tous et mobilise une génération jusqu’à façonner son identité, rendant presque invisible la progressive disparition du chômage de masse.

Nous nous interrogions sur la tentation de régler par l’austérité d’une règle d’or la dette de la crise financière en avertissant que figer les situations générationnelles reviendrait à transformer le projet européen en mouroir, et que même l’inflation mesurée qui avait historiquement eu le mérite de débarrasser le monde renaissant des dettes anciennes ne permettrait pas de forcer un dynamisme si elle ne s’accompagnait pas d’une chance donnée aux nouvelles générations, et à leurs manières de faire.

Des « dettes inter-générationnelles non soldées » de ce premier quart de siècle, aura émergé le divorce profond des nouvelles générations d’avec le monde d’avant. Particulièrement sa classe politique, mais aussi ses entreprises incapables de donner du sens à leur travail.  Le tout  libérant trop souvent de nouvelles formes de radicalités et de disruptions démocratiques… Le retard technologique de l’Europe s’accroît et comme nous nous inquiétions il y a douze ans, après la révolution de l’Internet c’est celle de l’intelligence artificielle que nous regardons passer faute d’avoir créé les structures d’innovation nécessaires. Les ingénieurs qui assurent la suprématie américaines viennent bien souvent de nos écoles, où il n’ont rien trouvé qui les retienne.

Depuis douze ans, nous creusons autour de nos intuitions. Pour une évolution démocratique plus participative. Pour une plus grande capacité à taxer les entreprises transnationales. Pour des politiques industrielles dans le digital, ne fut-ce qu’à travers le logiciel libre. Et nous continuerons demain.

Henri Lastenouse
Henri Lastenouse
Vice-Président de Sauvons l'Europe

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9 Commentaires

  1. Excellente analyse pas très optimiste d’ailleurs. Que proposez vous pour remédier aux problèmes que vous soulevez ?

  2. Je pense que la question est mal posée. Le problème de la dette publique, même si elle s’inscrit dans l’histoire, n’est pas un problème de générations mais un problème de redistribution des richesses. Commencée dans le dernier quart du 20ème siècle, la formidable accumulation de capital provoquée d’une part par la mondialisation capitaliste de l’économie, associée à la formidable explosion de la révolution technico-numérique et, d’autre part, par les profits colossaux tirés des différentes crises (financières, sanitaires, écologiques, géo-politiques) n’est pas l’apanage des tranches les plus anciennes de la population, loin s’en faut. Elle a été possible grâce à l’abandon du politique du champ de la gouvernance. L’abandon des idéaux de la social-démocratie (services publics, fiscalité progressive, sécurité sociale) me semble en être une des causes principales. A tort ou à raison, poser le problème de la dette publique et de la révolution technologique (pour quelle finalité ?) sur le plan générationnel me semble peu pertinent. De plus, elle me semble diviser plutôt qu’unir pour une révolution salutaire pour pouvoir reprendre nos destinées en main.

  3. D’accord moi aussi avec les conclusions dYves Herlemont, nos politiques ne veulent rien changer au statut quo, il y a belle lurette que la « sociale démocratie » qui avait fait avancer loin plusieurs pays européens, a fondu comme neige au soleil, et même dans les pays du nord de l’Europe où, avant la mondialisation, les régimes sociaux étaient optimaux, et où tout fonctionnait bien pour la société toute entière, on a vu dégringoler ces régimes pour que les richesses puissent, là aussi, s’accumuler au gré des grandes fortunes, des placements de bourse eux aussi mondialisés, devenus opaques, et on a vu ces pays gérés par la toute puissance numérique aux mains des traders exaltés par leur pouvoir à déplacer des montagnes et rémunérés par les plus gros lobbies de la planète

  4. La dette publique est le fruit d’une construction sociale, tout comme la monnaie.
    Il serait peut-être temps de se débarrasser de cette construction sociale qui ne fait que créer des problèmes insolubles.
    On pourrait imaginer un monde où ce sont les états qui prêtent de l’argent aux entreprises privées: après tout ils leur prêtaient déjà les infrastructures (réseaux routiers, ferrovaires, adduction d’eau, égoûts, voies fluviales, ports, télécom, etc) pour finir par les leur céder à des prix trop souvent dérisoires. On pourrait rapatrier la création monétaire dans le champ de compétence des instances gouvernementales.
    Par contre, personnellement, je ne ferais pas confiance à l’intelligence artificielle pour trouver une nouvelle organisation de l’économie qui soit au service de l’humanité entière plutôt qu’à celui d’une élite auto-proclamée.
    Pour moi, ChatGPT et consorts ne sont que des perroquets électroniques qui tirent leur inspiration non seulement de Wikipédia et autres sources fiables, mais aussi de tout ce qui circule sur les réseaux sociaux (excellent pour rédiger des discours politiques).
    Leur utilisation inconsidérée (c’est-à-dire dans un but lucratif) va conduire à un effondrement de la créativité et donc du génie humain (la paresse intellectuelle est un effet collatéral de l’optimisation par le corps humain, de sa consommation d’énergie).
    Cessons d’envier nos amis d’outre-atlantique, tout n’est pas plus vert sur le continent américain.

  5. La question du financement des politiques publiques doit respecter le principe de subsidiarité ! Financer Erasmus bien sur car il s’agit d’échanges entre pays! mais « financer des politiques publiques destinées aux jeunes » relève du national car les politiques sociales, le financement de l’éducation varie beaucoup d’un pays à l’autre.
    Quant à refuser le débat public sur la réalité de la dette et ne rien faire aujourd’hui, c’est faire reporter sur les générations futures sa charge …. mais c’est comme pour les retraites !

  6. « Les ingénieurs qui assurent la suprématie américaines viennent bien souvent de nos écoles » dites vous… « Bien souvent » ? Mais non : car les ingénieurs américains, adossés sur les plus grands centres mondiaux de recherche, sont meilleurs que nos ingénieurs,à nous, « le plus souvent » ! Il faut faire un aggiornamento : se bercer d’illusions n’a qu’un temps.

  7. Bonjour.

    Les causes principales de l’écroulement du système économique, politique et financier de l’URSS en 1991 sont du à lourds déficits, d’un endettement croissant (balance commerciale déficitaire), de la hausse de l’inflation, d’une absence de productivité et d’innovation.

    On retrouvent ces causes dans la situation actuelle de nombreux pays occidentaux dont la France, nos gouvernants oublient les leçons de l’histoire, nous allons progressivement dans le mur, personne n’a le courage de le dire et de l’écrire, aucuns gouvernants n’a le courage de prendre le taureau par les cornes pour corriger cette néfaste trajectoire.

    Une règle élémentaire, de bon sens est oublié, on ne peut dépenser plus qu’on ne gagne, c’est vrai au niveau d’une famille que d’une nation.

    L’emprunt sert à financer des projets long terme d’innovation permettant des gains de productivités et autres, il ne doit pas servir à refinancer des dettes que l’on n’a plus les moyens d’assumer, quand c’est le cas sur une durée plus ou moins longue, le risque de faillite doit ‘être envisager, et alors après ????

    Certains vont trouver mon raisonnement simpliste, peut-être, j’attends alors leurs explications ?

    • Bonjour.

      J’ajouterai que notre société privatise les profits pour une minorité et collectivise les dettes pour la majorité des citoyens, cherchez l’erreur ?

      Un nouveau modèle de société doit naître sur les bases d’une répartition des richesses sur l’ensemble de la population et non sur cette pitoyable minorité qui assassine l’humanité, la crise climatique et l’intelligence artificielle (IA) ne nous laissent plus le choix, nous devons changer notre mode de vie sinon notre planète sera invivable, l’IA va révolutionner notre vision du travail, elle va remplacer l’humain dans de très nombreux domaines, c’est une chance pour le mieux vivre collectif à condition que cesse cette accaparation de richesses par certains, si cette évolution ou révolution ne se fait pas, alors nous irons à la catastrophe ( certains films de science fiction nous l’on prédit ?).

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