ActualitésEditoEn UneNos ActionsQui va payer ?

Quand l’Europe fait Date !

La Seconde Guerre mondiale et le génocide Nazi, la chute de l’Empire soviétique et maintenant le Covid 19… trois rares moments où l’Europe aura fait date… Il y eut la génération qui fit le Marché commun et créait ainsi les bases de la réconciliation après-guerre. Il y eut la génération qui fit l’Euro et confirmait par cela son attachement aux fondements du pacte européen, après la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, dans le sillage de la crise sanitaire, une autre génération préside à la mise en place d’un véritable budget européen, qui permettra enfin une véritable solidarité financière entre Européens.

S’il fallait encore un indice du caractère historique de l’extraordinaire séquence du Covid 19, regardons l’avancée inattendue vers une Europe fédérale réalisée depuis un mois par la génération politique d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel. D’ailleurs, la présidente de la Commission européenne n’a pas dit autre chose devant le Parlement européen le 27 mai dernier. Elle y présentait un plan de relance budgétaire sans précédent de 750 milliards d’euros, constitué essentiellement de subventions non remboursables, afin de permettre aux Européens de surmonter la récession la plus grave de leur histoire. S’adressant en français aux eurodéputés, elle rappelait : « l’Europe est une histoire de générations et chaque génération a sa propre histoire ».

Profitant du moment, Emmanuel Macron et Angela Merkel appliquent la seule recette qui fonctionne en Europe. Le directeur de cabinet de Robert Schuman la résumait ainsi en son temps : « lorsqu’il y a un dossier important, techniquement complexe, mais bien ficelé, et qu’à Bonn et à Paris, il y a une forte volonté politique au service d’objectifs identifiables, alors, l’Europe avance, et, au fond, nos partenaires ne nous en tiennent pas rigueur, dans ce cas » Surtout si, comme à l’âge d’or du triangle Kohl – Mitterrand – Delors, la chancelière et le président comprennent tout le bénéfice qu’ils peuvent tirer de la Commission européenne. Aux yeux des autres Etats-membres, en s’appropriant la proposition franco-allemande, la Commission apporte la crédibilité européenne nécessaire à l’initiative bilatérale de deux Etats.

Ainsi c’est bien Ursula von der Leyen et ses services qui ont établi le plan de relance européen. Une proposition véritablement européenne et qui n’oublie personne. Quand le couple franco-allemand proposait un plan de subventions à hauteur de 500 milliards, la Commission, en augmentant la taille du fonds de relance à 750 milliards d’Euro, envoie un signal aux pays du sud, dévastés par la pandémie. Mais, en proposant que les 250 milliards supplémentaires ne fassent pas l’objet de subventions, mais soient distribués sous forme de lignes de prêt, Ursula von der Leyen tient également compte des réticences des pays qui hésitent encore à accepter le compromis franco-allemand – notamment l’Autriche et les Pays-Bas, hostiles à l’idée de subventionner les pays du Sud.

La nécessaire négociation à venir à la recherche d’un consensus à 27 ne diminue en rien le caractère historique de ce que s’apprêtent à faire les européens. Leur gouvernement commun, la Commission européenne, va emprunter un budget sur les marchés pour le redistribuer selon un critère d’urgence et de besoin économique et non selon la règle du « juste retour » ou selon la capacité de remboursement des bénéficiaires. Nous vivons un moment que d’aucuns pourraient qualifier «d’Hamiltonian ». L’expression renvoie à l’année 1790 aux États-Unis, quand le premier Secrétaire du Trésor Alexander Hamilton présida à la reprise par le jeune gouvernement fédéral des dettes contractées par les États américains pour le financement de la guerre d’indépendance. En se rendant à l’évidence, ces Etats confédérés devaient accepter qu’aucun d’eux n’était en mesure de rembourser seul ce fardeau. Mais en mettant leurs forces ensemble, la création d’une dette commune, fédérale, permettait de soulager les différentes entités, à condition qu’elles acceptent en contrepartie d’attribuer des pouvoirs accrus aux nouvelles institutions fédérales.

Naturellement, la prudence reste de mise… D’une part la Banque centrale européenne ne cesse d’avertir sur la dégradation de la situation économique. De plus, elle sera sans doute seule à tenir le front jusqu’à l’arrivée des renforts financiers bruxellois en début d’année prochaine. Notamment sur la question centrale des taux d’intérêt sur les emprunts d’Etat dans la zone euro. D’autre part, l’Europe est avant tout une construction par le droit, et la mise en équation juridique de la proposition de la Commission ne se fera pas en un claquement de doigt.

Pourtant, il semble bien que le fond de l’air ait définitivement changé en Europe, à quelques semaines de la présidence allemande de l’Union européenne. La présidente de la Commission européenne n’hésitant plus à affirmer « les mesures les plus audacieuses sont toujours les plus sûres » et baptisant le fond de relance européen « Next generations EU » pour rappeler qu’il s’agit là de l’acte d’une génération, « inspiré pour ceux d’après », soit « réparer et préparer pour les générations futures ». Un objectif au demeurant très proche des propositions portées par Sauvons l’Europe depuis dix ans pour un Fonds Européen Erasmus à destination des nouvelles générations en Europe. Et une réponse à la question que nous posions déjà, lors du cinquantenaire du traité de l’Elysée, en 2013, à la Chancelière allemande et au Président français. Avec les amis et partenaires du dfi (Deutsch-Französisches Institut), nous avions alors remis notre brochure: « Qui va payer ? » (les dettes d’hier et les investissements de demain ?) à François Hollande et Angela Merkel. Et dans l’entourage du Président, venu à Ludwigsburg pour l’occasion, on pouvait apercevoir le jeune conseiller E. Macron…

Henri Lastenouse et Stefan Seidendorf

Henri Lastenouse est secrétaire général de Sauvons l’Europe, et Stefan Seidendorf est directeur adjoint de l’Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg
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Henri Lastenouse

Henri Lastenouse est Secrétaire général de Sauvons l'Europe, et tant d'autres choses encore !

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2 Commentaires

  1. On ne peut pas être heureux de cette crise, mais on peut presque regretter qu’elle ne se soit pas produite plus tôt si elle sort enfin l’Europe de son enlisement. Au moins aurons nous certainement de meilleurs réflexes à la prochaine crise sanitaire.

  2. Ne soyons pas naïfs, ni aveuglés : « qui va payer ? » Certainement notre jeune président grâce à sa future retraite payée par le contribuable français !
    Plus sérieusement les jeunes générations auront, plus que de milliards d’euros, besoin d’un air respirable, d’une eau potable buvable et d’un avenir désirable…Et ça n’est pas assuré par le plan de sauvetage, si les milliards doivent essentiellement servir des intérêts privés qui nous ont emmenés là où nous en sommes.

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