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Pedro Sanchez, nouvelle superstar de la social-démocratie européenne

Pour la gauche espagnole, les élections législatives du 28 avril étaient celles de tous les dangers. Certes, il n’existait guère de doutes quand au fait que le PSOE parviendrait à terminer en tête mais le scénario andalou restait dans tous les esprits : le double pacte passé avec les libéraux d’une part et l’extrême droite d’autre part avait alors permis aux conservateurs du PP de faire basculer ce bastion socialiste historique. Pendant plusieurs semaines, les sondages d’opinion indiquaient que l’Espagne toute entière était susceptible de subir le même sort avec une droite tripartite frôlant les 176 sièges, ce qui aurait alors signifié un gouvernement dirigé par l’ultra droitier Pablo Casado et des ministres issus du mouvement néo franquiste Vox comme le leader du PP l’avait préalablement laissé entendre. Au final, ils n’en ont obtenu que 149 contre 166 pour la gauche dans son ensemble et tout le mérite en revient à l’excellente campagne du PSOE et de son leader Pedro Sanchez qui ont réussi à mobiliser davantage que la droite.

Avec un score de 28.7%, le PSOE termine avec douze points d’avance sur ses rivaux du PP et obtient quasiment le double de sièges (123 contre 66) ce qui constitue une performance remarquable dans une Espagne devenue plus morcelée politiquement et multipartite depuis quelques années. Le gouvernement de Pedro Sanchez a pu se prévaloir de son très bon bilan : en moins d’un an et avec une assise très minoritaire aux Cortes, les Socialistes ont réussi à prendre davantage de mesures sociales que bien des gouvernements en une législature complète avec, notamment, une augmentation d’ampleur historique du salaire minimal, l’allongement du congé paternité ou encore des aides importantes pour les personnes dépendantes. Afin d’y parvenir, ils n’ont pas hésité à assumer leur identité de gauche par le biais de mesures fiscales volontaristes avec une augmentation du niveau de taxation portant sur les revenus les plus élevés et sur les patrimoines les plus importants. Ce budget 2019, qualifié de « plus social d’Europe », est sans aucun doute le facteur clé de la reconquête des électeurs qui s’étaient portés sur Podemos en 2015 et 2016 : il y aura maintenant 3 fois plus de députés socialistes que de députés Podemos, marquant ainsi de façon nette la prééminence retrouvée du PSOE sur la gauche.

Dans le même temps, le PSOE a également réussi à occuper le centre de la vie politique espagnole en se présentant comme le rempart face au populisme d’une droite radicalisée. Le succès relatif de Ciudadanos ne doit pas masquer la réalité : le parti de Rivera ne doit sa progression qu’à l’effondrement du PP et à la faillite de la stratégie extrême de Pablo Casado mais, dans le même temps, il a abandonné une bonne partie de l’électorat centriste à Pedro Sanchez. Il y a un an, Ciudadanos était largement au dessus des 20% dans les sondages et, malgré leur gain net en sièges par rapport à 2016, il n’est pas certain que le choix de Rivera de jouer sa partition uniquement à droite ai été finalement le bon. Encore une fois, le PSOE a su capitaliser sur les positionnements de ses adversaires : c’est sa double progression à la fois sur sa gauche et au centre qui lui permet aujourd’hui d’occuper la position dominante qui est la sienne.

Autre point prometteur : contrairement à beaucoup de partis socialistes et sociaux démocrates en Europe, l’analyse des résultats montre que le PSOE obtient de très bons scores au sein des classes populaires ainsi que dans les zones rurales. Cela étant, il n’est pas certain que l’on puisse en tirer de véritables leçons pour nous, considérant le cas assez spécifique en Europe de Vox qui se distingue d’autres forces populistes pour se rapprocher finalement davantage de sa sœur latine brésilienne : à l’instar de Bolsonaro, Vox obtient ses meilleurs scores parmi les couches les plus aisées de la population. On se retrouve ainsi avec une extrême droite très traditionnelle, néolibérale sur le plan économique, ultra conservatrice et nostalgique de la dictature, dans les pas d’un modèle latino de Pinochet à Bolsonaro. Il lui est donc plus difficile de conquérir les classes populaires ce qui explique, in fine, le score finalement moins élevé qu’annoncé de Vox.

Reste maintenant à trouver les voix qui  manquent à Pedro Sanchez pour d’abord obtenir l’investiture puis gouverner. Théoriquement, deux voies sont possibles : l’alliance avec Podemos et les régionalistes ou celle avec Ciudadanos. Fort logiquement, la première est la plus vraisemblable compte tenu de la droitisation de Ciudadanos et du veto posé par Rivera à Sanchez durant la campagne, réitéré ensuite peu après l’annonce des résultats. La construire ne sera pas sans difficulté, d’abord parce que Podemos désire une coalition gouvernementale quand les Socialistes, au contraire, veulent continuer à gouverner seul avec un simple pacte de législature. Elle requiert l’appui de trois autres petits partis régionalistes, le PNV basque, Coalition canarie et le PNR cantabrique, qui ne sont pas très bien disposés vis-à-vis d’un gouvernement bipartite qui comprendrait Podemos et préféreraient nettement un gouvernement socialiste monocolore. Enfin, Pedro Sanchez doit obtenir quelques abstentions du coté des indépendantistes catalans de ERC sans avoir à négocier avec eux. Il est vraisemblable que ERC ne bloquera pas l’investiture, ne serait ce que par crainte de la droite mais gouverner pourrait s’avérer périlleux considérant que ce sont déjà les partis catalans, en refusant de voter le budget socialiste, qui ont provoqué les élections anticipées. Le pacte avec Ciudadanos aurait le mérite de dégager une majorité plus nette, avec deux partis seulement donc davantage de stabilité mais, malheureusement, les libéraux ne sont plus ceux qui avaient négocié un accord avec le PSOE en 2016 et rien n’indique qu’ils soient prêts à revenir à une stratégie plus centriste, hormis quelques voix minoritaires telles que celle de Manuel Valls à Barcelone. En revanche, la menace d’un pacte avec Ciudadanos comme alternative pourrait aider à faire plier ERC voire Podemos si ces derniers devaient se montrer trop exigeants lors des négociations. Celles-ci ne débuteront d’ailleurs sans doute pas avant les élections locales et européennes du 26 mais prochain.

Sébastien Poupon

Sébastien Poupon est militant social-démocrate et animateur territorial de Sauvons l’Europe
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Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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11 Commentaires

  1. Merci pour cette analyse claire et précise , à même d ‘éclairer une opinion française si ignorante des réalités de sa voisine , pays latin , et qui , souvent, ne sait pas mettre des contenus derriière les mots . Bref , très idéologique . ,

  2. quelle mauvaise cuisine espagnole toute cette bataille électorale de sigles qui n’interresse que les très initiés…. et le peuple avec ses soucis il est ou là de dans ???… quant a la social-démocratie européene qui trouve ses étoiles là ou elle peut ,histoire de continuer a essayer de faire illusion sur son utilité et son efficacité a lutter contre l’hyper- capitalismeelle devrait clarifier pour l’opinion publique q’elle n’a plus rien de socialiste et d’anticapitaliste …comme le PS , parti socialiste , ou plutôt  » dit socialiste  » , qui se complait encore a entretenir la confusion….quelle abominable clique social- démocrate europeenne et française !!!!

    1. Quand on parle des socialistes on est tout de suite accusé d' »idéologie ». Vous doutez de l’efficacité et de l’utilité des courants socialistes, de la social-démocratie. Moi, je trouve que la social-démocratie a plutôt bien fonctionné et même donné de bons résultats dans tous les pays nordiques. J’ai vécu dans les années 70 en Suéde où ma fille est née. Je vis actuellement au Portugal où le parti socialiste , revenu aux affaires depuis3 ans, est en train de donner de très bons résultats tout en épongeant doucement la dette, sans étrangler trop la population… et je me réjouis beaucoup de la victoire de Pedro Sanchez…
      quant à comprendre comment ils vont créer leur nouveau gouvernement, c’est une question de temps et de logique… et si les Français ne s’interessent qu’à leur nombril, pas étonnant qu’ils aient du mal à s’y retrouver dans les partis de notre voisin commun. Ce n’est pas si compliqué pourtant !
      Mais les Français ont fort à faire avec leurs « gilets jaunes » et commencent à faire un peu rigoler avec ces 400 000 (il parait que c’est leur nombre!) révolutuonaires si révolutionnaires qu’il ne veulent aucun leader… et on se demande s’il n’y aura pas 400 000 prétendants à la présidence à la prochaine élection du même nom…

      1. svp vous aussi n’entretenez pas la confusion entre SOCIALISME et SOCIAL-DEMOCRATIE , ils n’ont rien a voir l’un avec l’autre !!! c’est pratique et sa rapporte électoralement mais une grande tromperie!!!
        quant a votre diatribe sur les gilets jaunes , désolé mais je ne suis pas concerné !

  3. Bravo Sébastien pour votre texte. Je voudrais seulement que toute la gauche trouve une seule voix pour ces élections européennes. Bravo aussi à Raphaël Glucksman por s’être allié avec Olivier faure, mais il y manque plus de raliement. Je ne me fais aucune illusion , ça n’arrivera pas et on est à peu près sûrs que tôt ou tard, on finira par avoir Marine Lepen à l’Elysée ! Ce sera sans doute bien fait pour les Français qui alors verront comme c’est chouette l’extrême droite!!! D’ici là , bien des catastrophes risquent d’arriver, parce que pendant ce temps-là on ne s’occupe pas de ce qui est hyper important : les changements climatiques, et les conséquences du réchauffement qui n’est pas une pure illusion.

    1. la pauvreté et l’appauvrissement de la moitié de la population est au moins aussi « hyper important » que les changements climatiques…et comme pour ces derniers on ne parle et ne fait « presque » rien…., or le poids électoral du front national est la résultante de de l’appauvrissement -pauvreté de une partie grandissante de la population , mais quels partis pourraient faire massivement diminuer cette pauvreté-appauvrissement ???…PAS LES PARTIS DE DROITE (RPR , UMP, RIPOUXBLICAINS-LR , LREM ,UDI, MODEM….) NI LE PS , qui ont tous largement trempé pendant des années dans le pouvoir et l’élargissement de ce fossé de pauvreté , C’EST CERTAIN !!! quant aux autres partis qui n’ont jamais exercé le pouvoir , PARMI EUX ON PEUT FAIRE SON MARCHE …MAIS EVITONS DE SE TROMPER !….CAR L’EVENTAIL EST LARGE de l’extreme gauche à l’extreme droite….et je ne parle pas des inclassables tels que : parti animaliste , parti des ovnis , ect,,, que voulez vous …c’est tres difficile d’aller se faire entendre sur le réchauffement climatique aupres de personnes qui luttent au jour le jour pour trouver quelque chose a manger…d’autant plus qu’il faut aussi se vétir,se chauffer ,se loger AU QUOTIDIEN . SI CA NE CHANGE PAS RAPIDEMENT LE FRONT-RASSEMBLEMENT NATIONAL A DE BEAUS JOURS DEVANT LUI , HELAS…!!!

      1. La pauvreté en France est quelque chose d’assez relatif. Quand on sait comment vit le reste du monde ! Ma fille gagne au SMIC 600 euros, et son mari un peu plus, et ils vivent. Bien sûr, on les aide bcp , mais l’occident a pris de très mauvaises habitudes de consommation. Et les riches n’en ont jamais assez. C’est un cercle vicieux et infernal
        Danielle

      2. En réalité, les deux aspects « lutte contre la pauvreté » et « changement climatique » ne sont pas contradictoires. Ils constituent même deux des trois piliers du concept de « développement durable », caractérisé par la trilogie aujourd’hui considérée comme indissociable: « économique-social- environnemental ».

        Pour ce qui est de l’UE, je rappellerai une évolution terminologique significative dans le cadre de la coopération au développement avec les pays anciennement dits « du Tiers Monde » : l’objectif que le traité de Maastricht qualifiait en 1992 de « lutte » contre la pauvreté est devenu, en 2007, avec le traité de Lisbonne, celui, encore plus déterminé, de l’ « éradication » de la pauvreté. Il ne s’agit pas seulement de se payer de mots pour se donner « bonne conscience »: la véritable mondialisation de formes extrêmes de pauvreté conduit à une « prise de conscience » tout court… et c’est le sens de cette mention dans l’article 208 du traité sur le fonctionnement de l’UE, qui insiste par ailleurs sur la nécessaire complémentarité des politiques en la matière entre l’Union et ses Etats membres.

        D’aucuns pourraient rétorquer que c’est d’abord devant sa porte qu’il convient de balayer et de privilégier l’éradication de la misère au sein de l’UE elle-même. Considération légitime, mais à condition, aussi, de ne pas perdre de vue que les politiques sociales sont du ressort prioritaire des Etats membres. Pour prendre une comparaison imagée, l’apport de l’UE se trouve, d’une certaine manière, au milieu de la seringue…

  4. de grace ne mettez pas les problèmes des riches et ceux des pauvres sur un méme pied ou dos a dos…et puis ici , je souhaitais apporter une contribution non morale mais politique sur les raisons du poids électoral bien portant du parti d’extreme droite qu’est le RN , contre lequel vous pestez tant… quant aux partis sociaux démocrates ils sont et resterons comptables de cette montee du RN corrélativement a la montee de la pauvreté , tellement ils ont fait les memes politiques du tout-fric toutes ces années ….

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