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Oui, l’Europe c’est la paix (surtout lorsqu’elle est à gauche)

Vu d’ici, la querelle du nom qui empoisonnait les relations entre la Grèce et la Macédoine depuis plus d’un quart de siècle semblait un brin ridicule mais elle avait des répercussions fâcheuses sur la construction européenne en bloquant les négociations d’accession à l’UE de la seconde. Et comme toujours – à fortiori dans une région balkanique tributaire d’un passé souvent douloureux – elle contribuait à nourrir un climat nationaliste délétère pour les deux pays. De fait, ce fut longtemps la surenchère aussi bien dans la rhétorique que dans les actions : les Grecs accusaient les Macédoniens de vouloir s’approprier leur passé historique et même d’avoir des visées territoriales sur la région nommée elle aussi Macédoine mais située en Grèce autour de Salonique, d’où leur veto à toute candidature macédonienne à l’UE ou à l’OTAN. De leur coté, les nationalistes macédoniens n’étaient pas en reste en érigeant notamment une statue à la gloire d’Alexandre le Grand à Skopje quand toute tentative de se placer dans l’héritage du héros antique était vue par les Grecs comme une provocation inacceptable. Pourtant, en moins de deux ans, Zoran Zaev et Alexis Tsipras, tous les deux jeunes et de gauche, seront parvenus à solutionner cet épineux problème par une approche pragmatique et une confiance retrouvée entre les gouvernements des deux pays voisins.

Dès son arrivée à la tête du parti social démocrate, Zoran Zaev avait déclaré qu’il faisait de la résolution de ce conflit la priorité absolue de son action si son parti devait remporter les élections. Une fois devenu Premier Ministre, il a rapidement multiplié les gestes de bonne volonté vis-à-vis du gouvernement grec  en changeant le nom de l’aéroport Alexandre le Grand de Skopje et, d’une manière plus générale, en rompant de façon spectaculaire avec la rhétorique nationaliste autour des Anciens Macédoniens. Cette renonciation à considérer la Macédoine actuelle comme un héritage de ces derniers ouvrait clairement la voie à une réconciliation avec la Grèce et à ce compromis autour du nom de « Macédoine du Nord » qui mettait un terme aux inquiétudes grecques. Toutefois, les choses ne se feront pas sans heurts avec une opposition nationaliste boycottant le référendum organisé par Zoran Zaev mais ce dernier réussit à obtenir l’assentiment d’un certain nombre de députés de droite au Parlement, remportant ainsi la majorité des deux tiers nécessaire à la ratification de l’accord. Difficile toutefois de sonder l’état de l’opinion macédonienne du fait de la forte abstention lors du référendum : en véritable homme d’état, Zoran Zaev s’est d’abord soucié de faire ce qu’il pensait être juste sans se préoccuper de savoir si il en tirera ou non un réel bénéfice politique.

Coté grec, le risque pris par Alexis Tsipras semble encore plus important : contrairement aux Macédoniens qui peuvent maintenant espérer adhérer plus rapidement à l’Union Européenne, les Grecs n’en tireront aucun bénéfice immédiat si ce n’est la résolution de la crise. L’opposition à cet accord est farouche non seulement parmi les adversaires de Tsipras mais également au sein du petit parti de droite qui lui servait de partenaire de coalition, faisant donc voler cette dernière en éclats. Pire encore, les enquêtes d’opinions montrent que les Grecs rejettent l’accord à près de 60%. Mais Alexis Tsipras est un homme courageux : il l’a démontré à maintes reprises par le passé et là encore, il décide d’aller de l’avant, persuadé que son devoir en tant que Premier Ministre est d’apaiser les plaies empêchant son pays d’avancer ce qui est le cas du conflit avec la Macédoine. Utilisant ses talents de persuasion, il remporte in extremis un vote de confiance et fait ratifier l’accord par une petite majorité au Parlement.

Il faut donc se féliciter d’avoir eu deux hommes de la trempe d’Alexis Tsipras et Zoran Zaev pour mener à bien cette réconciliation. Là où tant de gouvernements passés n’ont pas hésité à souffler sur les braises en utilisant à leur profit cette querelle, eux ont préféré une sortie de la crise par le haut et n’ont pas hésité à le faire dans des conditions difficiles, avec des opinions pas franchement acquises à leur cause. Parfois, c’est l’histoire qui offre aux leaders la possibilité de devenir des hommes d’états en leur permettant de se révéler face aux circonstances; ici ce sont eux qui ont choisi de les devancer et de cheminer ensemble, quasiment en solitaires mais dans une grande confiance réciproque dont on peut quasiment dire qu’elle fut la clé de tout. Si le populisme et le nationalisme tourné contre les nations sœurs que sont les autres pays européens conduisent parfois à la guerre, la social démocratie pro européenne a, quand à elle, démontré une fois de plus qu’elle était la principale force de paix sur notre continent.

Sébastien Poupon

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Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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15 Commentaires

  1. Bonjour,
    Merci pour cet article qui met en valeur un des rôles fondamentaux de ce pourquoi l’Europe a été inventée: la PAIX, mais la paix n »est ni de droite, ni de gauche…elle est LA PAIX Jean-Pierre Bobichon

    1. merci JPBobichon, de rappeler ce qu’est la paix
      qu’apparemment Sébastien Poupon n’ayant connu aucune guerre, résume à son idéologie.
      Ce serait tout de même bien de connaitre un peu d’histoire….

      1. Oui mais imaginez le même conflit et le même problème á résoudre avec des gens comme Trump, Le Pen, les premiers ministres de Hongrie ou d’Italie, je crois qu’on aurait vu des ésurgences de conflit pour la région justement dangereuse comme l’a si bien dit Sébastien Poupon

        1. Bonjour, je ne vois pas bien pourquoi il faudrait être de gauche lorsque l’on est radicalement opposé aux politiques de MM.Trump, Le Pen, des premiers ministres de Hongrie ou d’Italie, etc…Moi-même, européenne depuis les années 60, j’ai été centriste, MODEM, La république en Marche (j’en suis toujours!). C’est possible, rassurez-moi!

          1. Bonjour à tous,

            Merci pour vos commentaires qui me font réaliser que la formulation du titre peut prêter à confusion: je tiens donc à préciser que le « surtout lorsqu’elle est de gauche » n’est pas à relier à « la paix » (il serait effectivement idiot d’associer un qualificatif idéologique autour du mot « paix ») mais bien à « l’Europe » (la thèse de mon article étant de dire que la résolution des conflits progresse plus rapidement quand la social démocratie est au pouvoir). Il n’y a évidemment aucune exclusive (et heureusement que l’on retrouve des hommes et des femmes de toutes tendances en Europe pour œuvrer sincèrement à la paix sur notre continent) mais il n’en demeure pas moins qu’il a fallu deux hommes de gauche motivés et déterminés pour mettre fin à cette querelle qui durait depuis l’indépendance de la Macédoine maintenant du Nord. Et ce n’est à mon avis pas un hasard…

            Merci encore à tous pour votre intérêt concernant nos articles.

    2. Et je ne suis pas certain qu’il faille parler de social-démocrate à propos de Tsipras (je ne connais pas l’autre) : il me semble qu’il est un peu plus à gauche…

  2. Alexis Tsipras ( et son homologue Nord-macédonien) se sont révélés des hommes d’état. Il faut le souligner, et s’en souvenir si besoin dans l’avenir! Est ce un « Jean Monnet » ou un « Robert Schumann » à l’échelle grecque ? J’ai été à Thessalonique en septembre, le nationalisme était apparent et manifeste! En ce moment y a-t-il tellement d’hommes-femmes d’état en Europe ?

  3. L’EUROPE, comme le climat, nous mettent au pied du mur de l’URGENCE. Qu’avons-nous comme autre ressource, autre outil, autre médecine de PAIX que l’Europe face à toutes les pousses belliqueuses et venimeuses bien réparties sur la planète (émergence récente des extrêmes droites bien arrosées par la Finance) et contre lesquelles nous n’avons aucun « glyphosate » !

  4. Cher Monsieur Poupon, vous ne voyez pas plus loin que votre nez !
    Les nationalismes dont vous vous gargarisez de loin et sans aucune connaissance historique profonde, vous font dire des inexactitudes flagrantes. La France, comme très souvent malheureusement, ne voit que son strict intérêt dans le règlement d’affaires de ce genre. Les grecs qui à 80% se révoltent pour le bradage du nom de la Macédoine, n’ont rien contre l’existence pacifique d’un pays voisin. Ils sont révoltés par l’usurpation de l’utilisation du nom « Macédoine » qui est le nom d’une région de la Grèce et qui fut toujours hellène et hellénophone.
    La création d’un état appelé à tord Macédoine pour donner une identité nationale à un pays dont l’identification des habitants est difficile (bulgares, serbes, albanais, romas) et dont la constitution est agressive envers le pays voisin qu’est la Grèce, a vu monter une contestation qui a été caractérisée comme « nationaliste ». Je rappelle ici que la France avait mis son veto à l’utilisation de l’appellation « Grande Bretagne » à propos de l’Angleterre et celle-ci s’est conformée et est appelée : Royaume Uni.
    Quelles sont les raisons obscures qui font qu’aujourd’hui l’opinion publique mondiale exige de la Grèce l’abandon d’une appellation pourtant mondialement reconnue comme grecque ? Et pour quelle raison les grecs devraient s’y conformer ?

    1. Les habitants de la Grèce sont aussi un regroupement de peuples divers qui se sont mélangés pour créer la nation Grèce il y a bien longtemps. Les habitants de la région grecque de Macédoine qui se sont installés sur ce territoire sont aussi venus de l’autre côté de ce morceau de terre qui demande à se faire appeler Macédoine du nord.
      La Grande Bretagne existe : elle comprend l’Angleterre, le Pays de Galle et l’Écosse.
      Il existe aussi en France comme dans d’autres pays, des villes qui portent le même nom sans qu’il y ait querelle.
      La recherche de la paix passe par de réels compromis (et non compromissions) et le choix de la confiance.

  5. Bravo aux deux dirigeants qui ont su faire preuve de bon sens et de pragmatisme pour préserver ce qui est essentiel : la coopération et le dialogue, hors de tout dogmatisme. Un nom est un simple outil d identification, un marqueur parmi plein d autres d une identité, ce qui ne vaut pas la peine de s étriper … Cela me confirme ttefois dans ma méfiance envers le référendum d initiative citoyenne, qui bien souvent aboutit à un résultat conservateur, frileux, qui est rarement porteur d avenir, car la réponse ne peut être que basique (oui ou non), alors que la problématique est complexe, multiforme …

  6. l’Europe arrive en effet a inciter la paix politique a ses  » fédérations »
    Mais ne se sauvera pas de la guerre sociale qu’elle suscite..
    L’ordre publique ne justifie pas la violence exercée sur un peuple qui comme vous.. aspire a une Europe solidaire et sociale ..
    Réveillez vs messieurs qui voulez « sauver l’Europe » .. !!!
    Qd je pense que Macron était votre candidat favori pour la sauver !!!

  7. Pour éviter de mettre de l’huile sur le feu, puis-je suggérer à Sébastien de ne pas écrire « Macédoine », mais « Macédoine du Nord ». L’accord fut assez difficile pour ne pas revenir en arrière.
    Quant à Sylvie, je voudrais lui rappeler que, selon les sources entre 123 et 140 pays auraient reconnu officiellement le nom de Macédoine en lieu et place d’ARYM ou FYROM. Est-ce vraiment plus acceptable pour les opposants à l’accord actuel ? Était-il préférable de laisser cet état de fait perdurer ou bien d’y mettre un point final en officialisant internationalement le nom de « Macédoine du Nord » ? Certes, un autre nom aurait peut-être été mieux (« République du Vardar », par exemple), mais on ne peut pas demander à un pays de changer totalement de nom après 70 ans pendant lesquels la Grèce n’a jamais su résoudre le problème. Il n’y avait donc que deux solutions : en rester au nom de Macédoine, largement accepté par 3/4 des pays du monde, ou trouver un compromis. Nombreux semblent les opposants qui n’ont même pas lu les termes de l’accord. Il serait sans doute utile de commencer par là, avant de relancer d’inutiles conflits. Enfin, rappelons que : » C’est à l’issue des Guerres balkaniques, en 1913, que cette région de la Macédoine historique est devenue grecque, tandis que la Macédoine du nord était partagée entre la Serbie et la Bulgarie. Dans ces « nouveaux territoires » grecs, les Grecs n’étaient majoritaires que sur la côte et en Chalcidique ; dans l’intérieur des terres ils ne sont devenus majoritaires qu’à partir de 1923, après de multiples échanges de populations avec la Turquie, rendus obligatoires par le Traité de Lausanne. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Macédoine_grecque).
    De 168 avant JC. jusqu’à 1913, cette région n’était plus majoritairement grecque, ayant été romaine, bulgare, byzantine, turque… Quant à la langue, jusqu’à preuve du contraire on parle le grec en Grèce et non le « macédonien », donc laissons cette langue slave aux Macédoniens du Nord si cela leur chante.

  8. La Macédoine du nord laisse penser qu’elle est communiste comme la Corée du Nord ? Es ce incorrect de parler politique ou religion ? C’est pourtant la cause de clivage qui mènent aux conflits!

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