ActualitésEditoEn Une

Orban : l’anti-Cameron ?

Souvenons-nous, le 30 mai 2009, les conservateurs britanniques – pensant régler ainsi leur propre schisme interne, quittaient le groupe du Parti populaire européen (PPE) au sein du Parlement européen. Loin de clore le sujet, David Cameron venait plus certainement d’ouvrir une boite qui devait mener au BREXIT de 2016… Faut-il avoir tout cela en tête maintenant qu’un autre parti de gouvernement, le Fidesz du hongrois Victor Orban, quitte ce même Parti populaire européen ? Avec les groupes socialistes et libéraux, qu’il domine en siège, le PPE « cogère » le projet européen depuis l’après-guerre. Les verts européens restent pour l’instant en retrait de leur responsabilité. Ces trois partis sont aussi les clubs où se réunit la quasi-totalité des partis au pouvoir en Europe pour échanger et tenter de se coordonner. « S’exiter » hors de ce trio politique est extrêmement rare, l’exception notable à ce jour étant le Pis polonais.

Pour rappel, le Fidesz, fondé dès la chute du mur de Berlin, avait rejoint la famille du PPE bien avant l’entrée de la Hongrie dans l’Union européenne. Mais, depuis son retour aux affaires en 2010, Viktor Orban a pris, pour le moins, un tournant autoritaire, se donnant ainsi les moyens de ne plus connaître les affres d’une défaite électorale. Ainsi le 14 février dernier, la dernière radio indépendante hongroise « Klubaradio » était définitivement muselée, achevant une décennie de mise au pas des médias et de l’Etat de droit en Hongrie. Il est aussi beaucoup question de corruption… Récemment, la séquence du Covid-10 a ouvert un nouveau front pour Viktor Orban : « Pourquoi devrions-nous penser que les experts européens sont plus intelligents que nous, je fais plus confiance aux experts hongrois ». Du coup, la Hongrie fait bande à part, seule à utiliser le vaccin chinois Sinopharm, tout comme le vaccin russe Spoutnik V. Prochaine étape, mobiliser des scientifiques afin d’appuyer le développement d’un vaccin turc…

Pourtant, aujourd’hui, ce qui nous semble bien plus inquiétant, c’est que Viktor Orban, loin de prendre la porte de l’UE à l’anglaise, semble vouloir se donner les moyens de réussir son schisme au sein de la droite européenne. Il pourrait bien représenter le ciment d’une nouvelle Droite convaincue que la meilleure façon de renationaliser la politique est de le faire à partir du cœur de l’Europe, et non via un « Exit à l’anglaise ». Dans ce « nouveau trip », les sorties de l’Euro ou du Marché unique européen ne sont plus à l’ordre du jour. Au contraire, avec la perspective d’élections importantes en Allemagne, en France et en Hongrie, la scène politique européenne pourrait devenir une étape clef des ambitions de conquête de Viktor Orban et de ses compères populistes européens. Plus inquiétant encore, certains avancent que techniquement, au sein du Parlement européen, cette nouvelle droite, si elle se regroupait dans une dynamique au-delà des groupes ECR et ID, pourrait bien compter jusqu’à 150 députés, juste derrière le PPE, et devant le groupe des socialistes européens.

Ainsi, en choisissant de rester et de profiter des coupables largesses de la démocratie européennes, Orban n’est-il pas en train de consolider sa position de faiseur de roi ? Et cela beaucoup plus efficacement que les Britanniques qui n’ont jamais vraiment cherché à dépasser la constitution d’habiles et efficaces alliances de circonstances au cœur de la machine bruxelloise. Pour preuve, le départ des députés Fidesz du PPE ouvre dès maintenant une double question. Quels sont les contours exacts de la coalition politique au sein du Parlement européen à même aujourd’hui de soutenir le choix de la personne de madame von der Leyen au Parlement européen ? Et par suite, certains peuvent penser qu’en termes démocratiques et sous réserve de clarifications à venir, c’est l’ensemble de la Commission de madame von der Leyen qui est de facto devenue minoritaire au sein du Parlement européen. Naturellement quelques doctes amis nous expliqueront que techniquement seule une majorité des deux tiers pourraient renverser la présente Commission. Ils souligneront aussi la large majorité ayant soutenu les grands textes législatifs de la présente Commission. Mais cela clôt-il vraiment le débat sur les conséquences du « non-Exit » de Viktor Orban ?

Henri Lastenouse

Henri Lastenouse est Secrétaire général de Sauvons l'Europe, et tant d'autres choses encore !

Articles associés

4 Commentaires

  1. Vous avez raison, Orban sera plus dangereux au sein de l’UE que dehors et il l’a bien compris…
    Pourquoi est-il impossible de faire respecter les règles démocratiques dans tous les pays membres? Les atteintes à ces règles devraient pouvoir être sanctionnées par des coupes dans les budgets attribués par exemple.

    1. Un autre éclairage qui permet d’appuyer la pertinence de votre remarque peut trouver sa source dans un rapprochement avec l’attitude de l’UE observée dans les rapports qu’elle entretient avec les pays en développement.

      Ainsi, les conventions successives que l’Union a conclues de longue date (1975, mais surtout depuis 1989) avec les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique comportent une clause permettant de suspendre la coopération – donc l’aide financière – en cas de manquements de ces pays à des éléments considérés comme essentiels, voire fondamentaux, pour la mise en oeuvre de la coopération : à savoir, notamment, le respect des libertés, des principes démocratiques ou de l’Etat de droit.

      Ce mécanisme a été appliqué à l’égard de divers pays, notamment à la suite de coups d’Etat amenant au pouvoir des régimes autoritaires, sinon dictatoriaux, Il l’a néanmoins été moyennant des garanties de procédures – telles que des consultations entre l’Union et les pays incriminés – et en veillant à ce que l’interruption de la coopération cible les dirigeants concernés sans porter préjudice, autant que faire se peut, aux populations elles-mêmes – d’où le soin pris à assurer la permanence de l’aide humanitaire et le rétablissement de rapports normaux une fois la situation politique assainie.

      La comparaison avec la timidité observée récemment de la part de l’UE à l’égard de l’attitude de quelques dirigeants en son sein pourrait trouver un écho singulier dans une célèbre morale tirée par le fabuliste: « selon que vous serez puissant ou misérable »…

    2. Les budgets alloués par l’UE sont relativement faibles, si bien que les baisser peut-être une mesure non crédible?

  2. Je pense que vous surestimez un peu le pouvoir de nuisance d’Orban. Il risque de mettre la Hongrie et peut être la Pologne hors jeu. Qu’il parte, nous avons vécu sans lui, nous pouvons le refaire. Le défaut du Royaume Uni était beaucoup plus gênant, de par ce qu’il représentait.
    Maurice Guyader

Laisser un commentaire

A lire également
Fermer
Bouton retour en haut de la page