ActualitésEditoEn Une

Les Anglais payent déjà le Brexit

Souvenons nous. Au moment du référendum, deux visions économiques s’affrontaient sur les conséquences à venir du Brexit. Pour les tenants de la sécession, un monde fabuleux d’opportunités allait s’ouvrir. Pour les partisans de l’Union au contraire, le coût des frontières serait sévère. Les Brexiters ont crié victoire au motif que le pays ne s’est pas effondré dans la demi-journée suivant le vote, invalidant ainsi tout ce qu’ils rassemblaient sous le nom « project fear ». Deux ans se sont écoulés. Où en sommes nous?

Eh bien officiellement, pour le Gouvernement tout va bien et il est faux de dire que le Brexit coûte au Royaume-Uni. Notons que plus personne ne prétend que cela lui a bénéficié… Dans n’importe quel autre pays, on appellerait ça simplement une catastrophe.

Il est bien sur délicat de calculer combien a coûté le Brexit en ralentissement de l’économie. Car en l’absence de Brexit, qui peut dire ce qui se serait passé? Les différentes études qui s’y essayent tentent donc de situer la trajectoire de l’économie anglaise par rapport aux économies voisines, ou à celles des pays développés. Certaines recourent à la création d’un « double » de l’économie anglaise par un savant mélange des autres économies, pour mesurer l’effet propre du Brexit. D’autres plus simplement regardent l’évolution du pays au sein des pays développés. Voici une image peu sophistiquée, mais parlante de cette dernière étude: la trajectoire du Royaume-Uni au sein de l’OCDE. On passe de la tête du classement à la queue en deux ans.

Le consensus indique que le PIB anglais est aujourd’hui plus petit de 2% à 2,5% que sans Brexit. Que s’est-il passé? En attendant de voir, les investisseurs ont cessé d’investir. Mais on ne parle ici que d’un chiffre très abstrait. Alors soyons plus concrets.

La croissance, c’est plus d’argent dans l’économie, donc plus d’impôts, donc plus d’argent à disposition du gouvernement. La croissance manquante se traduit par environ 10 milliards d’Euros en moins dans les caisses de l’Etat britannique. Soit le plan Macron Gilets jaunes. Quand on pense que le Brexit devait remplir les caisses…

Mais soyons plus parlants encore. La Livre a baissé, sans stimuler l’investissement. Donc le prix des importations a augmenté (la nourriture est importée à 70%), mais pas les salaires. Les gens ont donc perdu en pouvoir d’achat. Là encore, les estimations divergent: 900 £ par an pour la Banque d’Angleterre,1.100£ pour le NIESR1.500£ pour la Resolution Foundation. En substance, les ménages anglais ont perdu un mois de salaire.

Et le plus difficile est à venir: si l’arrêt des investissements étrangers dans l’industrie se confirme, c‘est l’appareil de production qui va devenir obsolète et la main d’oeuvre qu’il va falloir former massivement à de nouveaux métiers. Qu’on se souvienne un instant de ce que la fermeture des hauts-fourneaux a fait à certaines régions françaises…

Mais tout ceci correspond à une incertitude des acteurs économiques, alors que le Brexit n’a même pas encore eu lieu. Maintenant qu’on discute de No Deal, ils vont pouvoir vraiment s’inquiéter.

Tags

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

Articles associés

18 Commentaires

  1. Je suis toujours sous le choc de cette décision ridicule du Brexit qui s’est faite basée sur des mensonges électoraux comme ceux par ex de Boris Johnson. Moi qui adore l’Angleterre et ses habitants et j’y vais 2 fois par an. Si le Brexit se confirme je n’y irai plus et je m’orienterai vers l’Irlande Européenne. Pourquoi ce référendum n’a-t-il pas été annulé ? Car les mensonges électoraux ont clairement été identifiés après le vote. Je crains que l’Angleterre va vers une période plein de problèmes commerciaux, échange d’étudiants, importation/exportation, …. je connais deux étudiants de 18 ans qui voulaient faire un stage en Angleterre, mais qui s’oriente maintenant vers le Canada. Nous avons un ami qui a une petite entreprise en Angleterre qui marche très bien, il est en train de préparer son déménagement vers l’Allemagne.
    Donc … ?

    1. La seule solution, n’en déplaise à Mrs Foster, est la réunification de l’Irlande. Si Brexit il doit y avoir la décision (injustifiable) est venue trop tôt!

      Henri Desclos (Dual national French-British ou vice et versa, résidant en GB… pour l’instant!

    1. Je ne comprends pas votre commentaire? C’est au contraire un choix politique très courageux que d’accepter de sacrifier un mois de salaire tous les ans (et sans doute à terme deux) pour prix d’une pleine souveraineté.

      Par contre, si les électeurs du Brexit ont réellement cru que des fleuves de lait allaient couler, alors ils se sont simplement fait arnaquer.

  2. En ce qui me concerne, je suis,assez satisfait que le Brexit ait lieu. Souvenez vous que le général De Gaulle n’était à juste titre pas favorable à l’entrée de la Grande Bretagne dans le marché commun. En effet les Anglais sont tout sauf Européens. Et ils l’on montré par leur opposition sans cesse croissante et leur véto à tout ce qui pouvait faire avancer l’Europe. Ils représentaient le bras des états Unis dont les interets étaient contraires à une Europe forte et puissante.
    Ils voulaient le beurre et l’argent du beurre seuls les avantages et pas les inconvèniens.
    Maintenant n’est il pas trop tard pour que l’Europe retrouve sa cohésion ????

    1. Effectivement, les Iliens sont des iliens. Les britaniques nous ont surtout apporté l’ultra libéralisme et en même temps une forme de démocratie différente. Est ce mieux avec ou sans eux? Chaque pays veille à ses intérêts et on peut le comprendre. Dans ce cas, ils sont perdants, mais nous aussi. C’est perdant-perdant!

  3. Un immense merci aux Britanniques qui ont démontré à tous les europhobes que sortir de l’Union était suicidaire. L’europhobie a quasiment disparu. Il ne reste plus que les sceptiques ou les rêveurs qui voudraient « refonder l’Europe ». Sur quelles bases? Personne n’en dit rien; évidemment. C’est comme les Gilets jaunes: d’accord pour démolir. Mais se mettre d’accord sur un plan constructif, c’est une autre histoire.

  4. Cher Arthur, c’est bien de s’occuper d’économie en terme neutres mais vous vous trompez: L’époque a changé et les peuples veulent retrouver leur identité tellement bafouée par les idées débiles européennes. L’Homme d’abord, l’économie après…et à son service. Le 1% des plus riches ne mènera plus le monde à sa guise avec des idées de multiculturalisme. Les Anglais se sont réveillés, et ils n’ont pas eu besoin des mensonges que vous prétendez être à la base du Brexit. Je vais chaque année à Goodwood et je peux vous dire que le flegme des Anglais ne trahit aucun stress devant le Brexit, bien au contraire. Leur devise est Britain first, the whole world around et cela résume bien la volonté de ce peuple qui a résisté à Hitler seul et qui résistera bien à la dictature Europe dirigée par Juncker ( En Allemand: Propriétaire terrien maître de ses sujets) entre deux verres ou plus. L’idée de l’Europe doit être façonnée par les peuples à travers des référendum pas biaisés comme celui qui a assis les bases de l’Europe. On peut en discuter des heures mais le temps est à l’écoute des peuples: Rappelez-vous VOX POPULI VOX DEI.

    1. L’homme d’abord – ce n’est pas l’Europe qui l’empêche ! Est-ce que c’est l’Europe qui a demandé à Macron de supprimer l’ISF au bénéfice des 1% les plus riches ? Et lorsque les lois européennes protégeant les britanniques vont sauter en cas de « No deal », les c’est eux qui mangeront des poulets lavés au chlore et de la viande aux hormones en provenance des USA.

    2. Hélas ! ce que vous essayez de défendre n’est pas la « vox populi », c’est l’ « intox populiste », maniée par le bouffon Farage, dont j’ai bien observé les « sorties » plus que maladroites au Parlement européen… sans oublier la fuite plutôt lâche de cet apprenti sorcier après qu’il eut vendu le Brexit à ses compatriotes. Heureusement, ce vote « vieux » ne semble pas partagé par les jeunes Britanniques, qui se sont plutôt prononcés en faveur du « remain ».

      Quant à la prétendue « dictature Europe », merci de ne pas réciter des slogans… et d’avancer de préférence des arguments.

  5. Méfions nous donc un peu des Anglais.
    Dans ou hors Europe, ils n’ ont pas fini de nous surprendre. De toute façon, ils resteront des partenaires à au moins trois têtes , une vers nous, une vers les USA, une vers le reste du monde.
    Ils sont un monde à part à eux tout seuls.

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page