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Le meilleur ami du citoyen européen : hommage à Michel Theys

Le 30 avril dernier l’un des maître du journalisme européen et ami de Sauvons l’Europe, le belge Michel Theys nous quittait. Il était notamment intervenu devant la Commission des affaires européennes de l’Assemblée Nationale sur le divorce de l’Europe et les citoyens. En hommage à notre ami, nous publions l’hommage que lui a rendu le journaliste Renaud Denuit au nom de l’Agence Europe.

C’est l’histoire d’un petit gars de Bruxelles. Sa scolarité achevée, il lit, découvre, zigzague, fréquente les théâtres, se fait des amis dans la troupe des Galeries et la galaxie Béjart. La scène lui donne envie d’écrire… Le secrétaire de rédaction du quotidien La Libre Belgique, Jacques Franck, lui aussi féru de théâtre, lit la prose de cet inconnu, le rencontre et l’engage immédiatement, pour faire un peu de tout. Un inaugural culot, une chance saisie.

Affecté au service international de La Libre, il apprend sur le tas, se fait la main, découvre les questions européennes. Une passion est née. Dès 1978 il est le correspondant européen du journal… Les rendez-vous de midi dans la salle de presse du Berlaymont, animés par le merveilleux Manuel Santarelli, les longues attentes au Charlemagne où les ministres négociaient jusqu’au bout de la nuit, les premières réunions du Conseil européen : il régnait dans ce chouette club des journalistes accrédités, une camaraderie inoubliable.

En 1989, Michel rejoint l’Agence Europe, comme rédacteur-en-chef adjoint, sous l’autorité d’Emmanuele Gazzo jusqu’en 1994, puis de Ferdinando Riccardi. Une consécration, bientôt suivie d’une autre, en 1991 : le Prix européen de la presse, décerné par l’Association des Journalistes Européens (AJE)… L’on voit aussi Michel en rédacteur-en-chef du mensuel EURINFO (1990-2008) et de L’Europe en mouvement (1994-1995) ainsi qu’en Président de l’International Press Club de Bruxelles (1995-2000).

Au tournant du siècle, Michel quitte sa fonction de rédacteur-en-chef adjoint. Il est déjà coproducteur et présentateur de l’émission européenne de la chaîne Télé-Bruxelles (aujourd’hui BX1), une expérience qui aura duré 7 ans (1999-2006). Parallèlement, notre journaliste, dont la qualité pédagogique de ses articles est reconnue, partage ses savoirs avec les étudiants de l’IHECS (2003-2005) et de l’École de Communication de l’UCL (2001-2015). Par ailleurs, il rédige et publie une biographie remarquable, qui comble un vide : ‘Jacques-René Rabier. Fonctionnaire-militant au service d’une… certaine idée de l’Europe’ (Peter Lang, 2017) (EUROPE n° 11755)

Entretemps, notre ‘euro-bruxellois’ s’est trouvé une seconde patrie. La Grèce le séduit et surtout l’émeut : il s’intéresse à fond à la crise financière et sociale qu’elle traverse et au comportement de l’Union à son égard. Et c’est désormais de l’île de Tinos, où il passe plusieurs mois par an, que partiront nombre de ses textes. Gageons qu’en ces jours-ci, la tristesse est partagée là-bas aussi…

Longtemps Président de la section belge de l’AJE (1998-2010), Michel Theys aura connu de très près l’évolution de l’Europe depuis 40 ans. Il était familier des acquis, mais plus que perplexe devant son système institutionnel. Celui-ci était, selon lui, déséquilibré, voire perverti, par le modus operandi du Conseil européen, incapable de remplir son mandat de définition des grandes orientations de l’Union et tout affairé à l’improvisation découlant d’un déficit d’anticipation, et à la gestion des égoïsmes nationaux magnifiés au plus haut niveau. Irresponsable devant le Parlement. Incapable donc, de répondre aux aspirations citoyennes, plus élevées et plus impatientes, que celles des dirigeants, comme le montrent les Eurobaromètres. Car, avec Rabier, Theys pensait que l’opinion publique européenne existe, puisqu’on peut la mesurer. Et que la juxtaposition d’élections nationales – comme celles de ce mois-ci – est très en-deçà de l’appétence à une agora européenne éprouvée par les électeurs. Pour changer le système, il eût opté pour une Convention de citoyens tirés au sort, au sein de la nouvelle génération, pour rédiger le texte refondateur d’une UE pour le XXIème siècle : elle ne pourrait pas faire pire que la formule des conférences intergouvernementales, à ses yeux discréditée.

Michel se révélait sonneur de tocsin, lanceur d’alerte : l’avenir dira si son angoisse était justifiée. Le fil rouge de son destin aura été limpide : l’information exacte et compréhensible au service des citoyens. Par tous les moyens possibles. C’était un confrère charmant, un ami très fidèle. Un battant, ne lâchant son travail que pour autrui. Plume d’enfer, mais céleste sourire. Il avait la révolte devant le monde, mais le bonheur face à chacun. Comme s’il guettait la bénéfique surprise qui émanerait d’une personnalité. Il riait de bon cœur, car bonne était l’âme. Une belle personne pour une grande cause. Surtout, il aura été, sachons-le bien, le meilleur ami du citoyen européen.

Renaud Denuit

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Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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2 Commentaires

  1. On ne peut que souscrire à l’émouvant hommage que notre ami Renaud Denuit a rendu à Michel Theys et à son engagement en faveur d’une Europe peu ou mal connue des citoyens. A titre personnel, j’ajoute que j’ai beaucoup apprécié l’ouvrage que ce dernier avait consacré à ce pionnier de l’information sur l’UE personnifié par Jacques-René Rabier, un dynamique collaborateur de Jean Monnet.

    Je me permets simplement, à l’intention des lecteurs qui seraient moins familiers avec une terminologie bruxello-bruxelloise, de préciser que:

    – le « Berlaymont » est le bâtiment principal de la Commission européenne, où sont regroupés les Commissaires et leurs collaborateurs directs ainsi que l’incontournable et puissant Secrétariat général de cette institution;

    – le « Charlemagne » est le bâtiment où se tenaient jadis les réunions du Conseil (au niveau ministériel) , dont il abritait également le personnel. Avec les contraintes d’espace administratif résultant des élargissements de l’UE, c’est depuis quelques années une autre enceinte – le « Justus Lipsius » – qui a repris cet hébergement. Construit dans un style que les Soviétiques n’auraient pas renié, ce bâtiment sert également de lieu de rencontre pour les sessions du Conseil européen réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE;

    – l’IHECS est l’Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales;

    – l’UCL est le sigle de l’Université Catholique de Louvain.

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