Jacques Delors : les années Échange et projets

D’Échange et projets, club créé et présidé par Jacques Delors jusqu’à son entrée au gouvernement de la gauche en 1981, j’ai connu les années de gouvernement, puis celles de la cohabitation, avec la préparation fiévreuse de 1995.

Rue Saint-Honoré, puis avenue du Maine se croisaient les mondes privé, public, patronal, syndical, associatif. Des hauts fonctionnaires, des universitaires, des syndicalistes, mais aussi des banquiers et les amis d’enfance du patronage du 12e, composaient un éclectisme amical et professionnel remarquable. Chacun portait son bout d’histoire qui le reliait à Jacques Delors. Quand nous étions réunis en son nom, il était rarement là au milieu de nous, mais nous tenions à poursuivre son dessein.

La recherche de l’innovation politique et des idées neuves était notre marque de fabrique. Cette quête structurée autour de la publication de textes dans la revue trimestrielle éponyme était une exigence, parfois difficile à tenir. Mais cahin caha, la révolution du temps choisi théorisée par Roger Süe, la bataille du partage de la valeur ajoutée nouvel horizon de la politique contractuelle mise en exergue par Jean-Baptise de Foucauld, le revenu minimum d’insertion porté par Pierre Vanlerenberghe et bien l’avenir de la construction européenne ont été autant de sujets travaillés, concertés et mis en perspective par des entretiens avec des experts, des rencontres mensuelles et des colloques semestriels, souvent partagés avec Europe et société, la Fondation de Jacques Moreau.

Ces échéances rythmaient notre réseau social : le consensus considéré intrinsèquement vertueux était recherché, à l’opposé du sensationnel et de la discorde. Le bien commun était la valeur centrale. Celui qui venait pour autre chose devait se trouver rapidement déçu, d’autant plus que la démocratie a un coût et qu’il fallait payer proportionnellement à ses revenus, afin de faire vivre la structure. L’agenda de ces réflexions politiques s’ajustait par consensus. La maturation longue se nourrissait d’itérations. Nous étions en décalage avec l’immédiateté et l’émotion.

Un soir de décembre 1994, nous avions regardé la fin d’une époque au petit écran chez Anne Sinclair… Avertis par Pascal Lamy, nous en redoutions l’issue. Pour certains, ce fut le démarrage d’autre chose. Pour Echange et projets, le rideau s’était baissé…

Pierre Orsatelli
Pierre Orsatelli
Pierre Orsatelli a été adhérent d'Échange et Projets de 1983 à 1995

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