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Il ne faut pas humilier Boris Johnson

Verrons-nous ces prochains mois Emmanuel Macron, Mario Draghi et Olaf Scholz en voyage vers l’Irlande ?

Boris Johnson vient de survivre à une motion de censure au sein du parti conservateur – car dans le système Britannique, le Premier Ministre doit avoir à la fois la confiance du Parlement et de son propre parti – son second conseiller éthique démissionne et il s’interroge sur la nécessité, après tout, qu’un chef de gouvernement soit conseillé en matière d’éthique. Il a donc besoin de déplacer l’attention du public et enfourche avec méthode le cheval de bataille du nationalisme britannique.

C’est donc le bon moment pour annoncer à nouveau son intention de mettre fin unilatéralement à la situation favorable dont bénéficie l’Irlande du Nord. Afin d’éviter à nouveau une partition de l’Ile, le traité de sortie de l’UE a intégré les exigences de l’accord de Belfast dans un protocole avec une règle simple : pas de frontière au sein de l’Irlande. En conséquence, l’Irlande du Nord fait partie du marché unique pour ce qui concerne les marchandises, et du marché britannique pour les services. Il y’a donc une frontière douanière en Mer d’Irlande, que le Royaume-Uni se refuse pour l’heure à mettre en place et dont il négocie report sur report.

Or le résultat est là : le Royaume-Uni décroche économiquement par rapport au reste de l’Europe, ce qui n’est pas le cas de l’Irlande du Nord. Et cette situation fait craindre aux loyalistes locaux un référendum d’indépendance de l’Irlande du Nord, car plus le temps passe plus le fossé va se creuser avec la puissance mère. Pour la première fois, des sondages favorables à une réunification politique de l’Irlande apparaissent. Il n’y a donc plus de gouvernement en Irlande, faute de participation des acteurs politiques.

Boris Johnson propose un système osé pour éviter le rétablissement des frontières : une simple déclaration d’intention. Pour les marchandises entre la grande Ile et l’Irlande du Nord : la voie verte, pas de contrôle douanier. Pour les marchandises qui transitent en Irlande du Nord vers la République d’Irlande : la voie rouge, avec un contrôle décalé en mer d’Irlande. Une des zones d’échange commercial les plus importantes au monde reposerait donc sur du déclaratif. Comment imaginer que les choses se passent mal ?

C’est que dans les jours qui suivent ce projet de loi, le gouvernement a également annoncé la prochaine application de ses nouveaux accords commerciaux, avec l’Australie notamment. Au menu : poulet aux hormones, veaux aux antibiotiques, etc, etc … Toutes ces bonnes choses circuleraient donc sans réserve en Irlande du Nord, dans un territoire sans contrôle aux frontières avec l’Europe. On trouve charmant le retour à d’anciennes mesures pour les pintes de bière, mais la divergence britannique avec les normes européennes en matière sanitaire, alimentaire, financière, de sécurité industrielle et de libertés publiques, est bien en route.

La procédure d’infraction devant la Cour de justice gelée en septembre est réanimée par la Commission européenne, avec des perspectives de sanctions financières. Et nous allons alterner les sanctions effectives, les menaces de sanction et les appels téléphoniques pour ne pas couper le lien avec un voisin encombrant.

 

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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12 Commentaires

  1. Excellent résumé de la situation sous un titre accrocheur, merci Arthur. Quelle tristesse, aussi pour les nombreux amis britanniques qui n’ont pas souhaité un « Brexit sans fin »

  2. En fait, la position de BJ est intenable sauf capitulation complète de l’U.E. Celle-ci n’est pas à exclure pour cause de réalisme politique. BJ le sait bien. De la même manière, la Commission vient de plier face à Orban. L’important, après tout, n’est-ce pas le marché, au-delà de toutes considérations politiques et humanistes ?

    1. je ne pense pas que la commission vienne de plier devant Orban… mais plutôt qu’elle prend en considération des problématiques propres à la Hongrie.
      Quand à Johnson il est particulièrement habile pour se défausser de la question migratoire et la laisser à L’Europe, tout en nouant des relations commerciales où il sort gagnant… dans l’immédiat ou en apparence.
      Car il s’exclue de l’un des plus grands marchés du Monde…

      1. Au sujet de l’ « habileté » de Johnson et du facteur « temps », des nuances de vocabulaire ne sont peut-être pas inutiles: j’ai le sentiment qu’il révèle en effet des qualités de rusé tacticien sur le court terme… mais de piètre stratège sur le long terme. Le Brexit en est une illustration éloquente.

        On n’oubliera pas, du reste, que le père de l’actuel Premier ministre de sa Majesté a demandé la nationalité française et que sa propre soeur l’a publiquement désavoué !

        1. Que nous réserve l’avenir dans ce Monde incertain ?
          Ce que certains bâtissent, d’autres s’évertuent à le détruire…
          Par bêtise, par incompréhension, par jalousie, par orgueil, par tout ça à la fois.
          Difficile de faire preuve de clairvoyance dans ce jeu de chamboule-tout…
          Pourvu qu’avec la montée des populismes et la grogne qui se généralise de partout cela ne re-devienne pas un jeu de massacre.
          Il suffit simplement de penser à ceux qui ont dit « plus jamais ça » pour imaginer le prix de leurs souffrances.
          Dans une guerre, il n’y a pas de vainqueurs, mais que des perdants et des gens qui pleurent.
          Les hommes l’oublient trop souvent.
          Il y a tout de même quelque chose d’incroyable. Tout le monde dit que la démocratie est malade, qu’elle va mal, qu’elle est quasi-morte…
          Et pourtant, au regard de toutes les attaques qu’elle subit, elle fait montre d’une résistance incroyable…
          c’est le Monde qui est malade… pas la démocratie. Elle est certainement encore perfectible mais je reste stupéfait par les capacités de résilience qu’elle nous offre.
          Des fois, je me dis nos anciens, nous ont laissé une planète en ruine… mais ils nous ont aussi laissé cette fleur fragile qui tient parfois seule dans le vent…
          Un souffle, et il n’en resterait rien, pourtant, au sommet de la montagne, elle résiste.
          Elle n’a besoin pour vivre que d’un peu de la chaleur et de la lumière des hommes.
          Alors pour preuve, il en reste.
          Je pensais que la marque Johnson faisait aussi de la lessive mais non… Nous aurions pu poursuivre de laver notre linge sale en famille, la grande famille Européenne.
          Bon, ben je repasserai.

  3. Le maître du Je…
    Celui-là impose toujours ses conditions. Parfois, il devient même expert pour filer à l’anglaise et vous laisser vous débrouiller devant les difficultés d’un Monde qu’il s’était engagé à bâtir. Devant des normes contraignantes ou la crise migratoire, mieux vaut prendre la poudre d’escampette.
    Macron a raison de ne pas vouloir humilier Poutine… Il s’en est chargé tout seul.
    Peut-être que la différence avec un Johnson sera que ce dernier pourra peut-être un jour entendre un mot de votre raisonnement.
    Quant à Poutine, il y a fort à parier que vos propos ne lui apportent que du grain à moudre pour que systématiquement il agisse dans le sens contraire.
    C’est un peu le maître des horloges à l’envers. Le compte à rebours ou Gozer le sumérien.
    J’ai eu le tort un jour de dire : on ne discute pas avec un Russe, on l’….
    Le tort, ou la raison.
    j’aurais du dire : On ne discute pas avec une brouette, on la pousse.
    Si humiliation il y a, Poutine comme Johnson n’ont besoin de personne.
    Ils s’en chargent très bien tout seuls.

  4. l’article est très bien mais un titre en total décalage et qui se veut polémique inutilement : ce genre de titre ne grandit pas Sauvons l’Europe par des amalgames sans objet avec Poutine Dommage car cela annule le contenu de l’article que beaucoup ne liront pas

    1. Poutine ou Johnson nous posent la question d’un isolement…
      Après tout, ce titre est tout à fait entendable…
      Dans le secret des alliances, chacun semble se perdre et se chercher…
      Qui est isolé du reste du Monde ? Qui fait le Monde ?
      Ouvrons l’arche d’alliance, nous y trouverons peut-être les mots.

        1. et comme j’aime torturer les maux dans tout l’essence c’est encore mieux écrit dans tous les sens :
          putin tue ukrain
          Putain fallait t’il vraiment que tu craignes ?
          J’espère qu’il cesserra la coke et les putes à Dubaï et qu’il lira ces quelques lignes.
          Putain de guerre inutile…
          Les morts te poursuivront.
          Sois courageux… courre rage eux. Tu n’es pas prêt de dormir.

  5. Bonjour.
    Boris JOHSON est l’archétype du politique qui est pourri jusqu’à la moelle des os.
    Comme beaucoup de populistes, rien ne lui fait peur, il ment, il manipule, il ne respecte rien.
    Habile, je dirai plutôt un vrai voyou, sans foi ni loi, il n’hésitera pas à attribuer à l’Europe la responsabilité du risque d’une nouvelle guerre civile en Irlande pour la faire plier, l’Europe est faible dans sa gouvernance
    (Exemple avec la Pologne ), il le sait, pour lui c’est le bon moment d’agir à la vue du contexte international.
    Mais qu’il fasse attention, comme je l’ai déjà écrit, quand on joue avec le feu, on risque de se bruler les ailes, il semble oublier les Ecossais, eux ne partagent pas son point de vue, ils pourraient également profiter de l’occasion pour se faire entendre.
    Nous parlons actuellement d’élargissement avec des pays de l’Europe de l’est, s’il est fait avant la finalisation
    de la construction européenne dans sa gouvernance, elle deviendra ingérable, les pays de l’Est ont d’énormes progrès à faire pour comprendre notre vision d’un état de droit, la population est le plus souvent slave, il suffit d’observer ce qui se passe en Bulgarie pour comprendre.
    Ils sont le plus souvent solidaires entre eux, ne l’oublions pas, le conflit en UKRAINE ne doit pas nous faire oublier que beaucoup de slaves pensent que les russes sont leurs frères, malgré les atrocités, quand on ne veut pas voir ?
    Je rejoins le premier commentaire concernant nos amis britanniques qui ne voulaient pas du BREXIT, quelle tristesse en effet.

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