ActualitésEditoEn Une

Hongrie : ce que signifie en deux mots la victoire d’Orban

Orban vient de remporter une victoire électorale importante dans son pays ! Mais en deux mots, quelles en sont les leçons ? Médias et Russie.

Médias d’abord. Pour apprécier le scrutin qui faut se dérouler en Hongrie, il ne faut pas se représenter une arène démocratique comme la nôtre. Il faut imaginer une opposition bâillonnée. En Hongrie, le service public n’est pas neutre mais au service du gouvernement. Les grands médias privés ont été soit fermés, soit rachetés par des proches du pouvoir. Il n’existe donc plus aujourd’hui, non seulement de média d’opposition mais tout simplement de grand média indépendant.

Les lois passées à l’occasion du coronavirus punissent d’une peine de 5 ans la diffusion par les médias de fausses nouvelles, et le pouvoir a accusé les différents journalistes lui échappant de diffuser des informations contraires à l’intérêt de la nation (c’est à dire critiques du gouvernement). Rappelons que la justice n’est plus indépendante en Hongrie et que de telles menaces sont donc de nature à dissuader des publications.

Enfin, les accréditations sont réduites aux journalistes proches. Il n’est donc plus possible pour un journaliste indépendant d’assister à une conférence de presse, et de poser une question aux membres du gouvernement ou aux députés, sauf à les croiser dans la rue.

Résultat ? Dans quel pays européen le programme de l’opposition peut-il être présenté par les médias en cinq minutes seulement, le reste du temps d’antenne de la campagne étant dédié au pouvoir ? La Hongrie.

Russie ensuite. Viktor Orban avait une position prudente de neutralité, condamnant l’agression en Ukraine mais réticent aux sanctions. A la seconde de son élection, cette neutralité s’envole et il rompt le front européen en rétablissant des relations financières en roubles avec la Russie et en excluant une aide à l’Ukraine. Son discours de victoire compte Zelinsky parmi les adversaires dont il aurait triomphé. Il faut également savoir que son argument principal de campagne était que l’opposition démocratique voulait entrer en guerre contre la Russie et envoyer les jeunes hongrois se battre en Ukraine. Il en a fait son totem et s’est posé en garant de la neutralité du pays dans cette guerre. C’est évidemment faux, mais quand on maîtrise les médias… L’ampleur de sa victoire tient sans doute plus à cette propagande qu’à une adhésion totale aux politiques qu’il mène.

Avis donc aux amateurs. Ceux qui contemplent l’arrivée d’une droite extrême à l’Elysée ou qui s’en lavent les mains, parce qu’elle n’aura pas de majorité au Parlement, ou que ce ne sera pas pire. Les lois électorales, ça se change. Les lois sur l’information, ça se change et il suffit de regarder les relations locales avec la presse dans les collectivités gérées par le Front National. Les refroidissements relatifs des relations avec la Russie qui massacre des populations civiles pendant la période électorale, manifestement ça se change aussi.

 

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

Articles associés

13 Commentaires

  1. L’Europe ne peut-elle pas imposer des sanctions à l’un de ses états membres s’il ne respecte pas au moins la liberté de la presse et l’indépendance de la justice ?

    1. Je me permets de reprendre une partie du commentaire que j’avais formulé ile 10 avril en réponse à notre amie Danielle Foucaut:

      « […] la Hongrie reste dans le collimateur des institutions européennes en matière de respect de l’Etat de droit, de libertés fondamentales et de démocratie.

      Ainsi, il y a quelques jours, la présidente de la Commission a annoncé le lancement d’une procédure au titre d’un règlement de 2020 permettant de suspendre le versement de fonds européens à un Etat membre suspecté de violer de telles valeurs. Dans l’immédiat, cette initiative devrait se traduire par l’envoi d’une notification de procédure aux autorités hongroises. A plus long terme, en cas de réponse jugée insatisfaisante, elle pourrait être suivie d’une suspension effective de tels versements.

      On ajoutera que ce type de réaction de la part de l’UE ne fait pas double emploi avec une autre procédure, prévue à l’article 7 du traité sur l’Union européenne (Lisbonne) qui – je vous épargne certains détails fastidieux – peut conduire à la suspension de certains droits, dont le droit de vote au sein du Conseil réunissant les ministres des Etats membres.

      En outre, les contentieux ainsi engagés peuvent conduire à un recours devant la Cour de justice de l’UE, qui dispose du pouvoir d’infliger des sanctions pécuniaires en attendant que le pays incriminé retrouve le droit chemin. Ce type de sanction a déjà été& appliqué dans un passé récent.  » (fin de citation)

  2. Pour l’heure en France, les média sont plutôt détenus par des proches de l’actuel président, sauf erreur. C’est à dire que pour obtenir le même décors dans le cas d’une victoire de l’extrême droite, il faudra encore que les proches de M. Macron se rapproche Mme LePen ou vendent leurs acquis en matière de média. D’autre part si le journalisme indépendant existe en France, c’est surtout pour ceux qui veulent bien s’y intéresser, le reste de la population restant persuadée que le quinquennat passé en mérite bien un deuxième.
    La liberté de la presse est une chose magnifique, mais elle ne dépasse pas en puissance une hégémonie sur les moyens de communication, de diffusion. Quant à l’indépendance de la justice, on a pu assister en France ces dernière années à de belles périodes quant à la séparation des pouvoirs, des attaques sans réponse sur les droits constitutionnels, et une répression qui laisse supposer qu’il n’y a pas besoin de se revendiquer d’extrême droite pour gouverner par les armes.
    Si Orban s’était présenté en France, quel suffrage aurait-il remporté? Et au deuxième tour?

    1. en effet la France n’a pas de leçon à donner à Orban quant à l’indépendance de la justice ni de l’indépendance des médias
      l’Europe encore moins (infiltration de sorros et autres …)

      1. A Arthur et au « Mouvement S l ‘E ». D’abord il eut été judicieux, au nom de la démocratie au sein d’une communauté de lecteurs, de regretter votre article « Mélenchon c’est non » vu la grande majorité de vos lecteurs ayant commenté pour le contraire; cela n’aurait pas mis en danger le passage d’ E. Macron en tête au 1er tour, mais alors le débat du 2ème tour aurait eu une chance d’être plus interessant et plus progressiste. Quant à la Hongrie et au succès d’Orban, il faut aussi mentionner ce fait d’histoire européenne: en juillet 1914 le PM de Hongrie, le Comte TISZA s’est opposé à l’envoi à la Serbie d’un ultimatum excessif devant mener à la guerre, et du coup le PM de la Monarchie Austro-Hongroise ne l’a pas consulté pour la version finale de cet ultimatum. La Hongrie ne voulait pas la guerre, mais le Traité de Trianon l’a néanmoins punie en réduisant son territoire d’influence historique. Irrédentisme et le succès d’Orban viennent aussi de cela. ET cela indique aussi qu’il faudra un jour, pour assumer l’Europe, revenir sur l’article 231 du Traité de Versailles et assumer une responsabilité collective dans cette guerre européenne de 1914, la mère de toutes les guerres de l’Atlantique à l’Oural, de 1918 à 2022 compris.

        1. Je partage volontiers vos remarques concernant les très maladroits traités de Versailles et de Trianon.

          Juste une clarification à propos de votre observation au sujet de la « communauté de lecteurs »: il me semble, en effet, que le complément « ayant commenté pour le contraire » est important dans la mesure où il vise les seuls « commentateurs » qui se sont exprimés… et non les lecteurs qui n’ont pas pris part à la discussion. Or, il est plus que probable que ces derniers se comptent par dizaines (voire centaines si l’on prend en considération le lectorat potentiel de SLE).

      2. Et toujours le complot juif! La propagande d’Orban est efficace. Quant à la presse française, l’éventail est suffisamment ouvert de l’extrême droite à l’extrême gauche – on peut même suivre la propagande de Poutine sur les chaînes russes en français – pour que l’information soit fiable.

  3. Bonjour Arthur.

    Vous n’évoquez pas la menace d’une très forte augmentation du prix du gaz dans un pays qui en ait dépendant à 95% si on ne votait pas pour lui, je me trompe ?
    Il faut savoir que le revenu moyen est bas, autour de 750€ je crois.

  4. Bonjour
    Pourquoi , sur la base d’une dénonciation de cet état de fait, par un vote du PE et par le Conseil, la Commission ne stoppe-t-elle pas le versement des fonds structurels jusqu’à un retour de l’État de droit ?

    1. En fait, le « four » est actuellement en préchauffe (voir plus haut la réponse à Bernard Aigloz.).

      Il pourrait certes s’avérer légitime de manifester quelque impatience devant la longueur de la procédure ou des initiatives hésitantes (ce que le Parlement européen ne manque pas de dénoncer à l’occasion, à la faveur de certains antécédents). Mais, précisément – et contrairement à ce qu’en disent des europhobes – cette apparente « lourdeur » procédurale reflète la délicatesse que suppose le respect des souverainetés nationales: même face à une menace de suspension, l’Etat membre concerné a le droit de présenter des justifications. La sanction n’est mise à exécution que si celles-ci ne sont pas jugées suffisamment convaincantes.

  5. Bonjour Arthur.

    Vous ne répondez pas à ma question de l’arme du GAZ qui semble avoir été utilisé par ORBAN pour se faire réélire, pourquoi ?

Laisser un commentaire

A lire également
Fermer
Bouton retour en haut de la page