Le nationalisme, c’est la guerre

Depuis Arthur de Gobineau la recette du fascisme est toujours aussi populaire et elle est simple : seul quelqu’un qui parlerait fort pourrait combattre l’étranger, mobiliser les forces vives, prendre en charge le refoulement et le sentiment d’abandon et de déclassement qui étreint les peuples pour cause de panne d’ascenseur social. Et ceci d’autant plus que la lutte des classes ne correspond plus à aucune réalité – personne n’incarne désormais l’internationale des prolétaires – et que la religion est devenue de plus en plus inaudible en Europe. Ce mécanisme est à l’œuvre un peu partout.

L’extrême droite exacerbe l’identité nationale. Le communautarisme ordinaire s’imposerefus  comme la référence idéologique, « nous et les autres ». Au pouvoir, elle fait porter à un adversaire les responsabilités des défaillances internes et provoque l’adhésion en suscitant la crainte. N’ayant plus que des ennemis qui, d’abord fantasmés deviennent de plus en plus réels, le régime populiste s’isole. Les tensions ne peuvent plus être gérées que par la répression interne et l’agression externe. Est-ce une explication trop simpliste du contexte actuel alors que les guerres et les logiques de confrontation sont de retour ? La preuve est pourtant là, regardons Poutine, Trump, sans doute Netanyahou et vraisemblablement bientôt le Chinois Xi…

Le Président Mitterrand lors de son discours testament de 1995 devant le Parlement européen avait eu cette formule, reprise depuis par Emmanuel Macron : « Le nationalisme, c’est la guerre (…). La guerre ce n’est pas seulement le passé, cela peut-être notre avenir ».

Il y a pourtant une autre voie. Une voie qui passe par le refus catégorique de céder au repli sur soi, à la confrontation raciale voire « racisée » et au recours à la violence. Le frottement des cultures et des différences nourrit la créativité, le progrès, la croissance, loin de l’opposition qui découle de tout fascisme et qui ne propose que destruction. Ainsi, la protection de l’individu, de la famille, de la communauté, ne saurait se définir par des logiques d’opposition – eux contre nous – mais au contraire par agrégation. Les droits humains, l’Etat de droit, le multilatéralisme et le rejet des conflits constituent encore et toujours les racines de notre humanisme. « C’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race », disait Jaurès.

L’Union européenne – entre proto fédération et méta Etat – constitue la seule alternative actuelle, démocratique et crédible qui peut fournir ce cadre de référence. C’est l’espace économique « optimal » pour dégager des marges de croissance, bien au-delà de son rôle normatif. Mais c’est aussi le gage que les rivalités entre Européens ne dégénèrent pas en affrontements. Peut-on prendre le risque de sortir de l’Union européenne, dans une sorte de bravade dégagiste alors qu’une majorité de Britanniques semble regretter le Brexit ? Nous n’avons pas le temps de nous adonner à ce type d’errance et d’expérimentation. Le repli identitaire est une impasse mortifère. Nous, c’est toujours non !

Première parution dans Témoignage Chrétien le 9 avril 2026.
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B. S.
B. S.
Ancien ambassadeur, haut fonctionnaire européen tenu au devoir de réserve

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