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Du respect de la démocratie : les nationalistes face à leurs contradictions

Cinq millions de signataires pour une pétition anti-Brexit, un million de personnes dans les rues à Londres, où nous avons sans doute battu le record du nombre de drapeaux européens flottant au vent. Pas mal pour un projet politique dont plus personne ne veut, si on en croit les tribuns nationalistes de Grande-Bretagne et du continent !
Notons à cette occasion que le référendum, quintessence absolue de la démocratie pour les populistes, semble avoir souvent pour conséquence de diviser encore davantage une société que de la rassembler, et plus encore lorsque le résultat est relativement serré. Or cet objectif de division des sociétés est dans les gènes du nationalisme : l’essentiel est de désigner un coupable aux maux du temps présent, qui peut être selon le contexte l’étranger, le juif, le patron, l’Europe, le franc-maçon et bien d’autres, et dont la seule disparition permettrait automatiquement un avenir meilleur. Et puis si au final ça ne suffit pas, ce n’est pas grave. Il y a toujours des boucs-émissaires en réserve ainsi que quelques théories du complot en stock…

Ne nous trompons pas, l’instrumentalisation de la figure du peuple ne sert qu’à atteindre des objectifs idéologiques et non l’amélioration des conditions de vie des classes populaires. Quand 30 000 gilets jaunes manifestent en France, Macron devrait démissionner ; par contre, quand un million de Britanniques défilent contre le Brexit, il faut au contraire respecter le résultat des urnes.

Et c’est bien ici que nous touchons du doigt la principale contradiction des nationalistes : ils ne sont du côté du peuple que quand cela les arrange !

Nous n’avons aucun problème à reconnaître la victoire du Brexit en juin 2016 avec près de 52% des voix, malgré les mensonges de ses partisans. Nous n’avons non plus aucune difficulté à reconnaître l’élection de Donald Trump, malgré qu’il ait perdu le vote populaire. En revanche, l’élection de tout leader « progressiste » est suspect aux yeux des nationalistes qui l’accusent très vite de trahir les aspirations du « vrai »peuple apparemment distinct de celui qui l’a élu…

Alors que plusieurs millions de Britanniques se mobilisent pour un projet politique cohérent, le maintien dans l’UE en face, une multitude d’aspirations politiques se sont coalisées pour l’emporter… mais sans réussir à construire en deux ans une alternative majoritaire.

Dès lors, on repense à la sagesse des constituants espagnols et allemands qui ont pensé à invalider le renversement du Premier ministre si une majorité alternative n’était pas immédiatement trouvée.
La démocratie, ce n’est pas le chaos, c’est l’arbitrage des désaccords dans le respect de règles communes. Fous ceux qui pensent que les nationalistes ne se servent pas de la démocratie comme un moyen mais comme une fin.

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Fabien Chevalier

Fabien Chevalier est président de Sauvons l'Europe

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7 Commentaires

  1. Très juste. Il ne faut pas soumettre à referendum des questions auxquelles on attend des réponses « tangentes », sinon c’est clivant, mal accepté, et on va vers les ennuis. A contrario, dans un cadre de démocratie représentative, l’amendement Wallon voté par 353 contre 352 a instauré un régime républicain pour 70 ans.
    Concernant la dernière remarque, en France le 49.3 fait un job similaire.

  2. J’ajouterai que les « meilleurs » arrivent d’ailleurs à désigner des boucs émissaires sans vraiment les définir. De cette manière, chacun peut s’imaginer ce qu’il veut. L’antisémite comprend que le candidat parle des juifs. L’islamophobe comprend qu’il parle des musulmans… Le réactionnaire comprendra les progressistes pro-mariage pour tous, ivg… Ainsi des personnes qui ne sont pas de tout d’accord entre elles, se retrouvent à voter pour la même personne. Je pense que c’est pour ça que Marine Le Pen fait très attention dans ces interventions dorénavant. Avant, elle avait le père qui jouait le rôle de l’antisémite, elle de l’islamophobe, la nièce de la réactionnaire, Florian Phillipot de l’anti-technocrate de Bruxelles. Maintenant qu’elle a plus ces grosses têtes pour orienter son discours vers les différents publics visés, elle doit faire très attention pour ne froisser personne.

    Et ça malheureusement, ce n’est pas l’apanage des nationalistes mais des populistes en général. Si je prend l’exemple de notre président actuel (oui pour moi il fait une forme de populisme mais en ne s’adressant pas au même « peuple » que les autres) quand il parle des fainéants, des gaulois réfractaires, des Français qui n’ont plus le sens de l’effort etc, il désigne un ennemie sans jamais le définir. Et quand je parle aux différentes personnes qui le soutiennent dans mon entourage, j’ai pu constater que personne n’est d’accord sur les personnes qui se cachent derrière ce terme. Ce sont qui ces fainéants ? Les chômeurs longue durée, les employés qui se plaignent de leurs patrons mais qui n’ont pas le courage de monter leurs startups, les fonctionnaires, les actionnaires… Tout le monde est d’accord sur le fait qu »il y a des gens qui bossent pas assez et qui plombent la France, mais personne n’est d’accord sur qui.

    1. Bravo pour votre réponse. On peut être pro-Europe et ne pas apprécier du tout le président actuel (qui représente le vote de dépits), et ne pas réduire le mouvement des gilets jaunes à 30 000 râleurs inconséquents…
      Dommage que M. Chevalier fasse ces rapprochements mal-venus, ce n’est pas en vantant « la grandeur du jupitérien » qu’il fera gagner des soutiens à l’Europe, c’est mal connaitre l’état d’esprit actuel en France.

  3. Je lis en filligrane de cet article que vous définissez notre pdt actuel comme « progressiste » ?
    (« l’élection de tout leader « progressiste » est suspect aux yeux des nationalistes… »).

    Parce que pour vous le chaos actuel, les réformes actées et à venir représentent un progrès pour la France ?
    J’aimerai bien savoir lequel…

  4. Pour moi, ce texte est illisible parce que vous pensez , comme les p’tits jeunes de la LREM que vos propos sont trop intelligents pour que le menu peuple comprenne ! Pourquoi dire en crachant populisme? Dans ce mot il y a peuple et c’est pour le peuple que les institutions existent sinon elles doivent être éradiquées et remplacées par celles qui servent le peuple. Rappelez-vous le SPQR des Romains car rien n’est nouveau, mais ce qui est de plus en plus insupportable est de faire du mot démocratie une espèce de religion intouchable et vertueuse. Quelle erreur car le peuple seul a raison ( Vox populi vox Dei ) et le reste n’est que discussion du café du coin. Les gens ne sont plus heureux parce que les dirigeants, qui volent en caste, ont écœuré le peuple et l’ont écrasé d’impôts…à leur profit. La suite vous la verrez bientôt.

    1. En effet, il semblerait que ce n’est pas la première fois que vous rencontrez des problèmes de lecture… s’agissant, au demeurant, d’un texte tout à fait lisible mais qui a sans doute le défaut de bousculer quelques certitudes bien ancrées chez des nostalgiques qui sembleraient confondre « Etat-nation » et « Etat français » (avec la regrettable connotation que cette dernière appellation revêtait à l’époque de Vichy).

      Par ailleurs, outre le fait que personne ne peut s’arroger le monopole du peuple, il existe à ce jour suffisamment d’ouvrages de référence pour une approche sérieuse du concept de « populisme » (si vous le souhaitez, une bibliographie, même sommaire, peut être mise à votre disposition). Je persiste à penser qu’il conviendrait d’en rechercher un écho sémantique dans le terme « pipole » (comme la presse du même nom, qui fait le bonheur des amateurs de secrets d’alcôve réels ou supposés) . Irai-je en outre jusqu’à suggérer que l’on consacre plutôt le néologisme de « pipeaulisme », fort bien adapté au « pipeau » qui sert d’instrument(alisation du peuple) à de bien tristes musiciens prompts à faire de l’UE un bouc-émissaire fort commode ?

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