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Croatie : les jeunes reprennent le chemin de l’exil

A l’occasion de la présidence du Conseil européen par la Croatie, Jean-Pierre Bobichon a recueilli le témoignage de Joseph Le Corre – Français, originaire de Bretagne et Croate d’adoption, Ancien secrétaire général de la CFDT – Paris, puis d’Ile de France – Adhérent aux retraités CFDT à Paris. Cet entretien a été publié initialement dans Fil bleu.

Quelle est ta situation en Croatie ?:

Depuis 6 ans je vis en Croatie, pays je côtoie depuis 1981 lorsqu’elle était encore partie prenante de la Yougoslavie. Ceci n’est qu’un point de vue, au sens premier du terme, c’est à l’endroit d’où j’observe. Je ne prétends ni à l’objectivité ni à l’exhaustivité.

Je fais partie de ceux qui ont bénéficié du dispositif « carrière longue », en 2014 j’ai mis fin à mon activité professionnelle et aussi choisi de faire autre chose, de gérer cette retraite comme une autre étape, une tranche de vie à part entière. J’ai immédiatement ouvert à Korčula, sur l’île du même nom une librairie internationale : Un service culturel qui manquait, une activité qui est propice à une multitude de contacts enrichissants tout en créant un emploi local….on ne se refait pas…

Comment vois-tu la situation politique en Croatie ?

L’actualité est une opportunité pour découvrir le pays: Le 1er janvier 2020, pour 6 mois, la Croatie va présider l’UE.

Le premier tour des élections présidentielles qui s’est déroulé le 22 décembre dernier a donné un aperçu de la vie politique du pays. Ici la bipolarisation est toujours présente mais fragile avec un parti conservateur HDZ actuellement au pouvoir, un parti social-démocrate le SDP ; c’est ce dernier qui a gagné le 1er tour avec Zoran Milanović – social-démocrate, confirmé au second tour ce 5 janvier 2020, avec 52,73%, contre 47,27 % face à la présidente sortante Kolinda Grabar-Kitarović. Ceci ne dit pas tout, 11 candidats participaient au 1er tour et au final, la droite conservatrice sort de cette élection très affaiblie et divisée.

Le premier ministre, Andrej Plenković , issu du même parti, le HDZ, est plus modéré, un libéral européen.

La Croatie est un pays industriel, on peut citer tout particulièrement la réparation et la construction navale, la confection, le bois, la transformation agro-alimentaire qui s’appuie sur de vastes zones agricoles.

Plus d’un millier d’îles et d’îlots le long de l’Adriatique, et un total de 5.800 km de côtes en font un pays touristique.

Plus de 600.000 français ont visité le pays cette année mais ne croyez pas que le tourisme a commencé avec l’arrivée de nos concitoyens, l’histoire du tourisme dans le pays a plus d’un siècle.

Quelles sont les principales difficultés internes au pays ?

Malgré ses potentialités, la Croatie doit faire face à un certain nombre de difficultés :

  • Les activités industrielles historiques ont toutes souffert de la crise mondiale, l’exemple le plus criant est celui de l’industrie navale.
  • Le pays, la vie économique, politique et sociale demeure minée par la corruption
  • En 1991, lors de la proclamation de l’indépendance, le pays comptait environ 4,7 millions habitants il se situe à environ 4 millions aujourd’hui. Ceci est le résultat d’un faible taux de natalité et du fait que les jeunes, particulièrement les diplômés, reprennent le chemin de l’exil: ingénieurs, personnels de santé et bien d’autres ne trouvent pas d’emplois ou de reconnaissances salariales à la hauteur de leurs formations. Ainsi en 5 ans 600 médecins ont quitté le pays, ramené à l’échelle de la France cela voudrait dire que 10.000 médecins quittent le pays en 5 ans !

Qu’est-ce que l’Europe apporte à la Croatie ?

Une population en baisse et vieillissante chacun peut aussi imaginer les difficultés des comptes sociaux et tout particulièrement des retraites.

L’Europe a déjà apporté une contribution importante aux pays, dans le domaine des infrastructures par exemple : Aéroports, autoroutes et maintenant le pont de Pelješac qui permet de rapprocher des zones excentrées (la presqu’île, l’île de Korcula) et garantit la continuité territoriale.

Le tourisme assure aujourd’hui le quart des revenus de la Croatie avec 19 millions de visiteurs (5 fois la population) en 2019. L’offre de logement chez l’habitant s’est démultipliée parfois déraisonnablement et les prix ont tendance à s’aligner sur les moyens des visiteurs. Mais progressivement l’offre tend à se diversifier, des projets nouveaux voient le jour, l’agro-tourisme ou encore la réactivation des vieux métiers bénéficient du soutien européen, contribuent à étendre la saison touristique. Les autorités ont su courant 2019 tirer la sonnette d’alarme sur la fragilité du tourisme et appeler à la prudence sur les prix.

Mais le tourisme constitue aussi une autre richesse pour la Croatie et pour toute l’Europe.

Dans ce pays, à l’occasion de l’été principalement, se croisent depuis des décennies, des visiteurs venus de d’Allemagne, d’Italie, d’Autriche, de France mais aussi, depuis la fin du bloc soviétique, de Pologne, République tchèque, Slovaquie….un concentré d’Europe. La construction européenne, l’affirmation de son identité se fera aussi en saisissant ces belles opportunités d’échanges qui s’offrent à nous. La présidence croate en 2020 est aussi une invitation à plonger dans l’histoire du pays, sa culture, ses auteurs.

Pour en savoir plus :

Joseph Le Corre – Kutak Knjiga (le coin des livres)

Kovački prolaz bb

20260 Korčula

Croatie

kutak.knjiga@gmail.com / Facebook

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Jean-Pierre Bobichon

Jean-Pierre est membre fondateur de Sauvons l’Europe, et Conseiller auprès de l’Institut Jacques Delors

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3 Commentaires

    1. Vous vous croyez drôle ?

      Votre « jeu de mots » est – hélas ! – une plaisanterie fort maladroite usée jusqu’à la corde (du pendu ?) par les démagogues qui éprouvent un malin plaisir à scier la branche sur laquelle repose leur auguste séant.

      Interrogez-vous plutôt sur le coût que représenterait une telle fuite pour un pays comme la France (qui n’est pas le Royaume-Uni – et encore: pour ce dernier, c’est à plus ou moins long terme qu’il conviendra d’évaluer les conséquences concrètes du Brexit). Il existe de sérieuses études sur le le coût de la non-Europe.

  1. les britanniques l’ont FAIT !!!…le peuple a confirmé UNE DEUXIEME FOIS sa volonté de recouvrer sa PLEINE souveraineté….n’en déplaise aux euro-fascistes , euro-fanatiques ,euro-sceptiques de tous poils et ce sont bien les futurs devellopements qui TRANCHERONS le bien-fondé ou non de la démarche ….tous ces euro-bidules sautant comme des cabris en criant europe europe , comme disait le Général Indépendantiste DE GAULLE n’ont plus qu’a prier fort afin que cette séparation se passe MAL …..A QUI LE TOUR DE SE SAUVER MAINTENANT ???……je verrai bien d’abord un ITALIX…par exemple….

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