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Chirac : l’anti Tony Blair

A l’heure des hommages au défunt président Jacques Chirac, nous trouvons éclairant de mettre son parcours en perspective avec celui de l’un de ses grands contemporains sur la scène européenne, le britannique Tony Blair.

Chirac et Blair auront tout deux dirigé leur nation à l’aube de l’an 2000 et quitté ensemble le pouvoir à quelques mois d’intervalle, au cours de l’année 2007. Durant une décennie, ils auront été l’un le visage de la France, et l’autre celui du Royaume-Uni. Enfin, leur arrivée au pouvoir aura pour chacun marqué le retour aux responsabilités de leur famille politique, après un long purgatoire. Au Royaume-Uni, fin de l’ère Thatcher, et en France fin de celle de François Mitterrand. Il s’agissait d’écrire la page du New Labour pour l’un et d’un néo-gaullisme converti à l’Europe pour l’autre.

Pourtant à l’heure où Jacques Chirac s’installe définitivement dans notre geste national par les mots d’Emmanuel Macron et la ferveur populaire, le purgatoire de Tony Blair dure encore et toujours, tant auprès de son ancien parti politique que de ses anciens électeurs.

Entre Jacques Chirac et Tony Blair, il y’a la seconde guerre d’Irak et des choix diamétralement opposés.

Le Choix de Jacques Chirac lui vaudra « absolution pour l’ensemble de son œuvre », notamment les trop nombreux échecs, erreurs et zones d’ombre ayant émaillé quarante ans de combats politiques.

Au contraire, Tony Blair, sur l’Irak, fut tout à fois, supplétif de Georges Bush et pousse au crime des mensonges d’Etat ayant conduit au désastre. Ce choix semble à ce jour ternir à jamais un parcours politique jusqu’alors remarquable. Seul leader travailliste à avoir jamais remporté trois élections de suite et offert aux siens plus d’une décennie au pouvoir, il reste aussi l’homme de la paix en Irlande du Nord.

Naturellement l’un s’en est allé, quand l’autre, toujours en vie, travaille encore ostensiblement à consolider une fortune aujourd’hui estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros. Là, encore, comment ne pas méditer l’ironie des apparences ? Pèse apparemment bien plus aujourd’hui l’affairisme de Tony Blair que la sanction pénale qui frappa Jacques Chirac sur le tard ! L’on pourrait d’ailleurs ici évoquer un troisième homme, Gerhard Schröder parti cachetonner vers l’Est…

Au fond, Jacques Chirac fut éminemment européen, à défaut d’être le grand Européen qu’évoquent certains.

Si contre ses propres troupes, il fut essentiel à ces 40 000 voix qui firent du référendum de Maastricht un succès., il y eut entre temps quelques naufrages, de l’appel de Cochin au référendum tactique de 2005 terminant sur 55% de NON à la Constitution européenne. Il y eu aussi ce silence assourdissant face aux appels répété du partenaire allemand pour aller plus loin dans l’intégration européenne à l’aube des années 2000. S’égosillèrent successivement dans le vide Karl Lamers puis Joschka Fischer…

Et pourtant, comment ne pas reconnaître que Jacques Chirac porta à sa manière l’humanisme d’un Stéphane Zweig, malgré quelques regrettables sorties de route, jusqu’aux dédales de la rue Monsieur le Prince… Il ne cessa d’interroger l’Histoire et les civilisations là où le New labour de Tony Blair heurta sans cesse le plafond de verre des spins doctors de la communication politique. Il fut enfin de ces Européens qui portaient et assumaient les angles morts de notre histoire, notamment la triste trilogie de l’antisémitisme, du fascisme, et de l’impérialisme colonial. Il y eu le discours du Vel d’hiv et son engagement personnel en Bosnie.

Quant au choix cardinal de Jacques Chirac sur l’Irak, il fut certainement l’œuvre d’une vie, il fut tout aussi, sans conteste, celui d’un Européen des Lumières !

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Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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Un Commentaire

  1. « Jacques Chirac fut éminemment européen. »

    Il fut d’abord et avant tout le président de la France, l’un des rares à avoir résisté aux pressions énormes et constantes venues d’outre-Atlantique et avoir su dire NON, au contraire de tous les successeurs de De Gaulle qui se sont vautrés, contraints ou délibérément, dans un alignement et une servilité indignes, quand ce n’était pas dans la trahison pure et simple des intérêts des Français, comme c’est le cas actuellement.

    Il fut « européen » en reniant ses convictions sur « l’union » €uropéenne par simple calcul politicien, parce qu’il avait bien compris qu’il devait en passer par là pour parvenir à l’Élysée.

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