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Ces polémiques qui font un triomphe

Un drapeau européen sur l’arc de triomphe ! Mon dieu ! Ce bout de tissu a plus affolé le monde politique qu’un modeste burkini. Tout y est passé : l’indignation, l’indécence, l’insulte à la France, le crachat sur la tombe du soldat inconnu et sur le sacrifice de milliers de poilus. Les plus excités voient ce drapeau comme un corps étranger qui viole chaque endroit sacré où il pendouille; on se souvient que les nouveaux maires FN avaient beaucoup joué à le retirer de leurs frontons. D’autres feignent de se scandaliser seulement qu’il ne soit pas accompagné du drapeau aux trois couleurs. Et tout le monde d’ailleurs feint de se scandaliser.

Que savons-nous du soldat inconnu ? Rien justement. On a pris les précautions suffisantes pour s’assurer à peu près qu’il était français et cela même n’a manifestement pas été évident, dans les charniers où les hommes se sont mêlés. Que pensait-il ? Quelles étaient ses opinions ? Aurait-il été enragé d’avoir au dessus de sa tête le symbole de la paix, de la réconciliation et du « plus jamais ça » ? N y aura t’il d’autre hommage à rendre aux morts, pour toujours, que la réaffirmation du conflit entre nous et l’Allemagne et que c’est nous qu’on a gagné ? Combien d’anciens combattants étaient pacifistes après la guerre et pourquoi ceux qui n’y ont pas survécu auraient-ils été différents ? Nous savons par exemple que c’était le cas de l’inventeur de la flamme perpétuelle de l’arc de triomphe.

Aurait-il du être accompagné du drapeau français, protocolairement ? Peut être. C’est la règle habituelle. Le politique est-il contraint par les manuels de protocole lorsqu’il souhaite faire passer un message? Quelle importance franchement ? La volonté du peuple français a-t-elle été en 2005 de refuser les symboles européens, de les bannir de notre sol ? Quelle drôle d’idée ? Il nous semble nous rappeler un certain Non de gauche qui voulait l’Europe ardemment, mais pas celle là parce que ce n’était pas celle qui les tenait éveillés la nuit dans la poursuite de leur idéal. Ce sont les mêmes qui nous disent aujourd’hui que la simple vision du drapeau est pour eux une agression. Les finassiers enfin qui pérorent sur la disparition des symboles dans le Traité de Lisbonne. Les symboles ont donc besoin d’être enregistrés dans des textes pour exister et être symboliques ? Ils devraient se pencher sur l’histoire officielle du drapeau à trois couleurs. Au reste comme souvent, ces dissections juridiques sont erronées : la France a bien signé le protocole additionnel relatif aux symboles, pour l’importance que ça peut avoir.

Tout ceci se joue sur fond de psychodrame franco-français, qui fantasme tellement la communauté nationale qu’il faudrait choisir entre être français ou européen. Il y a peu encore, l’identité régionale était suspecte, et se sentir Breton, Basque, Alsacien, c’était remettre en cause un peu son appartenance à la France. Toute affirmation d’une identité plurielle était une atteinte à l’unité du peuple. Mais n’est-il pas aussi naturel d’être Européen que l’on est Normand, sans cesser un instant d’être tout à fait Français ? D’autres pays qui ont moins réalisé leur unité nationale dans le sang n’ont pas ces préventions. On y observe que plus on se sent d’une province ou d’un pays, plus on se sent Européen. Les enracinements se répondent, ils ne se concurrencent pas.

Tout ceci appartient à un horizon politique de tempêtes artificielles. Les réactions au vitriol sont posées, surjouées, avec des éléments de langages arrachés aux caveaux de la troisième République. L’émotion permet à peu de frais de définir les camps, de mettre des petites barrières électrifiées autour des troupeaux d’électeurs. Et surtout de ne pas parler de fond. Quelle politique européenne au fait ? Sur le salaire minimum, le digital, l’industrie de défense, le commerce ? Mais pourquoi évoquer ces sujets barbants quand on peut se contenter de s’indigner ? De la même manière, l’actualité de la semaine sur la stratégie publique face à la pandémie n’aura pas été consacrée à la réponse : la vaccination doit-elle être obligatoire ? Faut-il des détecteurs de CO2 enfin dans les écoles ? Les masques FFP2 doivent-ils être banalisés ? Ni le gouvernement, ni ses oppositions n’ont fait le choix de ce débat. Cela fait des années qu’une partie des politiques a pris profession de s’indigner quotidiennement, et pour certains plusieurs fois par jour. Ce pantomime pitoyable aurait inspiré notre cher Molière. Cette facilité a gagné du terrain, et devient notre manière principale d’appréhender le politique. Elle n’est pas un progrès.

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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23 Commentaires

  1. Merci Arthur (meilleurs vœux pour 2022) pour cet excellent texte, sous un titre bien choisi.
    Tempête dans un verre d’eau, assurément, laissons le soldat inconnu en paix et cherchons plutôt en ce début d’année les sujets de discussion qui en valent la peine !

  2. De même, merci beaucoup Arthur (meilleurs vœux pour 2022) pour avoir pris le temps de si bien exprimer ce que beaucoup d’entre nous ressentent . Excellent texte en effet, sous un titre bien choisi.

  3. complètement d’accord …de la politique spectacle (de mauvaise qualité ) qui laisse les problèmes de fond , qui pourrait rassembler de façon construite
    j’ai beaucoup aimé les « barrières électrifiées autour des troupeaux .. »

  4. Merci à Arthur pour ce brillant commentaire. La polémique masque en fait l’incroyable inculture de nos politiques sur le fait européen. C’est cette même inculture, cette même indifférence pour ce qu’est l’Europe qui a conduit les Britanniques au Brexit. A mes amis anglais qui de désolaient du Brexit, j’ai répondu: qu’avez-vous fait pour faire connaitre l’Europe à vos concitoyens?. Avez-vous tenté de persuader votre municipalité de mettre le drapeaux bleu aux 12 étoiles à côté de l’Union Jack? Qu’avez-vous répondu aux mensonges de Boris Johnson ? aux récriminations contre « les technocrates de Bruxelles qui sont grassement payés à ne rien faire » ? C’est à nous d’interpeller nos politiques, de ne pas les laisser croire que l’Europe bashing » paye. 65% au moins de Français sont plus ou moins pro-européens. Mais ils laissent les europhobes occuper le terrain médiatique et proférer des absurdités du genre « on a volé le non à l’Europe de 2005 ». C’est à nous, les pro-européens, de monter au créneau et de ne laisser passer aucun mensonge. Les élections arrivent. Sachons nous mobiliser pour faire entendre la voix de l’Europe face à tous les renoncements démagogiques et aux mensonges éhontés.

  5. Ah Arthur ! Enfin un commentaire intéressant ! yen a ras le bol de ces réactions stupidissimes sur le qui, quoi, quand (french cancan…) et ya des choses sans commune mesure à commenter, réagir, (intervenir ? Oui bien sûr, verbalement en tous cas) de par le monde, z’avez vu ce qui se passe ici et là de par le monde ? Bref MERCI, j’attendais votre parole

  6. Merci pour cet excellent article auquel je souscris totalement, il exprime parfaitement ce que j’ai ressenti. « Ni haine ni oubli » peut-on lire sur nos monuments aux morts, malheureusement on oublie et la haine revient, elle est- là, bien présente. J’ai vraiment honte que ce symbole de la paix la plus longue de notre histoire ait dû être retiré. Hélios Lopez, citoyen du Monde, d’Europe, d’Espagne, de France, d’Andalousie et de Gascogne.

  7. Merci de dire tout haut ce que bcp pensent ! et merci à tous vos commentateurs que je rejoins. « Les enracinements se répondent, ils ne se concurrencent pas. » C’est tellement vrai, pour moi qui ai vu le jour en Haute Saône il y a 83 ans, ai fait des études à Strasbourg et habite en RP, j’aime ma belle province Franc- comtoise, mais me sens tellement européenne : je suis citoyenne du monde.

  8. Toutes ces polémiques m’emmerdent… Elles me font perdre du temps… Du temps sur l’Europe, pour leur hope… Peut-être un ultime espoir… Tous sont morts pour leur hope, même les anglais devant Hitler…. La merde… Nous nous y complaisons… comme un porc se complait dans sa fange… Sales, oui nous le sommes tous…Tous sans complaisance sur l’autel de l’aisance. De Gaulle disait : il n’y a qu’une seule querelle qui vaille et cette querelle est celle de l’homme. Pendant ce temps, les Algériens passaient sous la gégène ou étaient jetés dans la Seine.
    Paradoxe, polémique, conflit temporel… Sur tous ces non sens, l’homme est en recherche de vérité, d’un direction, d’une marche à suivre… Alors polémiquons. Cela pourrait nous perdre ou nous sauver la peau. La peau… la racine, l’étymologie même du mot polémique, du mot politique…. Leur hope s’est construite sur non pas une, mais des milliers de montagnes de cadavres. Au sommet de celle-ci, certains allument parfois une lumière. Tous sont morts pour l’Europe, leur hope. Merci a Jean mon nez et à simone de veiller sur nous.

  9. Quel besoin de provoquer de la sorte en utilisant le drapeau comme symbole de suprématie sur les états….. Cette construction européenne antidémocratique n’est pas un exemple de paix et de solidarité…..elle n’est que l’expression d’une volonté ultralibérale qui protège avant toutes intérêts privés des plus riches ….
    Les guerres économiques font moins de dégâts en terme de vies humaines mais plongent les populations modestes dans la pauvreté et la dépendance , et ce qui se passe en matière d’énergie entre la France et l’Allemagne en est le meilleur exemple…..
    l’Allemagne , même si elle a perdu la guerre, n’a jamais renoncé à sa domination idéologique et économique sur l’Europe , faites des recherches sur le parti politique de madame Merkel et vous comprendrez les positionnements qu’elle n’a cessé d’imposer au reste de l’Europe……
    Bref , l’Europe unie est souhaitable mais pas cette déconstruction à marche forcée qui pousse les peuples à plus de nationalisme et de repli sur soi……
    À l’égémonie Allemande je dis ..neine et donc non aux symboles de domination quels qu’ils soient……

  10. Bonjour à vous tous.
    Comme tout les autres précédemment, merci Arthur, votre texte est excellent.
    Nous vivons une période ou la stupidité est reine, que ce soit sur le drapeau européen ou le Covid.
    Comme vous l’écrivez, un grand nombre de combattants des deux guerres mort pour la France doivent se retourne dans leurs tombes, comment ne pas comprendre que le symbole extraordinaire de ce drapeau est la paix en Europe, Messieurs les polémistes, regardez aujourd’hui ce qui se passe dans d’autres pays ou le peuple se fait assassiné parce qu’il a soif de justice et de démocratie.
    Idem pour le Covid, j’entends des commentaires de gens soi disant bien pensant qui polémiquent sur tout et ne parlent jamais de l’essentiel, la lutte par tous les moyens pour éviter des morts, bravo Arthur, bravo vous tous, nous allons pouvoirs nous nommer si nus continuons ainsi « les justes de l’Europe ».

  11. je suis hors sujet mais question: la règle UE de -3% de déficit public ne met-elle pas en faillite ce service public, l’hôpital notamment? Un article sur l’intérêt de cette règle? Merci pour vos articles!

    1. Bonjour, Mais pourquoi donc ? D’une part serions nous condamnés à ne financer nos services publics que par l’emprunt massif ? Et d’autre part en pratique, quelles années cette règle a t elle été respectée par la France depuis 1990 ? Ce n’est pas l’Europe qui nous contraint de ce côté là, bien au contraire d’ailleurs elle nous a permis de baisse le coût de notre dette.

  12. Merci Arthur pour ce très bon article, ça fait du bien, au milieu de cette cacophonie politicarde qui ne parle pas de l’ EU en plus, mais ça occupe les plateaux tv!! Meilleurs veux à vous et tt l équipe.

  13. Quand les politicards bavent leurs vaines âneries, je suggère d’appliquer la règle que mon père m’a apprise::  » laisser pisser le mérinos ».

  14. Merci, ça fait du bien de lire un texte intelligent dans cette campagne présidentielle où il ne s’agit visiblement que d’agiter des fantasmes voire de convoquer le fantôme de Pétain… Le rôle des politiques n’est pas de refléter en pire la bassesse et l’ignominie de la partie la plus bête de l’électorat. J’attends le candidat qui verra enfin les choses d’un peu plus haut. Arthur vous pensez à vous présenter ?

  15. En relisant le livre de Suzanne CITRON « LE MYTE NATIONAL », il faudrait rajouter à la phrase « Il y a peu encore, l’identité régionale était suspecte, et se sentir Breton, Basque, Alsacien, OCCITAN….

  16. Très bien écrit. Peut-être un oubli : pourquoi un tel bruit médiatique pour si peu, voire le néant absolu ? En particulier, pas un seul commentaire de journaliste ou éditorialiste favorable à ce geste de paix européenne. Bizarre ?

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