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Brexit : un pont trop loin

Hier, la Commission européenne a donc officiellement annoncé le lancement d’une procédure d’infraction contre le Royaume-Uni. En cause, le projet de loi sur le Marché intérieur qui réintègre de facto l’Irlande du Nord dans le territoire économique britannique et réinstalle une frontière au milieu de l’ile, en violation directe (et assumée) de l’accord de sortie de l’Europe. La Commission avait adressé un ultimatum pour retirer ou modifier ce projet de loi à la fin septembre, sans effet. Boris Johnson a justifié ce projet devant la chambre en indiquant notamment qu’il visait à éviter un blocus alimentaire de l’Irlande du Nord par l’Europe.

We are now hearing that unless we agree to the EU’s terms, the EU will use an extreme interpretation of the Northern Ireland protocol to impose a full-scale trade border down the Irish sea. We are being told that the EU will not only impose tariffs on goods moving from Great Britain to Northern Ireland, but that they might actually stop the transport of food products from GB to NI.

Il faut noter que cette procédure d’infraction ne vise pas uniquement le texte de la loi, qui n’a pour l’heure pas fait l’objet d’une mise en oeuvre, mais bien la rupture de la bonne foi dans la conduite de la négociation. A quoi bon négocier en effet avec quelqu’un qui déchire les feuillets signés au fur et à mesure et vous accuse de vouloir affamer son peuple ? Au fait, les négociations continuent imperturbablement pendant ce temps …

Au-delà du caractère outrancier de cette prise de position, il faut regarder ce que ce gouvernement pense des frontières dans leur ensemble : elles ne doivent pas être contrôlées. Au mieux, ce doit être un light touch control.

C’est évident pour l’Irlande du Nord, pour laquelle l’idée que le gouvernement ne mettrait pas en place de contrôle entre les deux Irlande est claironnée depuis le départ. Au risque de créer la plus grande zone de contrebande au monde. Mais c’est vrai aussi pour la frontière avec la France !

La semaine dernière, M. Gove a été obligé d’annoncer la mise en place probable d’une frontière douanière dans le Kent. Le problème est le suivant : Douvres est le plus grand port anglais, mais le développement du commerce depuis les années 70 et la destruction d’une partie des hangars au profit du « juste à temps » rendent matériellement impossible d’y conduire les contrôles douaniers. Le sujet est évidemment connu depuis le premier jour, mais n’était jusqu’ici officiellement qu’un fantasme d’opposant au Brexit. En conséquence de quoi, rien ou presque n’a été préparé pendant quatre ans pour y faire face. Qu’à cela ne tienne : il suffit de ne pas contrôler. Ou alors très light touch. Electroniquement, grâce à des technologies qui n’existent pas encore. Un seul hic : que se passe-t-il si en face, les Français contrôlent ? Avec 30 s de contrôle par camion, on arrive alors à des retards en chaine, et à des embouteillages de 7.000 camions. Soit une centaine de kilomètres de bouchons.

Il faut donc contrôler en amont que les papiers sont en règle. C’est impossible à Douvres, eh bien on le fera à la frontière de la région. La police va donc être déployée aux frontières du Kent, pour vérifier la documentation douanière de tous les camions qui passent. Y compris donc ceux qui livrent dans le Kent, car comment distinguer ? Mais Michael Gove nous rassure : ce n’est qu’un « worst case scenario« . La solution réelle est que les Français fassent simplement preuve de bon sens, se montrent raisonnables, et … ne contrôlent pas.

Take back control qu’ils disaient ?

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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Un Commentaire

  1. N’est-ce pas les anglais qui ont magnifié la piraterie?
    En tout cas, on est dans son droit fil!
    Le moyen le plus sûr de déstabiliser un pays, c’est de ruiner son commerce extérieur! Sans droits de douane, les produits anglais ( ie du monde entier) seront beaucoup moins chers en Europe! Il fallait y penser!

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