ActualitésEditoEn Une

Au revoir

Si nous ne sommes pas capables de surmonter les haines suscitées par les guerres du passé, et d’oublier les égoïsmes de la société de consommation pour nous lancer dans un projet ambitieux et généreux, si nous ne sommes pas décidés à construire cette union, aucun des pays de l’Europe, ni la France, ni même l’Allemagne, ne pourra lutter face aux géants que seront la Chine et que resteront les États-Unis. Nous perdrons la guerre économique, nous serons dégradés et dépendrons des décisions prises par d’autres que nous.

C’est ainsi que Valéry Giscard d’Estaing ouvrait sa réflexion sur le livre qui constitue son testament politique : Europa. On le voit, nul rêve désincarné de la part d’un des derniers hommes politiques français a avoir combattu au cours de la seconde guerre mondiale, mais la conscience aigue que la France et l’Allemagne ne sont plus capables de peser sur le cours du monde et sont condamnées à la vassalisation si une puissance européenne n’est pas construite.

Jeune ancien président, l’action et l’ambition de Valéry Giscard d’Estaing n’avaient jamais clairement marqué une fin ce qui ne nous avait finalement jamais conduit à envisager pleinement sa participation à la galerie des pères de l’Europe. Mais il fut très tôt frappé par le projet européen, participant dès les années cinquante aux cercles autour de Jean Monnet où il rencontra son ami et complice, Helmut Schmidt.

Jeune député, il fut de ceux qui défendirent le traité de Rome et le votèrent en 1957. Devenu Président de la République, il apporta quatre cadeaux à l’Europe dans des baptêmes renouvelés. Le premier est la TVA, manifestation du génie français qui est aujourd’hui le plus européen des impôts de notre marché commun. Le second est démocratique, avec le passage de l’élection du Parlement européen au suffrage universel, dont la première présidente fut Simone Veil. Le troisième est politique, avec la création du Conseil européen et donc l’introduction de la Puissance politique au sein de ce qui était essentiellement une aimable coopération technique. Le quatrième enfin, le Système monétaire européen, préfiguration assumée d’une monnaie unique. Là encore, cette aventure monétaire n’était pas dictée par une hallucination grandiose, mais par les difficultés du temps à résister aux spéculateurs des marchés financiers après la destruction de l’ordre monétaire de Bretton Woods.

En 1986, voyant que l’Europe se focalise sur la construction du marché intérieur et laisse la monnaie unique entre deux, il crée avec Helmut Schmidt une commission informelle rassemblant des représentants de chaque pays européen pour proposer une voie de passage vers l’Euro. Jacques Delors s’inspirera fortement de ses conclusions et plusieurs de ses membres participeront au groupe de travail officiel sur le sujet.

On ne peut enfin oublier le rôle de Valéry Giscard d’Estaing dans la relance du processus constitutionnel européen, puisqu’il fut le Président de la Convention sur l’avenir de l’Europe qui proposa le fameux projet de Constitution sur les ruines fumantes duquel naquit Sauvons l’Europe. Tenaillé par l’écriture, il avait demandé à l’Académie française, dont il était membre, de relire et amender le texte de la Constitution pour qu’elle fut lisible aux Français.

Valéry Giscard d’Estaing ne croyait fondamentalement pas à un espace démocratique européen. Il se sera opposé jusqu’au bout à la dynamique des Spitzenkandidat, qui amènent la Commission à dépendre du vote des citoyens. Le lieu politique de l’Europe restait pour lui le Conseil, où coopèrent les gouvernements et la Commission ne devait sortir de son rôle technique sous aucun prétexte. Loin de voir en cette dernière un gouvernement européen en puissance, il souhaite nettement dans Europa la réduire à un secrétariat. L’Europe était jusqu’à la fin pour lui la chose des Etats. On retrouve chez ce fédéraliste sincère la constante de ne pas construire une chimère, mais la réponse à un état du monde. Nous pensons pour notre part qu’une page s’est tournée et que l’existence d’un budget commun, d’une harmonisation des taxes et l’exercice d’une véritable puissance européenne ne peuvent intervenir en dehors d’un cadre démocratique propre. Les nouvelles générations vont devoir avancer à partir de ce que celles qui les ont devancé ont construit pour elles. Au revoir, Monsieur Giscard d’Estaing, et merci !

Sauvons lEurope

Un engagement pro-européen et progressiste en faveur d'une Europe démocratique et écologique, espace commun de libertés et de protection sociale.

Articles associés

9 Commentaires

  1. A la lecture on a l’impression que ce monsieur est exceptionnel. Or l’Europe d’aujourd’hui est celle construite hier par des personnes qui ont voulu avancer à marche forcée sans s’occuper des conséquences. Et les conséquences nous les voyons maintenant. Non je n’adhère pas à cet hommage d’un monsieur qui nous coutais très cher chaque mois. Il a vécu, bien vécu, tant mieux pour lui. Mais n’oublions pas la face sombre

    1. Qui nous coûtait très cher chaque mois… Si l’on prend la lorgnette par le bon côté, VGE fut un grand Européen qui a fait avancer notre projet. Avec ses moyens, selon une vision correspondant à son époque, à sa formation si française. Un excellent président. Bien sûr,n certains vont le rejeter en bloc pour telle ou telle décision, comme il est devenu courant de juger les hommes politiques, pour la minable affaire des diamants, mais l’Histoire lui a déjà réservé une bonne place.

      1. Je n’ai jamais voté VGE. Qu’il ait été le premier président à avoir une vision de l’Europe, c’est certes à son actif. Mais sa vision n’était pas la mienne. Election du parlement européen au suffrage universel ? OK Mais un parlement sans réels pouvoirs. Invention du Conseil Européen ? Mais quel Conseil Européen ? Celui d’une Europe intergouvernementale. Pour un fédéraliste démocrate comme moi, cette chose devrait être, en gros, la chambre haute du système européen et non un ensemble décidant trop souvent à l’unanimité. Ce qui se passe en ce moment avec les difficultés à imposer l’état de droit illustre parfaitement la pathologie du système.

    2. Je serais plus nuancé ; y a t’ il de grands décideurs sans face sombre ? Comparons … Pour le COUT … il n’ est pas de sont fait ; d’ autres en profitent aussi . A nous électeurs de faire changer les choses .J’attends aussi les conséquences des politiques précédente et actuelle …Personnellement , je vote tous les jours par mes choix de vie et de consommation en évitant d’ enrichir les prédateurs de notre société , et la destruction de notre planète .Faisons le tous ! Quand nous devons élire quelqu’un , c’ est le premier tour le plus important , généralement au second , « on sauve les meubles » . Cordialement

  2. Pour l’objectivité, merci de rappeler que les Français ont voté contre le projet de la Constitution européenne mais qu’il en fait fi. A partir de son « règne » la France a entamé sa décadence et continue à descendre. Mais en tout homme il y a une part de bon: Il avait de la culture et de la classe, ce qui fait défaut aux cliques en place. A son époque le taux d’industrialisation français était à égalité avec l’Allemagne et 1 Franc égalait un Deutschemark …..Oui, au revoir à ce temps.

  3. Ce n’est pas parce qu’on ne partage pas un grand nombre d’idées politiques avec quelqu’un comme VGE qu’on ne peut pas reconnaître son indéniable rôle historique, en particulier pour la construction européenne. Gardons le sens des proportions ! Personnellement je regrette par contre qu’un si grand connaisseur de la littérature n’ait pas pu faire accoucher l’Europe d’une constitution dotée d’un réel souffle politique. Mais comme l’article le dit, ce n’était pas son intention. A nous d’aller plus loin aujoud’hui.
    Merci en tout cas à Valéry Giscard d’Estaing d’avoir fait progresser notre continent pendant le temps de sa vie et de ses mandats. L’histoire continue !

    1. Valéry Giscard d’Estaing fut un bon président et un fervent européen comment faut il faire aujourdhui pour passer outre au vetos de la Pologne et de la Hongrie sur le budget et le plan de relance ?

  4. Non pas un au revoir mais un adieu avec flons flons de bal musette, que reste-t-il de cette grande illusion européenne qui ne fut créée que pour permettre aux entreprises de délocaliser et produire à moindre coût dans des satellites proches qui aujourd’hui se permettent par leur droit de veto stupide d’empêcher toute avancée de l’Europe. Sous Giscard et Raymond Barre la France a commencé sa désindustrialisation, aciéries…aujourd’hui 20% du Ecommerce, des exportations, ne paient pas de TVA notamment des entreprises chinoises aux qualités plus que douteuses. Peu de français attendent quelque chose de cette Europe toujours aussi opaque et lointaine et assistent impuissants au démantèlement des services publics, à leur faillite organisée, par la baisse des charges (SS, Chômage, retraites) et à la privatisation de l’état, aux déplacements de l’impôt plus égalitaire vers des taxes sur les mutuelles assurances, payées par tous…

  5. Comme d’autres l’on fait après lui, il a gouverné contre les intérêts du peuple , n’hésitant pas à s’opposer à sa propre majorité.
    Voilà ce que je retiendrais de ce personnage politique sans envergure mais investit d’une mission pour l’Europe , tout comme l’est Macron aujourd’hui……..
    Il a donné quelques biscuits à ces électrices, pensant que cela allait lui assurer sa réélection, malheureusement pour lui les français n’ont pas été dupes et les conséquences de la libéralisation des capitaux ne lui seront jamais pardonnées…….
    Imposer aux Français un fédéralisme européen lui a été fatal et tant mieux , car la faillite du système ultra liberal dont nous supportons les conséquences aujourd’hui et la défiance de plus en plus visible des peuples européens envers une commission de technocrates non-élus , peuvent sans conteste, lui être imputé .
    La déchéance française est la conséquence directe de l’aveuglement idéologique d’une petite monarchie politique europeiste que VGE à très justement incarnée……

Laisser un commentaire

A lire également
Fermer
Bouton retour en haut de la page